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Réfugiés: une responsabilité de protéger collective

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 18 juin 2013

Le monde célèbre le 20 juin la Journée mondiale des réfugiés, qui vivent dans des conditions de plus en plus dramatiques. Le HCR regrette que la plus grande partie du coût de cette immigration forcée soit assurée par les pays en voie de développement.

Refugies
Plus de 42 millions de personnes à travers le monde sont déplacées de force en raison des conflits et des persécutions.

Quitter son pays et chercher refuge ailleurs n’est pas un choix, mais une nécessité.

« Réfugié est un terme qui s’applique à toute personne (...) craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. Cette personne se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays (...) ». Voici la définition proposée par la Convention de Genève du 28 juillet 1951, créée afin de protéger et de garantir les droits des réfugiés.

Cependant, le nombre de personnes qui fuient les conflits dans leurs pays augmente de jour en jour, ce qui ne permet pas l’application en bonne et due forme de cette convention. En fait, plus de 42 millions de personnes à travers le monde sont actuellement déplacées de force en raison des conflits et des persécutions. D’après les Nations-Unies, il s’agit là du chiffre le plus élevé depuis le milieu des années 1990. Parmi ce chiffre, environ 15 millions sont des réfugiés qui ont fui leurs pays du fait d’atteintes à leurs droits fondamentaux ou de conflits. Ces millions de citoyens, que leurs pays ne peuvent ou ne veulent protéger, vivent dans une misère noire.

Selon un dernier rapport de l’organisation de défense des droits de l’homme (Amnesty International) publié jeudi dernier à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, les droits de millions de migrants et de réfugiés ont été « bafoués ». « Les droits de millions de personnes qui ont fui les conflits et les persécutions ou qui ont quitté leur pays en quête de travail et d’une vie meilleure (..) ont été bafoués dans le monde par des gouvernements préoccupés avant tout par la défense des frontières » a dénoncé l’organisation dans son rapport publié jeudi dernier.

La passivité des pays développés

Le secrétaire général d’Amnesty, Salil Shetty a regretté la réaction de la communauté internationale envers les réfugiés. « La communauté internationale est paralysée, ce qui fait que la passivité des hommes politiques est d’ordre mondial », affirme-t-il. Il explique que des millions de migrants se retrouvent dans une situation de violence ou de violation de leurs droits, qu’il s’agisse de travail forcé ou de violences sexuelles, à cause de politiques de lutte contre l’immigration qui ouvrent la porte à leur exploitation en toute impunité. « Partout dans le monde, les Etats se montrent davantage désireux de protéger leurs frontières nationales que les droits des citoyens et ceux des hommes et des femmes qui viennent chercher refuge dans ce pays », a signalé l’organisation dans son rapport.

L’année dernière, 100 personnes déplacées, dont de nombreux enfants, sont mortes de froid ou de maladie dans des camps à Kaboul, capitale de l’Afghanistan, où la communauté internationale assure par sa présence une relative sécurité. Des bateaux chargés de Rohingyas ont été découverts en train de dériver au large des côtes de l’Asie du Sud-Est. Et 200 000 personnes ont fui les Etats du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, au Soudan, où les combats se poursuivaient alors que l’indépendance du Soudan du Sud devait apporter la paix.

En outre, Amnesty accuse l’Union européenne de rendre la vie des réfugiés de plus en plus difficile. Elle l’accuse d’appliquer des mesures de contrôle aux frontières qui mettent en danger la vie des migrants et des demandeurs d’asile. « Les gens ressentent un manque croissant de respect envers les droits des personnes cherchant refuge dans l’Union européenne », a renchéri Shetty, attribuant cela aux « mesures d’austérité » appliquées en Europe. L’Italie en particulier est sévèrement critiquée. « Des bateaux entiers d’Africains naviguant au large des côtes italiennes se sont vu refuser l’accès aux côtes européennes en 2012 parce que les Etats considèrent le contrôle de leurs frontières comme sacro-saint », regrettent les rédacteurs du rapport.

Par ailleurs, des observateurs pensent qu’il est nécessaire de mettre en place sur le long terme des solutions durables puisque de nombreux réfugiés sont dans l’impossibilité de rentrer chez eux, souvent à cause de la durée des conflits.

Selon Shetty, la réinstallation de ces réfugiés constitue une solution. « Elle apporte aux réfugiés une protection immédiate ». Sur le plan mondial, le nombre total d’offres de réinstallation avoisine 80 000 personnes par an. Il est choquant de constater que 5 000 de ces places seulement sont offertes par des pays relativement favorisés de l’UE. C’est largement insuffisant. Pour la seule année 2012, le HCR, organe de l’Onu chargé des réfugiés, estime que 170 000 personnes sont en attente d’une possible réinstallation. « Les pays en développement doivent assumer une responsabilité de plus en plus disproportionnée, eux qui accueillent aujourd’hui les quatre cinquièmes des réfugiés à l’échelle mondiale. Les pays développés devraient oeuvrer également à cet effort collectif », Conclut-il.

