Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2021 - Numéro 1392
Barrage de la Renaissance, une menace pour la stabilité régionale
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a mis en garde à l’Onu contre les dangers du barrage éthiopien de la Renaissance. Une étude publiée récemment par l’institution Maât pour la paix et le développement confirme cette réalité.
Barrage de la Renaissance, une menace pour la stabilité régionale
Nada Al-Hagrassy29-09-2021

A la tribune des Nations-Unies, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a tiré la sonnette d’alarme. Quel est l’impact du barrage de la Renaissance? C’est à cette question que vient de répondre une étude publiée par l’institution Maât pour la paix et le développement. L’étude a abordé les craintes de l’effondrement du barrage de la Renaissance. Celui-ci est situé dans une région montagneuse sujette aux tremblements de terre. Dans cette région, l’accumulation des sédiments pèse lourdement sur le barrage. Le facteur de sécurité est très bas vu la grandeur du barrage. Il est de 1,5 degré contre 8 degrés au Haut-Barrage. Ce qui a poussé les experts à évaluer la longévité du barrage à 31 ans. Une durée extrêmement courte pour un projet de la sorte. Il faut toutefois mentionner que l’Ethiopie n’a pas réussi à générer de l’électricité à partir du barrage. Ce qui pose plus de questions sur les vraies raisons derrière la construction du barrage de la Renaissance.

Violations écologiques et ethniques

Pour préparer le champ à la construction du barrage de la Renaissance, l’Ethiopie a procédé à une vaste déforestation de la région qui entoure le barrage, anéantissant les espèces végétales et animales qui y vivent. En outre, le barrage de la Renaissance a violemment affecté les habitants autochtones de la région de Benishangul où vivent les tribus de Gumuz et de Betra. Environ 5000 personnes issues de ces deux tribus ont été forcées à quitter leur terre natale qui a été confisquée au profit du barrage. Cela comprend à la fois les personnes vivant en aval direct du barrage mais aussi les villages situés dans la zone du réservoir. Ce qui constitue une grave violation de la convention 169 relative aux peuples indigènes et aux tribus qui garantissent aux peuples autochtones de pouvoir garder et préserver leur langue, leur terre natale et leur culture indigène. Le déplacement forcé est considéré par la Cour Pénale Internationale (CPI) comme un crime de guerre.

Impact sur le secteur agricole en Egypte

Considéré comme l’une des plus importantes sources de revenu de l’économie égyptienne, le secteur agricole contribue à hauteur de 15% au PIB et représente presque 20% de la totalité des exportations égyptiennes. Il emploie 30% du total de la main-d’oeuvre. Environ 60% de la population vit à la campagne. En Egypte comme au Soudan, le remplissage unilatéral du barrage de la Renaissance a commencé à bloquer de grandes quantités des sédiments du Nil réduisant ainsi la fertilité des terres agricoles. En outre, le remplissage fait perdre à l’Egypte 10 milliards de m3 d’eau. Cette perte réduit la superficie agricole en Haute-Egypte et dans le Delta. Ainsi, 2 millions de familles risquent de perdre leur revenu essentiel. Le barrage pourrait donc à long terme affecter la sécurité alimentaire du Soudan et de l’Egypte. Ce qui augmentera, selon le rapport, le nombre d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté à 35% de l’ensemble de la population et engendrera une grande vague de déplacement de la population.

Inondations au Soudan

Ce même scénario désastreux pourrait se reproduire au Soudan avec plus de dégâts encore, puisque le barrage est situé dans une zone limitrophe des frontières soudanaises. Déjà le scénario n’a pas tardé à se manifester. Des inondations ont frappé le Soudan en septembre 2020 causant plus de 860000 victimes et la destruction de 117 000 feddans de récoltes, d’après les chiffres publiés par l’Onu. De plus, la réduction du flux d’eau vers les deux barrages de Roseires et de Merawe affectera leur efficacité à générer l’énergie électrique et à fournir l’eau nécessaire pour l’agriculture et l’eau potable. Cette situation aboutira en fin de compte à un grave déficit alimentaire, alors que l’économie soudanaise souffre d’une inflation de 500%. Ce qui menace plus de 20 millions de personnes de famine .


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