Semaine du 20 au 26 octobre 2021 - Numéro 1395
May Abdel-Hamid : Notre objectif est d’élargir l’accessibilité à un habitat formel
  May Abdel-Hamid, présidente du Fonds du logement social, revient sur les détails de la stratégie de l’Etat qui vise à fournir aux citoyens un logement adéquat, sûr et à portée de main.
May Abdel-Hamid,
Amira Doss20-10-2021

Al-Ahram Hebdo : Quel était le point de départ pour concevoir une nouvelle politique de logement social adapté aux besoins de la population ?

May Abdel-Hamid : Avant de lancer notre projet en 2014, il a fallu analyser les politiques, les rapports techniques et les statistiques. Il manquait une synthèse globale et nous devions actualiser nos connaissances sur l’état des lieux. Le contexte du logement social a catégoriquement changé lors des dix dernières années. La croissance démographique galopante et le manque de logements abordables ont rendu la propriété et même la location d’un logement difficile, notamment pour les ménages à faible revenu. Les logements disponibles sont vendus moyennant des taux d’intérêt élevés et les politiques de logement antérieures ont été inefficaces et non homogènes. Une recherche de la Banque mondiale de 2014 a révélé que la demande sur les logements neufs était estimée à 300 000 unités par an. Un chiffre qui augmentait de 254 000 chaque année. C’était problématique à l’époque, car le nombre total de logements construits ne dépassait pas les 200 000 unités par an. Aujourd’hui, nous estimons que la demande sur le logement tourne autour de 700 000 unités par an. Notre rôle est donc de combler cette lacune.

— Comment avez-vous donc changé de stratégie pour répondre à cette demande croissante sur les logements sociaux ?

— Nous avons commencé par renforcer la capacité du Fonds du logement social de façon à lui permettre de soutenir les ménages à faible revenu, rendant le logement accessible et abordable. Il a fallu aussi faciliter les options de versement, accroître l’octroi de subventions pour l’accès aux logements, en augmentant le nombre de bénéficiaires de 31 %. L’objectif est d’élargir l’accessibilité à un habitat formel. Une stratégie qui s’inscrit dans le cadre de l’objectif du gouvernement de construire d’ici 2024 plus d’un million de logements pour les ménages à faible revenu et de faciliter l’option de logements échelonnés aux habitants des bidonvilles et des habitations informelles.

— Aujourd’hui, la plupart des projets que vous lancez sont destinés aux villes nouvelles. Quelle en est la raison ?

— L’un de nos objectifs est de lutter contre cette centralisation réalisée dans la vallée du Nil et du Delta. Ce taux d’urbanisation a nécessité de revoir l’étalement urbain et les villes trop serrées et a posé des questions en matière de gestion urbaine. La reprise de la croissance dans les grandes villes nous a obligés à diriger nos projets ailleurs. Il a fallu donc pouvoir créer dans les villes nouvelles toute une communauté, un cadre permettant une vie décente aux habitants de ces logements sociaux, des unités équipées avec tous les services : électricité, eau potable, centres commerciaux, réseaux de transport, écoles, hôpitaux, sécurité et infrastructures. Bref, offrir des emplois pour s’assurer que les habitants finiront par habiter ces logements. Autrefois, ceux qui achetaient des logements sociaux les considéraient comme un investissement. Résultat : des milliers d’appartements vides et des milliers de personnes mal logées.

— Quels sont les défis que vous relevez pour pouvoir offrir des logements abordables et de bonne qualité ?

May Abdel-Hamid

— Le logement social devait se réinventer. Jamais auparavant les organismes publics n’ont eu autant de défis à relever en si peu de temps. La question sociale vient en premier. Il est primordial de fournir des logements de qualité et dignes, adaptés aux besoins et aux capacités réels des habitants. L’immense défi de construire plus et mieux. Répondre à la demande incessante et faire une liste de priorités pour commencer par les régions les plus déficitaires et où les projets de construction de logements sociaux sont insuffisants, de façon à adapter l’offre à l’évolution de nouveaux besoins. Un autre défi est de pouvoir trouver une formule permettant à certaines catégories de la population de profiter de ces logements, tels que les travailleurs journaliers, les femmes qui prennent en charge leurs familles et les handicapés. Nombreux d’entre eux ne disposent pas de compte en banque de revenu fixe, à savoir un minimum de 1 200 L.E. par mois. Il a fallu donc faciliter les procédures pour favoriser leur accès au logement social. Mais le plus grand défi reste le financement. L’Etat et la Banque Centrale apportent à notre programme un important appui financier. Nous tentons également d’attirer de nouveaux bailleurs de fonds, et en particulier le secteur privé, en l’incitant à investir dans ce marché.

— L’Association des nouvelles communautés urbaines (NUCA) vient de recevoir le prix d’honneur de l’Onu (UN Habitat) pour la mise en application du programme du logement social. Qu’est-ce que ce prix signifie d’après vous ?

— Ce prix a été octroyé à l’Association des nouvelles communautés urbaines, l’entité qui réalise sur le terrain nos unités de logements sociaux. Elle a été sélectionnée parmi 170 nominations. D’après UN Habitat, le projet égyptien du logement social a réussi à offrir un logement décent à plus de 700 000 personnes, leur permettant de mener une vie humaine et intégrée. Ce prix révèle que notre nouvelle politique a apporté ses fruits et que nous sommes sur le bon chemin. Cibler les besoins, produire là où il est nécessaire, réguler les prix, renforcer notre puissance financière, assouplir les règles de vente et procurer un toit à ceux qui n’en ont pas. Le logement est un lieu auquel on s’identifie, dans lequel on investit. Il est un refuge et une condition de reconnaissance sociale. Ce prix est aussi la preuve d’un progrès sans précédent des organismes publics, de l’innovation technique pour proposer de nouvelles solutions et réponses aux familles en difficulté. Le prix prouve que nous avons été capables de changer l’image du logement social et changer les idées héritées du passé. Il n’y a jamais eu autant de candidats désirant y habiter. La plupart des unités que nous lançons sont toutes vendues quelques heures après l’annonce d’une nouvelle phase. C’est la preuve que le programme, par son ampleur, contribue à restructurer le secteur du bâtiment et à redessiner le paysage des villes.


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