Les nouveaux réfugiés arabes

Les Palestiniens, nombreux à quitter leur pays depuis des années, ne sont désormais plus les seuls réfugiés arabes. Les Syriens aussi prennent massivement le chemin de l’exil. Les forces militaires et de sécurité qui attaquent, détiennent, torturent et tuent des civils ainsi que les groupes armés, à une moindre échelle, ont poussé des milliers de citoyens à quitter leurs pays.

Depuis le début du conflit en 2011, plus de 1,5 million de Syriens ont trouvé refuge hors de leurs frontières. Selon les derniers chiffres du Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), environ 473 000 sont réfugiés en Jordanie, 470 000 au Liban, 347 000 en Turquie, 147 000 en Iraq, 67 000 en Egypte et 10 000 dans les pays d’Afrique du Nord. Or, l’agence onusienne estime que le chiffre réel est « beaucoup plus élevé » et lance la sonnette d’alarme sur le fossé croissant entre les besoins et les ressources disponibles.

Ces quatre derniers mois, les employés du HCR ont été témoins d’une détérioration de la situation. « Les réfugiés nous disent que l’augmentation des combats et le changement du contrôle des villes et des villages, en particulier dans les zones de conflit, ont poussé de plus en plus de personnes à quitter le pays », estime le porte-parole du HCR, Dan Mc Norton.

Au Liban, par exemple, chaque jour plus de 4 200 personnes demandent à être enregistrées auprès du HCR. Les besoins financiers sont donc en constante augmentation.

« Le dernier appel financier se monte à plus d’un milliard de dollars (1,044,112,554 de USD). Or, seuls 73 % ont été reçus à ce jour (764,618,805 de USD). Il manque donc près de 300 millions pour financer l’aide aux réfugiés syriens », alerte-t-il.

Fortement touchée par les conflits politiques ou ethiques, l'Afrique est le continent le plus exposé aux vagues de réfugiés. Exemples.

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Mali
Depuis l'éclatement du conflit actuel dans la partie nord du pays en janvier 2012, quelque 174 000 Maliens ont fui et ont trouvé refuge dans les pays voisins. Le Burkina Faso accueille 50 000 réfugiés, la Mauritanie 74 000 et le Niger 50 000. De plus petits groupes de réfugiés maliens se trouvent également en Algérie.
Les premiers déplacements de populations avaient été provoqués par des attaques lancées par des rebelles touareg, des islamistes et d›autres groupes contre l'armée dans plusieurs localités du nord du Mali. Ces mouvements ont ensuite profité d›un coup d'Etat militaire, le 22 mars 2012, pour mener une offensive éclair et prendre, entre fin mars et début avril, le contrôle du Nord, coupant de fait le Mali en deux. Malgré l’intervention militaire menée par la France pour combattre ces groupes, la sécurité n'a pas été rétablie, ce qui a contraint le peuple à fuir.
Somalie
La Somalie est plongée depuis 1991 dans une guerre civile. Un conflit qui oppose le gouvernement fédéral de transition, soutenu par l’Onu et conduit par le président Cheikh Sharif Sheikh Ahmed, à plusieurs groupes de rebelles islamistes, pour certains proches d’Al-Qaëda. La terreur dans le pays a eu pour conséquence le déplacement de plus de 1,9 million de personnes, soit plus de 20 % des Somaliens selon le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR). L’institution internationale souligne qu’il y a eu de nombreux rapports d’agressions sexuelles contre les femmes et les filles vivant dans les camps de réfugiés tentaculaires autour de la capitale Mogadiscio.
RCA
L’agence des Nations-Unies pour les réfugiés (UNHCR) et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) indiquent que les réfugiés de République Centrafricaine continuent de fuir les combats et l’insécurité. En effet, le pays est tombé depuis le 23 mars dernier entre les mains du groupe Seleka, renversant le régime de François Bozize. Selon les estimations de ces deux organisations, quelque 22 000 personnes ont passé la frontière congolaise et se sont réfugiées dans la province de l’Equateur. Environ 2 000 autres sont arrivées dans la province orientale. Le HCR et le PAM, qui ont entrepris de nouvelles distributions de nourritures, précisent qu’un nombre important de ces réfugiés est des femmes et des enfants en état de malnutrition.
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