Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2021 - Numéro 1392
L’Egypte livre sa vision au monde
  Devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, le président Sissi a présenté lavision de l’Egypte sur les grands dossiers d’ordre régional et international. Analyse.
L’Egypte livre sa vision au monde
Aliaa Al-Korachi29-09-2021

« Le multilatéralisme est la seule voie àsuivre pour résoudre les différends de ce monde et relever les défis actuels Unissons-nous avant quil ne soit trop tard, par la force de la logique et non pas par la logique de la force pour atteindre notre objectif ». C’est avec ces mots que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a clôturé son discours prononcé par vidéoconférence devant la 76e session de l’Assemblée générale de l’Onu, le 22 septembre à New York. La session est l’occasion pour les Etats membres d’exprimer à la tribune de l’Assemblée générale leur position à l’égard des grands défis mondiaux. Le Redressement post- Covid, les enjeux environnementaux, les conflits armés ainsi que la lutte contre les inégalités, la pauvreté et la famine étaient au menu.

L’Egypte livre sa vision au monde

Depuis son accès au pouvoir en 2014, le président Sissi tient à participer chaque année aux réunions de l’Onu. Cette année, la participation égyptienne revêt une importance particulière, comme l’explique Ahmed Sayed Ahmed, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Le discours du président était équilibréet a couvert les principales questions ayant trait àla politique étrangère et àla sécuriténationale de lEgypte, comme le barrage de la Renaissance, la création de lEtat palestinien et la préservation de lEtat-nation arabe, ainsi que les risques et les défis quaffronte le continent noir comme la dette, la vaccination et le changement climatique », souligne Sayed Ahmed.

La diplomatie égyptienne à New York a été active. Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a participé à plusieurs réunions de haut niveau et tenu une série de rencontres bilatérales avec ses homologues des pays membres dans le but de présenter la vision de l’Egypte sur les questions d’ordre régional et international, de même que sur les questions bilatérales d’intérêt commun.

Barrage de la Renaissance, un message fort

« Le Nil est la seule bouée de sauvetage pour lEgypte », « La politique du fait accompli est une menace pour la sécuritéet la stabilitérégionales », « La vie de plus de 150 millions de citoyens égyptiens et soudanais est menacée ». « Les mots prononcés par le président dénonçant lintransigeance éthiopienne et son refus injustifiéde parvenir, après une décennie de négociations, àun accord global sur lexploitation du barrage mettent la communautéinternationale face àses responsabilités historiques. Ils envoient en outre un message ferme et décisif que lEgypte nacceptera pas que quiconque porte atteinte àsa sécuritéhydrique et quelle est toujours attachée àla voie des négociations », souligne Ahmed Sayed Ahmed. En fait, le discours du président intervient une semaine après l’annonce par le Conseil de sécurité d’une reprise des négociations sur le barrage de la Renaissance afin de finaliser rapidement le texte d’un accord mutuellement acceptable et contraignant sur l’exploitation du barrage, et ce, dans un délai raisonnable. Dans son intervention, le président a également rappelé l’importance de la coopération réciproque. « LEgypte est intimement liée àsa réalitéafricaine. La coopération entre les pays du continent doit être réciproque », souligne le président.

Défendre l’Etat-nation arabe

Le rôle de l’Egypte pour consolider la paix et préserver l’unité de l’Etat national arabe a été également au centre du discours du président, comme l’explique Ahmed Sayed Ahmed. En février, l’Egypte a été élue à la présidence de la commission de consolidation de la paix de l’Onu. Elle est classée septième au niveau mondial en ce qui a trait à la participation aux opérations de maintien de paix. « Le Moyen-Orient occupe également une position importante sur la liste des régions les plus troublées du monde », a déclaré le président, avant d’ajouter que « le concept dun Etat national fort et cohérent est menacépar de multiples facteurs de division et de fragmentation, quils soient sectaires, politiques ou ethniques. Résultat : les pays riches par leurs ressources naturelles, leur histoire et leur civilisation ancienne, comme lIraq, par leur culture et leur diversitéreligieuse et ethnique, comme le Liban et la Syrie, par leur emplacement, comme la Libye, ou par leur situation stratégique, comme le Yémen, souffrent tous de ces défis. Il est indispensable de défendre le concept de lEtat national global, qui ne fait pas de distinction entre les peuples dun même pays et empêche lingérence dans les affaires arabes ».

