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Iran-Etats-Unis : La guerre des mots

Abir Taleb, Mardi, 31 juillet 2018

Les déclarations hostiles entre Washington et Téhéran se font de plus en plus virulentes. Des menaces et contre-menaces qui interviennent alors que le retour des sanctions américaines contre l’Iran doit se faire par étapes à compter du mois d’août.

Iran-Etats-Unis : La guerre des mots
(Photo: Reuters)

La Cour Internationale de Justice (CIJ) a annoncé jeudi 26 juillet la tenue d’audiences fin août dans la procédure engagée par l’Iran contre les Etats-Unis à cause de la réimposition des sanctions économiques américaines. Cette annonce intervient quelques jours après que l’Iran eut engagé, le 17 juillet, une procédure contre les Etats-Unis devant la CIJ, demandant aux juges d’ordonner la levée immédiate des sanctions qui causeraient un « préjudice irréparable », selon Téhéran. Pour Téhéran, les Etats-Unis ont violé et continuent de violer de multiples dispositions du traité américano-iranien de 1955, un texte déjà invoqué à plusieurs reprises par le passé dans des différends entre Téhéran et Washington arbitrés par la CIJ. Mais cette requête s’inscrit surtout dans la continuité de la crise née le 8 mai dernier suite au retrait américain de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 et à l’annonce d’un renforcement des sanctions américaines contre la République islamique. Le retour des sanctions américaines, qui avaient été suspendues en vertu de l’accord de Vienne, doit se faire par étapes à compter du mois d’août.

Si l’Iran et les Etats-Unis n’entretiennent pas de relations diplomatiques depuis 1980, leurs rapports ne cessent de se détériorer ces derniers mois. Les Iraniens voient d’un très mauvais oeil les décisions américaines, qui vont sans doute les priver de gros investissements européens, vitaux pour son économie. Mais la question ne s’arrête pas aux sanctions économiques. La chaîne de télévision australienne ABC a affirmé vendredi 27 juillet, se référant à des responsables hauts placés du gouvernement australien, que les Etats-Unis pourraient frapper les installations nucléaires iraniennes début août. Selon le média local, les systèmes de défense australiens ainsi que les agences de renseignement britanniques pourraient contribuer à l’identification des cibles sur le territoire iranien. Mais le premier ministre australien a répondu, affirmant qu’il n’y avait aucune raison de croire que le président américain, Donald Trump, entendait bombarder l’Iran.

Augmenter la pression

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Rohani à Trump : « Ne jouez pas avec la queue du lion »

Quoi qu’il en soit, que ces allégations soient justes ou non, elles jettent leur ombre et enveniment la situation. En effet, ces affirmations interviennent sur fond de déclarations hostiles entre Iraniens et Américains. Tout au long de la semaine dernière, les deux parties se sont échangé toute une série de menaces et contre-menaces verbales. Tout a commencé le 23 juillet lorsque Donald Trump s’est lancé dans une nouvelle escalade verbale sans précédent avec l’Iran, comme toujours dans un tweet, rédigé en lettres capitales et directement adressé au président iranien : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ou vous allez subir des conséquences telles que peu au cours de l’Histoire en ont connues auparavant. Nous ne sommes plus un pays qui supportera vos paroles démentes de violence et de mort. Faites attention ! ». Il répondait ainsi au président iranien, Hassan Rohani, qui avait évoqué, la veille, la menace de fermer le détroit d’Ormuz, par lequel transite 30 % du trafic mondial de pétrole. Et Hassan Rohani d’appeler Donald Trump à « ne pas jouer avec la queue du lion », soulignant que Téhéran « ne faisait la guerre à personne » et « qu’une guerre avec l’Iran serait la mère de toutes les guerres ». La guerre des mots ne s’est pas arrêtée là. « Si les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Iran, Téhéran va la terminer », a déclaré jeudi 26 juillet le général iranien Qassem Soleimani, commandant des opérations extérieures du corps des gardiens de la Révolution. « Nous sommes près de vous, là où vous ne pouvez même pas l’imaginer (...) Venez. Nous sommes prêts. Si vous déclarez la guerre, nous allons la terminer », a tancé Qassem Soleimani, selon des propos rapportés par l’agence Tasnim. « En tant que soldat, il est de mon devoir de répondre aux menaces de Trump (...) S’il veut utiliser le registre des menaces (...) il devrait s’adresser à moi, pas au président (Hassan Rohani) », a-t-il déclaré, rappelant à l’Administration Trump l’influence de Téhéran dans la région et ses capacités dans les guerres asymétriques. « Vous savez que cette guerre va détruire tout ce que vous possédez (...) Vous devez être prudents quand vous insultez le peuple iranien et le président de notre République ».

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Trump à Rohani : « Ne menacez plus jamais les Etats-Unis ».

Ce niveau de langage pour le moins que l’on puisse dire menaçant augure-t-il d’une escalade plus que verbale ? Pour les observateurs, passer à la vitesse supérieure, soit à une confrontation militaire, est peu probable, vu les risques que cela représente. En revanche, ce qui est sûr, c’est que Washington veut tordre le bras des Iraniens en vue d’un nouvel accord. Et pour parvenir à ses fins, tous les moyens sont bons, l’économie comme la politique. D’un côté, sur le plan économique, le retrait prévu des entreprises européennes, qui ne prendront certainement pas le risque de s’exposer aux sanctions américaines, sera fatal pour Téhéran, d’autant plus que le mécontentement du peuple iranien quant aux conditions socio-économiques est grandissant. De l’autre, sur le plan politique, l’Administration Trump fait tout pour isoler l’Iran, qui, faut-il le rappeler, est l’ennemi numéro un d’Israël, grand allié des Etats-Unis dans la région, mais qui est aussi en antagonisme avec l’Arabie saoudite, en raison de la politique déstabilisatrice iranienne dans la région.

Si la guerre des mots ne risque pas de se transformer en vraie guerre, la tension ne cessera de monter, tout comme la vaste offensive américaine d’isolement de l’Iran.

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