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Dr Ayman Al-Raqab :Il est difficile aux Arabes israéliens, pour des raisons d’éthique, de faire partie d’un quelconque gouvernement israélien

Osman Fekri, Mardi, 01 octobre 2019

Trois questions au Dr Ayman Al-Raqab, leader au Fatah et professeur de sciences politiques à l’Université Al-Qods, sur l’impasse politique en Israël et ses incidences sur les Palestiniens.

Dr Ayman Al-Raqa

Al-Ahram Hebdo : La Liste arabe unie avait soutenu le chef du parti Bleu et Blanc, Benny Gantz, pour sa première tentative de former un gouvernement. Maintenant que c’est Benyamin Netanyahu qui a été reconduit au poste de premier ministre, quelle sera la position de la Liste arabe ?

Ayman Al-Raqab : Il est impossible que la Liste arabe unie participe à un gouvernement de coalition dirigé par Benyamin Netanyahu, un homme qui incarne l’extrémisme et la discrimination contre les Arabes. En fait, la Liste arabe n’a jamais participé à un gouvernement israélien. Elle avait soutenu Benny Gantz pour en finir avec l’ère Netanyahu. D’ailleurs, cette liste, qui a obtenu pour la première fois 13 sièges à la Knesset, veut satisfaire ses élec­teurs et garantir qu’ils lui restent fidèles dans de prochains scrutins pour qu’elle puisse renforcer sa présence au parlement. Cela dit, il est difficile aux Arabes israéliens, pour des raisons d’éthique, de faire partie d’un quelconque gouvernement israé­lien, quelle que soit sa tendance. Ce serait un terrain semé d’embûches et avec un prix fort.

— Et pensez-vous que Netanyahu parvienne à former un gouvernement ou bien que l’on se dirige vers un troisième scrutin ?

— Netanyahu cherche à tout prix à réussir sa tâche via une coalition avec le parti Bleu et Blanc, et ce, pour éviter de se retrouver en prison suite aux poursuites judiciaires à son encontre. Il a proposé un drôle de deal à Benny Gantz : qu’il — Netanyahu — reste premier ministre pen­dant deux ans suite auxquels les rênes seront don­nées à Gantz. Son objectif est de liquider les affaires de corruption dans lesquelles il est impliqué pendant ces deux années, vu que le premier ministre jouit d’une immunité. Mais ce deal a été refusé par Gantz. Aujourd’hui, les deux hommes s’accusent de pour­parlers sur la formation d’un gouvernement d’union. Netanyahu est donc dans une situation très délicate d’autant plus que Avigdor Liberman, chef du parti Israel Beytenou, refuse de faire partie de ce cabinet. Si le blocage persiste, le président israélien, Reuven Rivlin, chargera quelqu’un d’autre de former un gouvernement. C’est ce qu’attend Benny Gantz qui entend se rapprocher des partis religieux Shass et tirer profit d’éventuelles fractures au sein du Likoud pour soudoyer les réfractaires. Je pense que c’est le scénario le plus plausible, sinon il y aura un troi­sième scrutin.

— Les Israéliens sont occupés par cette crise politique, les Palestiniens y assistent impuissants, et, face à l’absence de toute perspective de paix, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a une fois de plus évoqué l’annulation de tous les accords avec Israël ...

— Dans son discours à l’Assemblée générale de l’Onu, Mahmoud Abbas n’a rien dit de nouveau. Abou-Mazen a déjà dit à plusieurs reprises qu’Israël avait violé tous les accords conclus avec les Palestiniens. Il n’est donc pas logique que nous soyons les seuls à les respecter. Et Israël va de plus en plus loin, notamment avec la promesse de Netanyahu d’annexer la vallée du Jourdain. Or, même s’il le fait, Abbas ne peut pas rompre toute relation avec Israël, car il en va de sa survie. De même, il a déclaré être contre toute résistance armée. On se demande donc quelles sont ses marges de manoeuvres.

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