Semaine du 8 au 14 septembre 2021 - Numéro 1389
Une histoire marocaine toujours d’actualité
  Le long métrage Alyam, Alyam (oh les jours) d’Ahmed El Maanouni, un classique restauré du cinéma marocain, a été projeté dans la section Rétrospective du Festival international du film de Karlovy Vary, qui s’est achevé le 28 août dernier. Une occasion de revisiter les alentours pauvres de Casablanca dans les années 1970.
Une histoire marocaine toujours d’actualité
Oh les jours décrit les bas-fonds des provinces marocaines dans les années 1970.
Hala El-Mawy08-09-2021

La 55e édition du Festival international du film de Karlovy Vary (KVIFF) qui s’est achevée fin août a vu naître de nouvelles sections dont la rétrospective organisée en coopération avec la Fondation du film (The Film Foundation, TFF) créée en 1990 par Martin Scorsese, afin d’oeuvrer à la restauration des films cultes et à préserver l’histoire du cinéma. Ainsi, une dizaine de films classiques, produits entre 1932 et 1991, ont été projetés dans le cadre de cette rétrospective; ils provenaient des Etats-Unis, du Sri Lanka, du Mexique, de Taïwan, de la Côte d’Ivoire et du Maroc. Normalement, c’est Scorsese qui choisit les films à restaurer et l’un de ses favoris est le long métrage du réalisateur marocain Ahmed El Maanouni, Alyam, Alyam (oh les jours). Le film s’ouvre sur une chanson du groupe musical légendaire et engagé Nass Al-Ghiwane, intitulée Fein Ghadi Biya Khouya (où est-ce que tu m’emmènes mon frère ?). Une chanson qui donne le ton tout de suite au film.

Ahmed El Maanouni nous emmène dans un voyage dans le Maroc des années 1970, puisque le film est sorti en 1978. Le village où se déroulent les événements se situe près de la ville de Casablanca, où le jeune paysan Abdel-Wahid habite avec sa mère et subvient aux besoins de sa famille composée de six frères et soeurs.

La voix off de Abdel-Wahid accompagne des images dynamiques, où tout le monde travaille : les hommes, les femmes, les grands et les moins grands. Il raconte son rêve de partir à l’étranger pour un avenir meilleur. Sa boussole est toujours braquée vers la France et la Hollande comme Moustapha, Omar, les deux fils Drissi, ses compatriotes. Ils sont partis, ont réussi à faire des épargnes et à porter de beaux habits. Les images qui défilent nous montrent le quotidien des paysans, en train de semer les graines, travailler la terre, nettoyer les betteraves pour les entasser dans des boîtes … Il y a tout un monde qui bouge et qui reste très pauvre. A aucun moment le film n’a trahi la réalité paysanne. Il a mis en exergue le rôle extraordinaire de la femme dans la société paysanne.

Les images de Maanouni — étant le réalisateur, le scénariste, le producteur et le chef opérateur — révèlent la beauté de ces êtres dans leur paysage à l’aide de plans larges. Il a opté pour les gros plans, lorsqu’il s’agissait notamment de la mère en train de préparer le pain. Une mère loin des clichés, elle n’est jamais soumise, toujours active, productive et optimiste quant à l’avenir. Elle essaye de convaincre son fils de rester dans le pays : « Si tu travailles dur, tu auras tout ce à quoi tu aspires ».

Maanouni rend hommage aux femmes et aux paysannes de manière subtile et intelligente à travers ce personnage. Sa caméra se pose parfois pour suivre une conversation entre les différents protagonistes, notamment le grand-père et la mère qui essayent de convaincre le petit de ne pas émigrer. Parfois, le travelling est employé pour suivre un personnage ou l’accompagner dans son trajet.

Le rêve d’émigrer

Dans Oh les jours, il est question de migration vers le nord, surtout la France. Il est question aussi de préparer des documents de voyage qui ne viennent jamais, de vendre ses biens pour payer les frais du voyage et tenter sa chance ailleurs. Abdel-Wahid, en effet, vend la vache sans l’accord de sa mère, ni celui de son grand-père, et ce, afin de « voler de ses propres ailes ». Une conversation très importante a lieu entre le fils et sa mère vers la fin du film quand cette dernière le menace de le priver de sa bénédiction. Le fils s’obstine, ses propos simples en disent beaucoup sur la rage contre l’oppression de cette époque. La valeur ajoutée, si on peut employer ce terme, de ce long métrage est qu’il oscille entre la fiction et le documentaire. Il y a une mise en scène, mais aussi des images de la réalité telle qu’elle est. Un beau film bien restauré pour le bonheur des cinéphiles. A sa sortie, il était programmé au Festival de Cannes (1978) dans la section Un Certain regard et a reçu le Grand Prix au Festival de Mannheim en 1979.


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