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Afghanistan: Une paix se profile

Maha Al-Cherbini avec agences, Jeudi, 30 juillet 2015

Après treize ans de violence, les Talibans ont enfin accepté de s'engager dans des discussions de paix avec le gouvernement afghan. Une rencontre entre les deux parties est prévue le 30 et le 31 juillet.

Afganistan
Photo: AP

Le « cimetière afghan » va-t-il enfin ouvrir une nou­velle page de paix, de stabi­lité et d’unité nationale ? Les récentes évolutions nourrissent l’espoir d’en finir avec une guerre sans foi ni loi qui a eu un coût humain exorbitant parmi les forces de l’Otan et surtout parmi les civils afghans. Selon l’Onu, près de 1 000 civils ont péri pendant les seuls quatre premiers mois de cette année. La chute des Talibans par une coalition internatio­nale guidée par les Etats-Unis en 2001 n’a fait qu’enliser l’Afghanistan dans l’abîme d’une violence mor­bide, malgré le déploiement de 130 000 soldats de l’Otan qui n’ont jamais réussi à faire plier les Talibans. Ce paysage politique, déjà cauche­mardesque, est devenu plus inquié­tant après le retrait de la plupart des forces de l’Otan en décembre dernier. Sur le terrain, il ne reste aujourd’hui que 12 500 soldats étrangers, de quoi inquiéter sur l’avenir du « cimetière afghan ». Alors qu’on s’attendait au pire les jours à venir, une surprise vient bouleverser le cours des choses : les Talibans ont accepté de s’engager dans des négociations de paix avec le pouvoir afghan qu’ils n’ont jamais reconnu, y voyant une « marion­nette » américaine. Un deuxième round de pourparlers de paix entre les rebelles et le gouvernement aura lieu fin juillet après un premier round qui a eu lieu au Pakistan le 8 juillet, sous l’égide de Washington et de Pékin. « Le second round est fixé au 30 et 31 juillet », a déclaré Ismaïl Qasimyar, membre du gouvernement, ajoutant que ces nouvelles négociations auront « très probablement lieu en Chine ». Pourtant, d’aucuns assurent que des discussions sont encore en cours entre l’Afghanistan, le Pakistan, les Etats-Unis et la Chine pour détermi­ner quel pays accueillera cette ren­contre. Quel que soit le lieu de la rencontre, l’important est que l’espoir de paix semble ravivé en Afghanistan, surtout après que le mollah Omar, chef des Talibans, eut déclaré pour la première fois la « légitimité » du dia­logue avec le gouvernement.

Evoquant la teneur de ces pourpar­lers historiques, le président afghan Ashraf Ghani, au pouvoir depuis sep­tembre, a fait savoir que les discus­sions portent sur trois principaux dossiers : explorer les méthodes per­mettant de transformer cette réunion en un processus continu, adopter des mesures permettant de rétablir la confiance mutuelle et instaurer un cessez-le-feu durable. Côté taliban, les revendications restent les mêmes : départ de toutes les forces étrangères du pays, libération des rebelles déte­nus dans les prisons et retrait des noms des leaders talibans de la liste noire de l’Onu.

Même s’il est encore difficile de rapprocher les points de vue entre les deux parties, « il s’agit d’une avan­cée sans précédent », selon M. Ghani, car les rebelles avaient tou­jours refusé avoir des discussions avec le gouvernement même si plu­sieurs rencontres ont déjà eu lieu dans le passé au Qatar, en Chine et en Norvège. De plus, l’originalité de ces pourparlers réside dans le lieu choisi pour les accueillir : le Pakistan, très proche des rebelles et souvent accusé par l’ancien président afghan, Hamid Karzaï, de soutenir la rébel­lion islamiste, ce qui a envenimé les relations entre les deux voisins. Selon les experts, M. Ghani a réussi, beaucoup plus que son prédécesseur, à « courtiser » Islamabad et à rallier le premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, à la guerre anti-tali­bane. De l’avis des observateurs, le conflit afghan ne pourra jamais se régler sans la participation du Pakistan, dont la très instable zone frontalière avec l’Afghanistan abrite nombre de groupes islamistes. A la veille du nouveau round de pourpar­lers, M. Sharif a paru plus que jamais décidé à faire réussir cette dernière chance de paix. « C’est une percée. Ce processus doit réussir », a affir­mé le responsable pakistanais. Autre facteur à accélérer le réchauffement des relations entre les deux voisins : la menace que fait peser Daech sur la région. Or, Kaboul et Islamabad n’ont pas d’alternative : ils doivent s’unir pas seulement contre les Talibans, mais plutôt contre Daech. Voyant dans ce rapprochement une dernière bouée de sauvetage pour le « bourbier afghan », les Etats-Unis, qui ont accusé leur allié pakistanais de « mollesse » dans sa guerre contre les Talibans, ont salué ces négocia­tions de paix. Déjà, le président Obama rêve d’une seconde victoire diplomatique en Afghanistan après celle de son accord historique avec l’Iran.

Daech motive les pourparlers de paix

Reste à se poser la question : après treize ans de défiance, pourquoi les Talibans ont-ils accepté de dialoguer avec le pouvoir ? Il semble que l’ap­parition de Daech, qui ne cache pas ses ambitions expansionnistes, n’a pas seulement uni Islamabad et Kaboul, mais elle a aussi jeté l’effroi dans le coeur des Talibans qui ont décidé d’ouvrir la porte du dialogue avec le pouvoir. Il va sans dire que les Talibans ne veulent pas de Daech dans leur pays et ils ont clairement mis en garde le chef de l’Etat Islamique (EI), Abou-Bakr Al-Baghdadi, contre toute tentative d’implantation en Afghanistan, suite à des combats qui ont eu lieu ces dernières semaines entre Talibans et islamistes de Daech. « Le djihad contre les envahisseurs américains et leurs esclaves dans le pays ne peut avoir qu’un drapeau, une direction et un commandement. Nous n’accep­tons aucune ingérence dans nos affaires », a affirmé un communiqué taliban. C’est donc sous le poids de la menace de l’EI que le mollah Omar s’est dit favorable aux pourparlers avec le gouvernement, surtout que Daech a appelé tous les Afghans à faire allégeance à Abou-Bakr Al-Baghdadi.

Malgré le danger commun et mal­gré les pourparlers de paix, il semble que les Talibans ne sont pas prêts de déposer les armes. Pour eux, la vio­lence reste l’unique arme pour faire pression sur les autorités de Kaboul pour s’attirer le plus de gains pos­sibles : entrer au gouvernement ou gouverner certaines provinces. Parallèlement au dialogue, les rebelles intensifient leurs attaques contre les forces afghanes et leurs alliés de l’Otan. Samedi soir, ils se sont emparés d’une base de la police afghane dans le nord du pays après la reddition de plus de cent policiers, infligeant ainsi aux forces afghanes l’une de leurs plus lourdes défaites depuis la fin de la mission de l’Otan. La veille, au moins 19 personnes ont été tuées dans un attentat suicide sur un marché du Nord afghan. On peut donc dire que les Talibans n’ont pas changé, ils ont tout simplement modifié leur stratégie : ils tendent une main et frappent de l’autre. En d’autres termes, ils soufflent le chaud et le froid pour ne rien lâcher.

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