Etat palestinien, la clé de la stabilité régionale

La cause palestinienne est un point principal dans tous les discours du président depuis 2014. Le président a insisté sur l’urgence de « créer un Etat palestinien indépendant et viable », seul moyen de réaliser la stabilité dans la région. C’est pourquoi l’Egypte s’active actuellement sur plusieurs fronts en vue de réaliser cet objectif. Elle a multiplié les contacts pour relancer le processus de paix et consolider le cessez-le-feu, a consacré 500 milliards de dollars pour soutenir la reconstruction de Gaza et s’active pour mettre fin aux dissensions interpalestiniennes, explique Sayed Ahmed. L’Egypte appelle également la communauté internationale à prendre les mesures nécessaires pour améliorer les conditions de vie du peuple palestinien et soutenir l’Office de secours et de travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient (Unrwa), ajoute-t-il.

Développement du continent noir, risques et défis

Les défis qu’affronte l’Afrique étaient présents dans le discours du président. Il a notamment évoqué la dette, le vaccin, le climat et la sécurité alimentaire. « LEgypte sest engagée àformer une position africaine unifiée qui reflète les priorités des peuples du continent », a déclaré le président.

Apporter un soutien financier aux pays en développement afin d’assurer la justice du système économique mondial était un autre appel lancé par le président au monde, comme le souligne Ahmed Sayed Ahmed. « Les circonstances reflètent limportance d’élargir laide internationale au monde en développement pour inclure les pays àrevenu intermédiaire. Le poids démographique de ces pays est dune importance cruciale, car cela constitue un moteur majeur de la croissance mondiale », a déclaré le président. Et d’ajouter : « Dans ce contexte, lEgypte demande dalléger la dette des pays en développement, surtout les pays africains, de faciliter les conditions demprunt auprès des institutions internationales et dencourager lafflux des investissements vers ces pays ».

Pour l’équité vaccinale

L’Egypte livre sa vision au monde

L’Egypte a commencé à produire les vaccins à l’échelle nationale afin de répondre à ses besoins, ainsi que pour les exporter vers les autres pays d’Afrique. C’est ce que vient de dévoiler le président dans son allocution avant d’insister sur « limpératif de garantir un accès équitable et universel aux vaccins contre le Covid-19 àtous les peuples du monde, en particulier au continent africain ». Les expéditions de vaccins anti-Covid-19 vers l’Afrique doivent être multipliées par sept pour passer de 20 millions de doses par mois à 150 millions de doses par mois en moyenne pour que le continent puisse vacciner 70 % de sa population d’ici septembre 2022, a alerté, le 23 septembre, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La vaccination dans les pays africains repose, essentiellement, sur les dons. Le 30 juin dernier, l’Egypte a annoncé la production de 300 000 doses du vaccin chinois Sinovac pour qu’elles soient les premières « fabriquées en Afrique ».

Changement climatique, un nouveau dynamisme

La COP26 se tient dans moins d’un mois à Glasgow, ce rassemblement constitue une occasion pour relancer la coopération sur la question du climat. Pour faire face au changement climatique, le président a souligné l’importance de la responsabilité des pays développés dans la réduction des émissions, dans le cadre de l’Accord de Paris et de la Convention-cadre sur les changements climatiques. « La construction des barrages sur les fleuves internationaux sans accord avec les pays en aval sur les règles de leur remplissage et de leur exploitation » est une autre menace pour le continent qui souffre déjà des conséquences les plus sévères de ce phénomène : pénurie d’eau, sécheresse, désertification des terres et menaces pour la sécurité alimentaire.

Par ailleurs, l’Egypte s’apprête à entrer dans une nouvelle phase d’action climatique mondiale. A Charm Al- Cheikh, les préparatifs ont déjà commencé pour accueillir la 27e session du Sommet sur le changement climatique en 2022 (voir page 5). « LEgypte veut faire de cette session un tournant fondamental dans le travail sur le climat en partenariat avec toutes les parties, au profit du continent africain et du monde dans son ensemble », a conclu le président .


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