Semaine du 13 au 19 octobre 2021 - Numéro 1394
Iraq : Des élections et un malaise qui perdure
  Une période de longues et difficiles tractations s’annonce en Iraq suite aux législatives de dimanche, où le courant sadriste s’annonce vainqueur.
Iraq : Des élections et un malaise qui perdure
Des partisans de Moqtada Al-Sadr se sont rassemblés lundi soir à Bagdad, revendiquant déjà la victoire. (Photo : AFP)
Maha Salem avec agences13-10-2021

Lundi 11 octobre, le premier ministre iraqien, Moustafa Al-Kazimi, déclare sur Twitter l’arrestation « à l’extérieur » de ses frontières d’un haut responsable de l’organisation Daech. Une annonce qui intervient au lendemain des législatives et qui signifie clairement que la lutte contre Daech n’est pas totalement finie en Iraq. Or, cette guerre est au centre de la politique iraqienne, et donc des élections qui se sont tenues dimanche 10 octobre. Un scrutin auquel seuls 41 % des électeurs ont participé, selon la Commission électorale, contre 44,5 % lors du précédent scrutin, en 2018. Une faible mobilisation qui reflète la perte de confiance dans la classe politique et dans le système démocratique instauré après l’invasion américaine en 2003. Et pourtant, il s’agit d’élections anticipées, dans le cadre d’une nouvelle loi destinée à aider les candidats indépendants — une réponse aux vastes manifestations antigouvernementales ayant secoué le pays il y a deux ans et dont la répression a fait plus de 600 morts en plusieurs mois. C’était l’une des revendications des manifestants. Mais les « forces d’octobre » issues du mouvement de contestation n’ont pas su profiter de l’élan du soulèvement de 2019 pour pouvoir incarner une opposition nationale à même de faire face à la classe politique en place.

Avant la publication des résultats, le courant de l’influent leader chiite Moqtada Al-Sadr s’est revendiqué la victoire. Sous couvert de l’anonymat, un responsable du courant sadriste a assuré à l’Agence France-Presse (AFP) que le parti avait obtenu un « nombre approximatif de 73 sièges ». Un responsable de la commission électorale iraqienne, qui a requis l’anonymat, a indiqué à l’AFP que le courant sadriste était effectivement « en tête », selon les résultats préliminaires.

Risque d’un parlement fragmenté

Cependant, les analystes estiment que le parlement s’annonce fragmenté et que l’absence d’une majorité claire va obliger les différentes factions à négocier des alliances. Si une victoire des sadristes se confirme, cela signifie que ces derniers ont réussi à augmenter leur nombre au parlement, passant de 54 députés actuellement à plus de 70. Cela signifie aussi qu’ils conserveront leur statut de première formation, leur permettant de peser d’autant plus lors de la composition du futur gouvernement et de la désignation du premier ministre. Une autre tendance se dégage du scrutin : la percée de l’Alliance de l’Etat de droit de l’ancien premier ministre Nouri Al-Maliki (proche de l’Iran). « Nous avons obtenu 37 sièges », a assuré à l’AFP un responsable de ce mouvement. Deuxième force de l’assemblée sortante, la coalition du Hachd Al-Chaabi, entrée au parlement en 2018 après la victoire militaire contre Daech, semble, en revanche, essuyer un net recul, selon des observateurs. Ce camp politique, allié à l’Iran, reste toutefois une pièce incontournable de l’échiquier politique.

Les élections seront donc sans doute suivies de tractations sur l’identité du premier ministre même s’il semble pour l’heure qu’elles ne devraient pas entraîner de modification radicale du rapport des forces. De même, les tensions sociales ne risquent pas de baisser. « Le faible taux de participation signifie que les électeurs estiment que le système politique est incapable de répondre à leurs revendications. C’est un indice. Autre indice, le courant sadriste confirme son influence. Il fera donc pression sur les autres camps politiques. Le bloc qui va s’allier avec lui doit se plier à ses conditions exigées », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Selon l’analyste, Al-Sadr a déjà posé ses conditions pour faire des alliances. « Cette fois, il ne va pas présenter de concessions. Il a déjà dit qu’il voulait un gouvernement fort capable de lutter contre la corruption et la présence des forces étrangères », assure Mona Soliman. Bref, la scène politique restera polarisée sur les mêmes dossiers sensibles : la présence des troupes américaines ou l’influence du grand voisin iranien.

41 % Taux de participation, contre 44,5 % lors du précédent scrutin, en 2018.

600 morts et 30 000 blessés Nombre des victimes du mouvement de contestation de 2019, suite auquel ces législatives anticipées ont été décidées.


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