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Mohamad Abbas, expert du dossier iranien au CEPS: « L'option d'une frappe militaire est toujours sur la table »

Propos recueillis par Maha Al-Cherbini, Lundi, 04 mars 2013

Mohamad Abbas, expert du dossier iranien au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, analyse les perspectives de la crise iranienne, l’avenir des négociations et l’éventualité d’une frappe militaire contre ce pays.

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Catherine Ashton, Saeed Jalili (Photo: AP)

Al-Ahram Hebdo : Après dix ans d’impasse et plus de huit mois d’interruption des négociations entre Téhéran et les Six, ces derniers ont évoqué, pour la première fois, le 26 février, l’allégement des sanctions sur le commerce de l’or, l’industrie pétrochimique et les sanctions bancaires, en contrepartie de concessions nucléaires de Téhéran, ce qui a été qualifié de « signe positif » par les analystes. Qu’en pensez-vous ?

Mohamad Abbas : En fait, je ne suis pas très optimiste, car même si cette nouvelle offre constitue un signal positif de la part de l’Occident, elle ne pourra pas du jour au lendemain dissiper le manque de confiance entre l’Iran et les Six, surtout Washington. Les divergences restent profondes et les positions des deux parties restent inconciliables : d’une part, Téhéran a posé comme condition préalable à toute négociation sérieuse la suspension de toutes les sanctions et non pas leur allégement et, d’autre part, l’Occident exige l’arrêt de toute activité d’enrichissement d’uranium iranien avant de suspendre les sanctions. Je ne pense pas que Téhéran puisse stopper l’enrichissement pour un simple allégement des sanctions.

— Ce qui semble paradoxal, c’est que les Six viennent d’afficher leur disposition à alléger les sanctions, et parallèlement un projet d’élargissement des sanctions contre l’Iran a été déposé à la Chambre des représentants américaine. Comment interprétez-vous cette dualité ?

— C’est la politique de la carotte ou le bâton suivie toujours par Washington et l’Occident. D’une part, ils font des offres alléchantes à Téhéran, et d’autre part, ils maintiennent la menace des sanctions qui courbent le dos de l’économie iranienne. Une façon de souffler le chaud et le froid pour garder toutes les portes entrouvertes.

— Mais les sanctions internationales ont déjà porté un coup dur à l’économie iranienne, pourquoi Téhéran sacrifie-t-il son économie forte au profit de ses rêves nucléaires ?

— Jusqu’à présent, l’économie iranienne ne s’est pas complètement effondrée et peut résister face aux sanctions, car Téhéran dispose toujours de bonnes réserves en devises étrangères. Quant à l’attachement au nucléaire, c’est une affaire de dignité nationale pour un Iran qui n’est jamais prêt à se plier face à l’Occident. En fait, Téhéran rêve de devenir une superpuissance régionale. Il utilise la carte nucléaire pour faire pression sur les Américains afin qu’ils reconnaissent son statut de superpuissance régionale. Sorte de chantage politique.

— A la lumière de ce dialogue de sourds, les négociations de mi-mars n’ont pas grande chance d’aboutir et vont se terminer sur un échec ...

— Je pense que oui, car il n’y aura ni grand rapprochement entre les deux parties, ni changement inattendu dans la position iranienne du jour au lendemain. Surtout que les présidentielles iraniennes sont prévues en juin, ce qui rend difficile la prise d’une décision aussi importante, comme l’arrêt de l’enrichissement à la veille des élections. Il faut attendre le nouveau président, même si toutes les décisions nucléaires relèvent du guide suprême Ali Khamenei.

— Et puisque le régime iranien n’entend pas stopper l’enrichissement, à quoi bon tient-il si fort à la poursuite des négociations avec les Six ?

— En fait, les deux parties tiennent à ne pas fermer la porte des discussions et pas seulement l’Iran, car même si ces discussions restent sans lendemain, leur poursuite prouve que l’on n’est pas encore arrivé à l’impasse. Les deux parties réalisent que l’arrêt des pourparlers signifie que les issues diplomatiques sont bouchées, ce qui ne laissera sur la table qu’une option : une frappe militaire.

— Mais déjà cette semaine, le premier ministre israélien a appelé à une frappe militaire contre Téhéran, qui poursuit les pourparlers pour gagner du temps tout simplement. Croyez-vous au sérieux d’une telle frappe ?

— Non, au moins pas pour le moment. Israël ne pourra jamais procéder seul à une frappe, car il va beaucoup perdre. L’Iran est un Etat fort, et une guerre va beaucoup coûter à l’Etat hébreu. Et c’est ce que réalise bien le président américain Barack Obama, qui a affirmé qu’il ne va pas s’enliser dans d’autres guerres après avoir tant perdu dans ses guerres en Iraq et en Afghanistan.

— Ceci veut-il dire que nul ne pourra désormais stopper Téhéran et qu'on doit désormais accepter la réalité d’un « Iran nucléaire » ?

— Pas à ce point. Quand Washington sera sûr et certain que Téhéran est sur le point de fabriquer l'arme nucléaire, il optera pour la solution militaire.

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