Semaine du 20 au 26 octobre 2021 - Numéro 1395
Covid-19 : Le monde est plus dépressif
  Les cas de dépression et d’anxiété ont augmenté de plus d’un quart dans le monde en 2020 en raison de la pandémie de coronavirus, affirme une récente étude. Explications.
Covid-19 : Le monde est plus dépressif
L’anxiété et la dépression seraient liées à l’isolement et au sentiment de solitude du patient. (Photo : AFP)
May Atta20-10-2021

Une étude publiée la semaine dernière dans la revue scientifique The Lancet a évalué pour la première fois les impacts mondiaux de la pandémie de coronavirus sur les troubles dépressifs majeurs et les troubles anxieux, en les détaillant par âge, par sexe et par localisation dans 204 pays et territoires.

Les résultats montrent qu’en 2020, les cas de troubles dépressifs majeurs et troubles anxieux ont augmenté respectivement de 28 et 26 %.

La pandémie de Covid-19 aurait exacerbé de nombreuses inégalités existantes et les déterminants sociaux de la maladie mentale. Ainsi, les femmes ont été plus touchées que les hommes, et les plus jeunes ont été davantage concernés que les groupes plus âgés. « Les fermetures d’écoles et des restrictions plus larges limitant la capacité des jeunes à apprendre et à interagir avec leurs pairs, combinées au risque accru de chômage ont pesé davantage sur la santé mentale des plus jeunes », ajoute la co-auteure de l’étude, Alize Ferrari.

Assez logiquement, les résultats de l’étude indiquent que les régions les plus durement touchées par la pandémie en 2020 ont connu les plus fortes augmentations de la prévalence des troubles. Certaines parties de l’Europe occidentale et du Moyen-Orient semblent faire partie de ces régions. Les auteurs reconnaissent toutefois que leur étude a été limitée par un manque de données fiables sur les effets de la pandémie de Covid-19 sur la santé mentale dans de nombreuses régions du monde, en particulier les pays à revenu faible et intermédiaire.

Incapables de reprendre une vie normale

Dr Emad Choukri, psychiatre, estime que les chiffres réels seraient supérieurs à ceux suggérés par l’étude, « surtout que lorsque la pandémie s’est manifestée début 2020, l’ambiguïté était le mot d’ordre, aussi bien pour les médecins que pour les patients ». Ce manque d’informations, selon lui, est l’un des facteurs favorisant l’insécurité, et par conséquent, les troubles psychologiques.

Il estime que c’est d’autant plus le cas pour les individus qui ont été hospitalisés. « L’anxiété et la dépression seraient liées à l’isolement et au sentiment de solitude du patient hospitalisé d’autant plus s’il n’est pas autorisé à recevoir des visites de parents ou d’amis », affirme-t-il. Dr Choukri compte les difficultés respiratoires, souvent accompagnées de sensations de panique et d’étouffement, parmi les causes de dépression et d’anxiété, tout comme le stress post-traumatique dont souffrent les patients qui ont été atteints d’une forme grave de la maladie.

D’après Dr Choukri, ces patients ont le plus souvent besoin de traitement psychologique non médicamenteux pour les aider à extérioriser et à dépasser leur anxiété.

Quand est-ce qu’une personne convalescente peut-elle décider qu’elle souffre de troubles psychologiques ? Le critère, selon Dr Racha Abdel-Bari, psychiatre, est la capacité du patient à reprendre sa vie normale après la période de convalescence. « En revanche, si le patient est en proie à des sentiments d’anxiété, de peur ou de claustrophobie, qui lui sont inhabituels, ou à des idées noires qui deviennent obsessionnels, dans ce cas, il faut consulter », conseille-t-elle.

Dans un commentaire conjoint, le Dr Maxime Taquet et le professeur Paul Harrison, de l’Université d’Oxford, qui n’étaient pas impliqués dans l’étude en question, ont déclaré que celle-ci mettait « en évidence l’impact de la pandémie sur la santé mentale dans le monde ».

« Cela souligne un besoin urgent de renforcer les systèmes de santé », estime le principal auteur de l’étude, Damien Santomauro, du Queensland Center for Mental Health Research, School of Public Health, en Australie. « Même avant la pandémie, les systèmes de soin de santé mentale de la plupart des pays manquaient de ressources et étaient désorganisés. Répondre à cette demande supplémentaire sera difficile, mais il n’est pas envisageable de ne rien faire », ajoute-t-il.

Les conseils et suggestions mentionnés dans cette page sont fournis uniquement à titre informatif. Consultez votre médecin si vous avez des questions spécifiques à un problème médical.


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