Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2021 - Numéro 1392
A chacun sa zaffa !
  Profondément ancrée dans les traditions liées au mariage, la zaffa ou procession des mariés continue d’être un pilier essentiel des cérémonies de mariage. Mais avec une touche d’originalité.
La zaffa, une particularité orientale qui s’inscrit dans les traditions et la culture égyptiennes.
La zaffa, une particularité orientale qui s’inscrit dans les traditions et la culture égyptiennes.
Amira Samir et Chahinaz Gheith29-09-2021

L’acteur Hassan Aboul-Rouss et une zaffa extraordinaire dans un parc d’attractions.
L’acteur Hassan Aboul-Rouss et une zaffa extraordinaire dans un parc d’attractions.

Lorsque la plupart des mariées rêvent de mariages de conte de fées, de promenades en limousine à la tête du cortège nuptial et d’une salle somptueuse dans un hôtel à cinq étoiles, Hoda Gamal avait autre chose en tête. Elle voulait lier amour, originalité et créativité, et faire de son mariage un événement sans précédent. Et l’on peut dire qu’elle a réussi! En fait, elle a demandé à son fiancé, Ahmad, de faire une zaffa (parade d’accompagnement des mariés) en scooter. « La zaffa est un moment particulier dans les noces, un moment que l’on espère unique, grandiose, inoubliable », lance-t-elle. Voulant réaliser son rêve, Ahmad a emmené Hoda à des cours d’entraînement sur scooter quelques jours avant leur grande soirée, et les résultats étaient fabuleux. Ils étaient beaux, lui en costume, elle en robe de mariée. Un défilé de 20 scooters a emmené les mariés faire un tour dans la ville du 6 Octobre. Les scootéristes ont roulé en file indienne, précédés par les mariés. Une musique romantique les a accompagnés. Chemin faisant, les félicitations et les youyous lancés à leur égard ne manquaient pas. Photos et vidéos de la cérémonie ont séduit les internautes. « C’était un grand jour pour nous. On a montré notre joie, on a crié notre amour haut et fort », dit Hoda.

Zaffa en scooter, en loader ou autres, les mariés rivalisent d’idées pour organiser une noce origina
Zaffa en scooter, en loader ou autres, les mariés rivalisent d’idées pour organiser une noce originale.

Une zaffa en scooters, c’est tendance, semble-t-il. La même scène s’est répétée, mais à Alexandrie lorsqu’un groupe de filles scootéristes ont décidé de célébrer les noces de leur amie à travers un cortège composé d’une quinzaine de scooters, décorés avec du tulle et des ballons colorés. « Nous faisons partie d’un groupe intitulé Street Queens. La mariée est aussi une amatrice de scooter. Alors, nous avons voulu la rendre heureuse et intégrer sa passion pour les scooters en lui faisant une zaffa sympa, originale », lance Asmaa Abdel-Fattah, fondatrice du groupe, ravie d’avoir réussi le coup. L’acteur Mohamad Farag a, lui, choisi le vélo. Pourquoi ne pas opter pour une zaffa intimiste en toute simplicité? Quoi de plus romantique? C’est ce qu’ont voulu faire l’acteur Mohamad Farag et Bassant Chawqi qui ont décidé de troquer une Lamborghini pour un vélo et faire une entrée unique grâce à un beau deux-roues avec la fameuse plaque d’immatriculation « Just married ».

Et les idées ne manquent pas. Une vidéo datant de l’année dernière montre un couple de Mansoura se mariant sur un loader. Autour d’eux, une foule d’invités qui dansent, chantent et applaudissent. Tok-Toks tourbillonnant entre eux, un groupe de musiciens de Damiette jouant de leurs instruments avec enthousiasme pour la zaffa et une grande foule sans masques et sans distanciation sociale !

Du traditionnel au plus extravagant

Zaffa en scooter, en loader ou autres, les mariés rivalisent d’idées pour organiser une noce origina
Zaffa en scooter, en loader ou autres, les mariés rivalisent d’idées pour organiser une noce originale.

