Semaine du 17 au 23 novembre 2021 - Numéro 1399
Soudan : Un nouveau conseil sur fond de divisions
  La formation, le 11 novembre, d’un nouveau Conseil de souveraineté au Soudan n’a pas calmé les ardeurs de l’opposition, qui appelle à manifester jusqu’à ce que ses revendications soient satisfaites.
Le Conseil de souveraineté a promis de former le nouveau gouvernement d’ici quelques jours.
Le Conseil de souveraineté a promis de former le nouveau gouvernement d’ici quelques jours. (Photo : AFP)
Maha Salem avec agences17-11-2021

La décision du général Abdel-Fattah Al-Burhan de nommer un nouveau Conseil de souveraineté (plus haute instance de transition dont il est lui-même le chef) n’a pas calmé les ardeurs de l’opposition au Soudan. Cette décision a été jugée insuffisante par les protestataires.

L’opposition appelle à des manifestations jusqu’à ce que ses revendications soient satisfaites. Elle réclame notamment la présence au sein du nouveau conseil de représentants du camp qui réclame le transfert du pouvoir aux civils. Après la chute, en 2019, de l’ancien président Omar Al-Béchir, un Conseil de souveraineté, composé de civils et de militaires, avait été mis en place pour chapeauter la transition sous la présidence du général Burhan. Le 25 octobre 2021, ce dernier a dissout les institutions et a décrété l’Etat d’urgence. Il a annoncé la formation « imminente » de nouvelles autorités pour mener le pays vers des élections libres, assurant avoir dû seulement écarter « les dirigeants civils qui n’étaient pas d’accord entre eux sur le chemin à prendre pour mener la transition ».

Le gouvernement dont plusieurs ministres sont toujours détenus n’a toujours pas été remplacé. La nouvelle instance compte 14 membres. Seuls 13 noms ont été annoncés par la chaîne officielle Sudan TV. Le quatorzième membre du conseil doit représenter la région est, où des manifestants ont bloqué pendant un mois et demi Port-Soudan, le poumon commercial du pays. Sur les 13 noms annoncés, quatre sont nouveaux.

Il s’agit de personnalités non partisanes qui remplacent les quatre représentants des Forces de la Liberté et du Changement (FLC), l’union des forces civiles née de la révolte anti-Béchir. Parmi eux figure Abou Al-Qassem Bortoum, un homme d’affaires qui avait plaidé en faveur de la normalisation avec Israël, posée comme condition par Washington pour sortir le Soudan de sa liste noire des Etats soutenant le terrorisme. Autre nouveau membre: Salma Al-Moubarak, issue d’une grande famille soufie du Soudan. Sans passé politique, elle est la deuxième femme du Conseil avec Raja Nicola, représentante de la minorité chrétienne copte qui conserve son poste. Les neuf membres qui se maintiennent au Conseil sont des représentants de l’armée ou de groupes rebelles armés ayant signé fin 2020 la paix avec Khartoum après des années de conflits.

Le général Al-Burhan et son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF, se sont engagés à organiser des élections libres et transparentes à l’été 2023. Mais ces promesses n’ont pas apaisé l’opposition. Samedi, les partisans d’un pouvoir civil ont rassemblé des milliers de personnes dans les rues de plusieurs villes du pays. Les forces de sécurité avaient été appelées vendredi par l’Onu et les ambassadeurs occidentaux à éviter une effusion de sang dans un pays où déjà plus de 250 manifestants avaient été tués lors de la révolte qui a renversé Omar Al-Béchir en 2019. « Al-Burhan et son équipe essayent de trouver une issue à la crise qui secoue le pays. Ils essayent de calmer la situation pour relancer l’économie et mettre le pays sur pieds, mais la situation s’aggrave. Il faut régler la question du premier ministre avant tout puis annoncer une feuille de route détaillée pour convaincre l’opposition que le conseil va transférer les pouvoirs aux civils à un moment précis. Il faut répondre aux revendications des manifestants pour qu’ils aient une lueur d’espoir », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire

Réactions internationales

L’Onu a appelé, jeudi, à une reprise de la transition, selon son porte-parole Stéphane Dujarric. De son côté, le Conseil de sécurité de l’Onu a tenu une réunion sur le Soudan, conclue sans déclaration commune, mais il a appelé au dialogue et à une résolution pacifique à la crise. Dans un communiqué commun, les Etats-Unis, l’Union européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse se sont dits préoccupés par la situation au Soudan. « Nous déconseillons vivement toute nouvelle escalade », affirme le communiqué.


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