Semaine du 27 octobre au 2 novembre 2021 - Numéro 1396
Russie-Syrie, des relations très complexes
Mohamed Al-Saïd Idriss27-10-2021
 
 

L’évolution des événements en Syrie nous permet de faire quelques conclusions. La plus importante est que le rôle américain en Syrie se limitera à la présence de troupes américaines chargées de défendre les forces démocratiques syriennes kurdes et de leur permettre d’imposer leur domination sur les puits de pétrole à l’est de l’Euphrate.

Mohamad Al-Saïd Idriss

Ceci dans l’espoir d’utiliser cette domination comme carte de pression sur la Syrie dans l’optique d’un prochain règlement. Washington veut trois choses de la Syrie, à savoir sortir l’Iran du pays, stabiliser les relations de Damas avec ses voisins et, enfin, accepter la résolution 2 254 qui a trait aux droits de participation politique, à la pluralité, à la libération des détenus et au retour des réfugiés.

La deuxième conclusion est que la Russie s’est emparée du règlement de la crise syrienne comme le reconnaissent d’ailleurs toutes les parties. La raison est que la Russie possède de fortes cartes en Syrie.

La troisième conclusion est que la Russie a trouvé des solutions permettant de régler le conflit d’intérêt entre les trois forces régionales qui se disputent la domination en Syrie, à savoir Israël, l’Iran et la Turquie. Et ce, dans le contexte de ses intérêts politiques, économiques et stratégiques avec ces trois forces.

Le comportement russe dans la crise syrienne et le silence affiché par Moscou envers les violations israéliennes contre l’armée syrienne et ses alliés, en particulier l’Iran et le Hezbollah, montrent la nouvelle politique russe. Il est devenu clair que la nouvelle Russie tient à être l’alliée d’Israël au Proche-Orient, convaincue que l’Etat hébreu constitue une porte d’entrée vers le bassin méditerranéen et le Proche-Orient. Cette conviction russe est confortée par le fait qu’Israël tient à tisser de fortes relations avec la Russie, en particulier en Syrie.

Israël reconnaît les intérêts russes en Syrie et laisse Moscou régler la crise syrienne selon sa vision. En contrepartie, la Russie reconnaît les intérêts sécuritaires d’Israël en Syrie, notamment l’exclusion de toute présence de l’Iran et de ses alliés sur le territoire syrien. De plus, Moscou s’engage à donner à Israël le droit de se défendre sur le territoire syrien, à réduire en silence les missiles russes qui sont en possession de l’armée syrienne et à permettre aux Israéliens de viser des sites iraniens ou d›alliés de l’Iran dans la profondeur syrienne, à condition toutefois qu’ils ne s’attaquent pas aux forces syriennes ou russes.

Il semblerait que la Russie soit parvenue à des solutions satisfaisantes avec Israël. Celles-ci ont été dévoilées par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors de sa rencontre avec son homologue israélien, Yaïr Lapid, à Moscou le 9 septembre dernier. Dans un communiqué avant l’arrivée de l’invité israélien, Lavrov a déclaré : « La Russie ne veut pas que la Syrie soit un champ de bataille militaire pour les autres Etats ». Il a annoncé que les deux pays étaient parvenus à « un mécanisme russo-israélien » pour régler les différends sur la présence iranienne en Syrie.

Concernant la Turquie, la Russie reste confuse en ce qui concerne la présence turque sur le territoire syrien. Il semblerait que le Sommet de Sotchi entre les présidents russe et turc le 29 septembre dernier, quelques semaines après une rencontre entre le chef de l’Etat russe et son homologue syrien, n’ait réglé ni le problème du soutien militaire turc aux organisations terroristes à Alep, ni celui de la présence militaire turque à l’ouest de l’Euphrate et au nord de la Syrie.

Le président russe comptait sur les tensions dans les relations turco-américaines pour obtenir plus de concessions turques. Par conséquent, les avions turcs et les forces syriennes ont repris leurs frappes aériennes et terrestres le 1er octobre 2021, après un arrêt de 5 jours avant le sommet turco-russe, sur la zone de désescalade et d’autres régions à Alep.

L’Iran constitue la problématique la plus importante pour la Russie en Syrie. La Russie et l’Iran ont des intérêts communs profonds. Les deux pays sont alliés contre le terrorisme et contre toutes les parties qui sont intervenues pour renverser le régime en Syrie. La Russie comprend parfaitement les intérêts de l’Iran en Syrie, ainsi que la profondeur de l’alliance stratégique entre Damas et Téhéran qui remonte aux premières années après la Révolution iranienne en 1979. Pour le président syrien, Bachar Al-Assad, l’une des plus importantes garanties pour sauvegarder le régime syrien est la présence de la Syrie dans « l’axe de la résistance » avec l’Iran et le Hezbollah contre Israël.

Moscou a précédemment annoncé que la présence iranienne en Syrie était « légitime », car elle est basée sur une demande officielle de la part du gouvernement syrien, exactement comme la présence russe et contrairement à la présence américaine, turque ou européenne. La Russie fait donc face à d’énormes défis pour parvenir à une formule de règlement de la crise syrienne qui prendrait en considération la sauvegarde des intérêts de l’Iran en Syrie, chose que refusent les Etats-Unis, l’Europe et Israël. La Russie possède-t-elle une solution à la présence iranienne en Syrie afin de garantir l’accélération d’un règlement de la crise syrienne ? Tout dépendra de la tournure des événements .


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