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Un souffle nouveau en Iran ?

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 12 février 2018

Levée symbolique du voile, mécontentement populaire, divergences à la tête du régime : l'Iran commémore le 39e anniversaire de la Révolution islamique du 11 février 1979 dans un climat de tension latente, susceptible de dégénérer.

Un souffle nouveau en Iran ?
Si la vague de manifestations de janvier s'est tue, le ras-le-bol des Iraniens est toujours aussi grand. (Photo:Reuters)

39 ans après la Révolution islamique de 1979, le pouvoir iranien se trouve confronté à la plus importante vague de contestations sociale, écono­mique et politique, regroupant toutes les tranches de la société, y compris les femmes qui ont manifesté leur colère par le rejet du voile.

Si la vague de manifestations de janvier dernier s’est tue, le ras-le-bol des Iraniens est toujours aussi grand, et ne concerne plus uniquement les revendications socioéconomiques. « Je pense que le régime iranien se fissure : il s’attache apparemment aux principes de la Révolution islamique mais, en fait, il réalise bien qu’il est dans une situation périlleuse face à une révolte populaire grandissante. C’est pourquoi il a décidé d’alléger la pression en laissant le peuple expri­mer sa colère dans les rues et les femmes lever le voile sans punition », explique Mohamad Aboul-Nour, spé­cialiste du dossier iranien à l’Univer­sité d’Al-Azhar. Or, selon l’analyste politique, au-delà du mécontentement du peuple, ce qui fragilise l’Iran d’au­jourd’hui, « c’est aussi l’émergence de différends — à la fois économiques et politiques — entre le camp du pré­sident modéré Hassan Rohani et le camp ultraconservateur du guide suprême Ali Khamenei. Alors que le premier camp prône une plus grande ouverture politique et sociale sur l’Occident, le second semble plus attaché aux principes de la Révolution islamique et reste partisan d’isole­ment et de méfiance à l’égard de l’étranger. Avec les jours, le fossé entre les deux camps ne cesse de se creuser, de quoi affaiblir le sommet de l’Etat, sans pour autant remettre en cause le poids du guide suprême ».

De peur de voir le sommet de l'Etat s'affaiblir, le président Rohani a appe­lé dimanche à « une année d’unité » lors de son discours prononcé à l’oc­casion de l’anniversaire de la Révolution : « Je demande à ce que le 40e anniversaire de la Révolution, l’année qui va venir, soit une année d’unité où les conservateurs, les réformateurs, les modérés, toutes les parties sont ensemble », a dit le prési­dent.

Une politique étrangère aventuriste et coûteuse

De même, l’un des principaux points de tension concerne la politique étrangère. « C’est un facteur qui peut tout à fait fragiliser le régime iranien, explique Mohamad Abbas, expert du dossier iranien au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, pour qui les aventures militaires très coûteuses à l’étranger mécontentent fortement le peuple. Et ce mécontentement représente un défi imprévisible à l’influence croissante de Téhéran au Moyen-Orient qui est actuellement plus forte que jamais, notamment au Liban, au Yémen, en Syrie et en Iraq. En effet, le peuple iranien réalise que la crise écono­mique est notamment due aux dépenses militaires de la politique étrangère interventionniste au Moyen-Orient, basée sur l’exportation de l’idéologie du régime islamique au détriment des affaires internes.

Selon Aboul-Nour, « l’Iran commet aujourd’hui la même erreur que l’ex-Union soviétique qui s’est effondrée sous le poids de sa crise économique. En fait, l’Union soviétique avait dépensé d’énormes fonds dans les pays qu’elle avait annexés avant sa chute, c’est pourquoi elle s’est vite effondrée. Le régime de Khamenei pourrait aussi chuter prochainement, car il dépense des fonds fabuleux sur les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza, le régime syrien et iraqien, ignorant les besoins du citoyen ira­nien qui paie la facture des ambitions interventionnistes de ses dirigeants », explique Aboul-Nour.

Reste à savoir quel sera, à terme, le poids de ces remous politiques, éco­nomiques et sociaux qui secouent la République islamique. « Le pouvoir iranien est plus menacé que jamais. Les manifestations risquent de reprendre, car le régime ne répond pas aux revendications du peuple et répète la même faute du shah qui a refusé de répondre aux demandes du peuple, ce qui a conduit à sa chute. Il y a déjà une nouvelle vague de mani­festations qui secouent l’Iran ces jours-ci, mais les médias iraniens tentent de la cacher », conclut Aboul-Nour .

Le rejet du voile : Un défi de plus au pouvoir

L’atmosphère de défiance née des récentes manifestations a encouragé les femmes iraniennes à s’insurger à leur tour, rejetant le port du voile obligatoire en vigueur depuis la Révolution islamique. Avant d’être un emblème religieux, le voile en Iran est un emblème politique traduisant la soumission de la femme iranienne aux prin­cipes de la Révolution islamique. Or, ces dernières années, bénéfi­ciant d'une certaine ouverture avec l’élection du modéré Hassan Rohani, certaines femmes changent leurs habitudes vestimentaires et défient les autorités. La semaine dernière, une trentaine de femmes iraniennes ont enlevé le voile dans la rue, apparaissant tête nue, leur voile pendu au bout d’une perche en signe de défi. « La faillite écono­mique du pouvoir a encouragé la femme iranienne à briser tous les tabous, car elle a trouvé qu’après 39 ans, le régime islamique ne lui a procuré ni prospérité ni progrès. Au fil des ans, elle a vu dans le voile un signe de claustration, c’est pourquoi elle a préféré un retour au système laïque », explique Mohamad Aboul-Nour, spécialiste du dossier ira­nien à l’Université d’Al-Azhar .

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