Aujourd’hui, les mariés rivalisent d’idées créatives pour la zaffa. Oubliées les zaffas classiques, la tendance est à celles originales et ultra-personnalisées, quitte à en choquer certains ou à casser sa tirelire pour créer une fête inoubliable.

Tradition incontournable des mariages égyptiens, mais également présente dans d’autres pays et cultures orientales, la zaffa (parfois orthographiée zaffah ou zeffa) est une procession cérémoniale musicale folklorique conduisant les mariés dans la salle ou l’endroit où le mariage est célébré. La zaffa ou « la marche du mariage » est un aspect spécial du mariage égyptien. L’entrée de la zaffa est l’un des moments les plus excitants pour les mariés, mais pour les invités aussi. Les groupes de zaffa travaillent dur pour réunir les amis et les membres de la famille pour célébrer cette journée spéciale. Avant même que les deux mariés n’arrivent dans la salle de réception, le cortège musical commence déjà à avoir lieu. Les batteurs tambourinent, les cornemuses sifflent, les joueurs de cor soufflent, les danseuses du ventre dansent et parfois balancent un chameadane (candélabre) allumé sur la tête pour « éclairer le chemin » des jeunes mariés. « Itmakhtari ya Hélwa ya Zeina », « Doqqou Al-Mazaher » et « Talaa Al-Salalem ya Machallah Aliha », etc. Ce sont les airs fredonnés pendant la zaffa, qui dure 30 minutes, accompagnés de danse.

L’acteur Mohamad Farag et Bassant Chawqi et une zaffa à vélo.
L’acteur Mohamad Farag et Bassant Chawqi et une zaffa à vélo.

Il y a aussi une zaffa pour la coupe du gâteau de mariage et l’ouverture du buffet aux invités. Nombreux sont ceux qui font une sorte de « pré-zaffa » depuis la maison de la mariée ou le salon de coiffure. C’est un moment important parce que c’est ici que le marié voit la mariée dans sa robe pour la première

fois. Ensuite, le cortège nuptial commence à sillonner les rues, les jeunes mariés dans leur voiture décorée menant à la salle de réception, accompagnés des voitures de leurs amis et de leur famille klaxonnant et acclamant tout le long du chemin.

Emblème de la cérémonie de mariage égyptienne

Mariage sous l’eau, une expérience mémorable.
Mariage sous l’eau, une expérience mémorable.

Les anthropologues ne savent pas exactement quand cette tradition a commencé, mais la plupart pensent qu’il s’agit d’une ancienne tradition égyptienne antérieure à l’islam. Cela a également été très bien documenté dans le cinéma égyptien depuis ses débuts, il y a plus de 100 ans. Selon l’écrivain Ahmad Amin, les Egyptiens ont leurs coutumes et traditions héritées de leurs anciens ancêtres, et le mariage est la plus importante de ces coutumes, qui n’a pas changé. Cette cérémonie spéciale s’est perpétuée de génération en génération, à commencer par les fiançailles, passant par la nuit de henné jusqu’à la zaffa.

« Le mariage égyptien est un événement d’une grande envergure. Il s’étalait sur sept jours, puis il a été réduit à trois jours dans les zones rurales et à un jour en milieu urbain. Il n’y avait guère de place pour les voitures dans les convois nuptiaux, les gens se déplaçaient à pied au rythme des youyous et des tirs de feu mêlés au son du bendir (tambour traditionnel). Assise sur son hawdaje (sorte de palanquin en bois), la mariée est conduite par un cortège bruyant de la maison de ses parents à celle de son futur époux. Elle-même ne voit rien du trajet, car elle est parfaitement isolée à l’intérieur du palanquin nuptial porté par un dromadaire », a-t-il écrit dans son livre intitulé Le Dictionnaire des coutumes et traditions. Et après le hawdaje est apparu le takhtarawan, sorte de véhicule tiré par quatre chevaux et décoré par le velours et les châles en cachemire pour transporter la mariée. Une fois arrivée, elle est accueillie par son futur mari, et l’abattage des carcasses s’effectue devant le seuil de la maison. Ensuite commence le défilé humain des danseuses et des batteurs entourant les mariés jusqu’à la kocha (siège), et les mères des mariés ne cessent de jeter sur eux la badra (petite pièce d’or ou en argent de cinq piastres).

