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Golan, Trump s’attire les critiques de la communauté international

Maha Salem, Mercredi, 27 mars 2019

En reconnaissant la souveraineté d'Israël sur le Golan, Donald Trump rompt une nouvelle fois avec le consensus international. La communauté internationale n'a pas tardé à réagir, dénonçant ces déclarations et exprimant son inquiétude.

Golan, Trump s’attire les critiques de la communauté internationale
Les Druzes du Golan ont manifesté contre les déclarations de Trump. (Photo: AFP)

« Après 52 ans, il est temps pour les Etats-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d’Israël sur le Golan, qui a une importance stratégique pour l’Etat d’Israël et la stabilité régionale », a indiqué sur Twitter le président américain, Donald Trump.

Des déclarations en rupture avec la position des Etats-Unis depuis des décennies et qui ont été dénoncées par les communautés internationale et arabe, tout en causant une vague de colère et de protestations de par le monde. Le seul à en profiter est le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. En effet, l’annonce de Trump a été interprétée comme un vrai coup de pouce à ce dernier, à l’approche des législatives du 9 avril.

Le régime syrien a jugé que les déclarations de Trump « confirment une nouvelle fois le parti pris aveugle des Etats-Unis en faveur de l’occupation sioniste. Mais elles ne changeront rien au fait que le Golan est et restera arabe et syrien. La position américaine sur la partie occupée du Golan syrien reflète clairement le mépris des Etats-Unis pour les règles internationales et leur violation flagrante du droit international ». C’est ce qu’a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères. Un avis partagé par la Ligue arabe et le Conseil de coopération du Golfe. Ce dernier a dit dans un communiqué regretter les propos de M. Trump, tout en précisant que ceux-ci ne changeraient rien à la réalité, qui est que le plateau du Golan est un territoire syrien qu’Israël a occupé par la force militaire en juin 1967. Hormis les pays arabes, les alliés russe et iranien de la Syrie ainsi que la Turquie ont également réagi. Bien qu’hostile à M. Assad, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a estimé que la déclaration de M. Trump mettait la région au bord d’une nouvelle crise. Pour le Kremlin, de tels appels peuvent déstabiliser considérablement la situation au Proche-Orient.

La France a elle aussi indiqué que la reconnaissance de cette annexion serait contraire au droit international, rappelant que cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Dans un communiqué de son porte-parole, le Quai d’Orsay a rappelé que « le Golan est un territoire occupé par Israël depuis 1967.

La France ne reconnaît pas l’annexion israélienne de 1981. Cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité, en particulier la résolution 497 du Conseil de sécurité des Nations-Unies ». Plusieurs pays européens partagent cet avis. Profitant de ce soutien international, l’ambassadeur de la Syrie à l’Onu, Bashar Jaafari, a affirmé que le régime de Damas n’hésiterait pas à faire usage de la force pour récupérer le plateau du Golan. « C’est notre territoire et nous le récupérerons tôt ou tard », a affirmé Jaafari. Damas demande au secrétaire général de l’Onu de réaffirmer sans ambiguïté la position des Nations-Unies définie par plusieurs résolutions en 1967, 1973 et 1981. Il exige aussi du Conseil de sécurité de faire respecter ces résolutions adoptées à l’unanimité.

La déclaration de Trump doit se matérialiser au Congrès. « Et on sait que le Congrès va refuser cette reconnaissance. En plus, cette reconnaissance affaiblit la sécurité d’Israël et affecte les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient et au-delà », explique Dr Mona Soliman, professeure à la faculté d’économie et de sciences politique de l’Université du Caire, tout en ajoutant que ces déclarations peuvent déclencher une guerre dans cette région. « Après la victoire sur le groupe djihadiste de Daech, l’armée syrienne est devenue plus forte et plus puissante. De plus, il existe des milices armées syriennes qui peuvent mener une guerre féroce, car elles seront soutenues par leurs alliés iraniens et libanais. Ces milices peuvent viser directement des positions et des soldats israéliens. Et ni les Israéliens, ni les Américains ne pourront les arrêter. Comme ce qui s’est passé en 2000, quand Israël s’est retiré du Sud- Liban à cause de combats acharnés menés par l’armée du Hezbollah », indique-t-elle. Occupé depuis 1967 L’armée israélienne a conquis le 9 juin 1967 le Golan, d’où l’armée syrienne pilonnait les positions israéliennes en contrebas. Une poche supplémentaire d’environ 510 km2 a été occupée par Israël lors de la guerre d’Octobre 1973, puis restituée en 1974 en vertu d’un accord, avec une petite partie des territoires occupés en 1967. L’accord de 1974 a aussi créé une zone tampon démilitarisée et une Force des Nations- Unies pour l’Observation du Désengagement (FNUOD) est chargée depuis de contrôler le respect de cet accord. Quelque 1200 km2 du plateau du Golan, frontalier également du Liban et de la Jordanie, ont été annexés par Israël en 1981. Cette décision n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. Lors des guerres de 1967 et 1973, près de 150 000 personnes, soit la majorité des habitants syriens du Golan, ont fui. Seuls restent aujourd’hui quelque 23 000 Druzes, minorité arabe et musulmane, dont la quasi-totalité ont refusé la carte d’identité israélienne.

Depuis 1967, près de 20 000 colons israéliens s’y sont installés, répartis aujourd’hui entre 33 implantations, essentiellement agricoles. L’intérêt d’Israël et de la Syrie pour le Golan est d’autant plus grand qu’il comprend d’importantes sources, en particulier celles du Banyas, qui alimente le Jourdain. Le Hasbani, qui prend sa source au Liban, traverse le Golan avant de se déverser dans le Jourdain, de même que la rivière Dan. La question de l’eau a été, au milieu des années 1960, l’une des principales causes du contentieux israélo-syrien. Damas avait alors accusé l’Etat hébreu d’avoir détourné les sources du Jourdain. Dans les années 1990, des négociations israélo-syriennes ont achoppé sur la question du Golan, dont la Syrie réclame la restitution totale jusqu’aux rives du lac de Tibériade.

Le déclenchement de la guerre en Syrie en mars 2011 a attisé les tensions et le Golan a été le théâtre de violence et de tensions entre Israël d’une part et le régime syrien d’autre part. Les tirs au mortier en provenance de la Syrie, rarement mortels, sont devenus fréquents sur le plateau. Israël riposte à chaque fois, que le tir soit erroné ou intentionnel. A la mi-mars 2019, Israël a accusé le Hezbollah d’établir secrètement, dans le Golan syrien, près du territoire sous son contrôle, un réseau militaire commandé par une figure du mouvement chiite libanais .

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