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Mohamed Abbas: « L’Iran n’est pas prêt à faire des concessions »

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 09 avril 2013

Mohamed Abbas, spécialiste du dossier iranien au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, estime qu’aucun progrès ne sera réalisé avant les présidentielles prochaines du 14 juin. Il exclut par ailleurs la possibilité d’une attaque américaine sur le court terme.

Al-Ahram Hebdo : Les récentes négociations entre l’Iran et les Six n’ont pas avancé. Quelle est votre analyse ?

Mohamed Abbas : Ce résultat était attendu car, à la veille des négociations, l’Iran a semblé exigeant et a demandé que les grandes puissances reconnaissent son droit à enrichir l’uranium. En fait, Téhéran n’est prêt ni à faire des concessions, ni à changer de politique en matière nucléaire à deux mois des présidentielles du 14 juin qui vont amener un nouveau président. Même si c’est le guide suprême, Ali Khamenei, qui tient toutes les ficelles du nucléaire en main, le pays est en ébullition car le président Ahmadinejad, qui ne pourra plus se présenter pour un troisième mandat, tente de céder sa place à l’un de ses partisans pour pouvoir se présenter à nouveau en 2017, comme l’a fait le président russe Vladimir Poutine avec son premier ministre Dmitri Medvedev. Mais ce jeu de chaises musicales est rejeté par Khamenei qui a vu Ahmadinejad le défier à plusieurs reprises.

— Puisque Téhéran n’entend rien présenter aux Six, pourquoi tient-il à la poursuite des négociations, multipliant les propos positifs à la veille des discussions ?

— Pour Téhéran, garder la porte du dialogue entrouverte est un objectif en soi, même si ce dialogue reste sans lendemain. Il s’agit de gagner du temps, tout en éloignant le spectre de la guerre, car il ne serait pas logique qu’une frappe ait lieu alors que les négociations se poursuivent. Quant aux propos alléchants qui précèdent chaque discussion, c’est une tactique iranienne qui vise à calmer le peuple iranien inquiet quant à l’alourdissement des sanctions internationales.

— Dans un tel contexte, une guerre est-elle envisageable surtout après que le président Obama eut estimé à « un peu plus d’un an » le délai nécessaire à l’Iran pour se doter de l’arme nucléaire ?

— Le jour où Obama sera sûr que Téhéran est à deux pas du nucléaire, il frappera sans relâche coude à coude avec Israël. Mais, personnellement, je pense que cette guerre n’aura pas lieu car d’une part, Washington ne veut plus s’enliser dans d’autres guerres après ses pertes en Iraq et en Afghanistan, et d’autre part, Téhéran ne veut pas risquer d’être détruit dans l’unique but de réaliser ses rêves nucléaires.

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