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Afghanistan : Une conférence comme les autres

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 03 décembre 2018

Organisée par l'Onu à Genève tous les deux ans, la conférence des pays donateurs de l'Afghanistan (28 et 29 novembre) a appelé à la tenue rapide d'un dialogue interafghan. Un appel rejeté par les Talibans qui ont accentué leur offensive sur le sol.

La conférence des donateurs de l’Afghanis­tan, organisée par l’Onu à Genève, a eu lieu mercredi 28 et jeudi 29 novembre, sans la participation d’un seul Taliban. Pourtant, l’ob­jectif de cette rencontre est théoriquement aussi d’ouvrir la voie vers des négociations de paix interafghanes et un accord durable en Afghanistan. Comme prévu donc, aucun résul­tat tangible. Malgré cela, la cheffe de la diplo­matie européenne, Federica Mogherini, a pro­mis de soutenir davantage les Afghans, et Bruxelles a promis des accords d’une valeur de 474 millions d’euros. Dans leur communiqué final, les participants ont affirmé que toute négociation doit avoir lieu « entre Afghans » et ont aussi souligné l’importance de la participa­tion des femmes et de toute la société afghane au processus de paix. Du secrétaire général de l’Onu au conseiller fédéral Ignazio Cassis en passant par les autorités afghanes, tout le monde estime que « le temps du dialogue est venu ». « Le moment est venu pour les Talibans de montrer qu’ils sont sérieux et s’ils souhai­tent être constructifs pour la société afghane », a ainsi affirmé le conseiller afghan à la sécurité nationale, Hamdullah Mohib.

Mais après avoir lancé en février dernier une offre de pourparlers sans conditions aux Talibans, le président afghan, Ashraf Ghani, a annoncé à Genève une nouvelle « feuille de route vers la paix » selon laquelle les Talibans seront associés aux institutions afghanes, mais les autres groupes terroristes, qui chercheraient à interférer, ne seront pas tolérés. Le président afghan a confirmé que son chef de cabinet, Abdul Salam Rahimi, mènerait la délégation gouvernementale à d’éventuels pourparlers. Outre les discussions directes avec les Talibans, les autorités afghanes veulent consulter leurs alliés américains, leurs voisins iranien et pakis­tanais ainsi que l’Otan.

Autre petite avancée à Genève : la confé­rence a adopté un cadre de responsabilité mutuelle pour l’Afghanistan et ses partenaires internationaux. Celui-ci fixe comme priorités de réformes pour les deux prochaines années la lutte contre la corruption, le développement et l’établissement d’institutions pour attirer les investissements. « Aucun pays n’est passé de la pauvreté à la prospérité avec l’assistance de donateurs. Il faut que l’Afghanistan établisse dans les cinq prochaines années comment il bascule d’une économie liée aux donateurs à un pays qui a accès aux marchés et bénéficie d’un important secteur privé », a dit le ministre afghan des Finances, Mohammed Qayoumi.

Violences sur le terrain

Mais comme prévu, les Talibans ont rejeté les résultats de la conférence de Genève, refu­sant tout dialogue avec Kaboul. Relevant le défi, les rebelles ont tué vendredi 30 novembre le chef des renseignements afghans dans la province de Herat (ouest) alors que, la veille, ils ont commis un attentat contre la société de sécurité britannique G4S, faisant dix morts et 29 blessés. « Ces attaques sont notre réponse à l’appel des pourparlers de paix directs avec le gouvernement afghan », a défié un communi­qué taliban.

En riposte à cette réticence talibane, l’armée afghane mène depuis quelques jours une vaste offensive anti-talibane au nord du pays, détrui­sant plusieurs bastions talibans et tuant 11 rebelles. Parallèlement, l’armée américaine a bombardé, jeudi 29 novembre, un fief des Talibans dans la province de Helmand, dans le sud de l’Afghanistan. Un bombardement qui a coûté la vie à 24 civils afghans, surtout des femmes et des enfants, selon la Mission onu­sienne en Afghanistan (Manua), dans un rap­port publié vendredi 30 novembre. En fait, le nombre de civils afghans victimes de bombar­dements aériens depuis le début de l’année a atteint un record (313 morts, 336 blessés), soit une augmentation de 39 % par rapport à 2017, a révélé l’Onu en octobre dernier. En 2018, le nombre des civils tués en Afghanistan a dépas­sé celui en Syrie, rajoute l’Onu. Des chiffres qui disent tout. Le mal afghan n’est pas près de prendre fin.

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