Selon Ahmad Amin, le cortège nuptial a aussi pour rôle de transmettre le message à toute la ville. « Il ne doit surtout pas passer inaperçu: son caractère public garantit la légitimité de l’union. C’est pourquoi il offre un spectacle coloré et très bruyant, attirant l’attention générale », a-il-écrit, tout en expliquant que l’expression « Zay Al-Atrache fé Al-Zaffa » (comme un sourd dans un cortège nuptial), qui signifie globalement que quelqu’un ne se rend nullement compte de ce qui se passe autour de lui, fait mention de la tradition de la zaffa égyptienne qui est particulièrement bruyante du fait de l’usage de maints instruments musicaux tels les tambourins, les dufûf ou les mazâher, ainsi que du chant, de la danse et des cris de joie stridents poussés par les femmes et nommés zagharid (youyous). Seul un sourd suivant ce cortège est incapable de se rendre compte de tout ce tintamarre !

Une question de coutume

La sociologue Nadia Radwane pense qu’en Egypte, le mariage reste étroitement lié aux traditions et coutumes ancestrales. Ces dernières ont pour but de mettre en valeur la mariée et l’unité des familles des deux conjoints. La cérémonie dépend du niveau de bien-être des familles. Les Egyptiens riches préfèrent organiser les mariages de manière européenne, les gens de la classe moyenne préfèrent adhérer aux traditions nationales. Le déroulement de la cérémonie est pratiquement identique dans tous les gouvernorats, mais les rituels de la zaffa (tenues vestimentaires de la troupe musicale, chants et danses) varient selon la coutume et la culture de la région. Citons à titre d’exemple la danse saïdie (de Haute-Egypte) ou de tahtib, qui se fait sur le rythme du mizmar et pratiquée par les hommes vêtus en galabiya et jouant avec les bâtons. Il y a aussi la danse d’Alexandrie appelée « Al-Sékina », qui exprime la magnanimité des hommes de Bahari et se base sur le jeu de danseuse vêtue de sa « mélaya laff » (couverture noire) avec les danseurs au costume des pêcheurs. Sans oublier la célèbre danse des « bamboutis » à Port-Saïd accompagnée de la semsemiya (une lyre ancienne datant des pharaons). Il y a encore la danse Haggala, d’origine bédouine, basée sur le battement des paumes, les danseurs de Tannoura (derviches tourneurs de show) ainsi que la danse nubienne du sud de l’Egypte, avec sa musique et ses chansons folkloriques très demandées en Nubie, ainsi que partout en Egypte. Bref, différentes danses se partageant la scène musicale et balançant entre mélodies d’ambiance et parties de pulsations rythmiques. Les battements de mains fusent, les corps vibrent au diapason des pulsations, et les danseurs les plus aguerris font trembler hanches, épaules et jambes en cadence … C’est la zaffa.

Un mariage sans zaffa ? C’est tout simplement impensable en Egypte. Quel que soit le mélange entre les traditions occidentales et orientales dans les mariages d’aujourd’hui, la procession de la zaffa continuera d’être la plus mémorable, marquant non seulement le début du mariage, mais aussi le début de la vie commune des mariés. Et si certains décident de se marier aujourd’hui sans fête, à cause de l’épidémie du Covid-19 et aussi pour épargner les dépenses faramineuses, ils ne peuvent pas se passer de faire une zaffa. « Eh oui, on ne se marie qu’une seule fois! La singularité de la zaffa ajoute une touche d’authenticité à cette journée et reste gravée dans notre mémoire », assure Ali, un jeune marié.


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