Semaine du 8 au 14 septembre 2021 - Numéro 1389
En Afghanistan, les Talibans confortent leur pouvoir
  Les Talibans s’attèlent à élargir leur contrôle sur l’ensemble du territoire afghan, notamment dans la vallée du Panchir, dernier bastion de la résistance. La formation du gouvernement et les affaires politiques viendront après.
En Afghanistan, les Talibans confortent leur pouvoir
Malgré l’annonce de la prise de la vallée du Panchir par les Talibans, le Front national de résistance promet de poursuivre le combat. (Photo : AFP)
Sabah Sabet avec agences08-09-2021

L’Afghanistan risque-t-il de sombrer dans une guerre civile ? Si les Talibans confortent leur pouvoir, le risque d’une instabilité chronique, voire d’un conflit civil, n’est pas des moindres. Pour le moment, les Talibans étendent leur présence et s’imposent comme vainqueurs. Lundi 6 septembre, ils ont annoncé avoir pris le contrôle « complet » de la vallée du Panchir, où s’était organisée la résistance à leur encontre depuis leur prise du pouvoir en Afghanistan à la mi-août. « Avec cette victoire, notre pays est désormais complètement sorti du marasme de la guerre. Les gens vivront maintenant dans la liberté, la paix et la prospérité », a déclaré dans un communiqué le principal porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid. « Des insurgés ont été tués et le reste a fui. La respectable population du Panchir a été sauvée des preneurs d’otage. Nous (lui) assurons que personne ne fera l’objet de discrimination. Ils sont tous nos frères et nous travaillerons ensemble pour un pays et un objectif », a-t-il ajouté.

La résistance anti-Talibans dans la vallée du Panchir avait appelé un peu plus tôt à un cessez-le-feu après des informations faisant état de lourdes pertes en début de semaine. Mais après l’annonce des Talibans de lundi matin, le Front National de Résistance (FNR) a promis qu’il continuerait le combat. Le FNR a affirmé sur Twitter retenir des « positions stratégiques » dans la vallée. « La lutte contre les Talibans et leurs partenaires continuera », a-t-il ajouté. Et, selon Ahmad Massoud, chef du FNR qui mène la résistance dans la vallée, les Talibans ont « choisi le chemin de la guerre ».

Le Panchir, une histoire de résistance

La vallée du Panchir, enclavée et difficile d’accès, à 80 km au nord de Kaboul, était le dernier foyer d’opposition armée aux Talibans, qui ont pris le pouvoir le 15 août et obtenu le départ des dernières troupes étrangères deux semaines plus tard. Bastion anti-Talibans de longue date, le Panchir, que le légendaire commandant Ahmad Shah Massoud a contribué à rendre célèbre à la fin des années 1990 avant d’être assassiné par Al-Qaëda en 2001, abrite aujourd’hui le FNR. Emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Massoud, le FNR comprend des membres de milices locales, ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité afghanes qui sont arrivés dans la vallée lorsque le reste de l’Afghanistan est tombé aux mains des Talibans.

Face à cette situation chaotique, le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Mark Milley, a estimé que « les conditions d’une guerre civile » étaient « susceptibles d’être réunies » en Afghanistan. « Je pense qu’il y a au moins une très forte probabilité d’une guerre civile » qui pourrait conduire « à une reconstitution d’Al-Qaëda ou à un renforcement d’ISIS (ndlr : Daech) ou d’autres groupes terroristes », a-t-il souligné dans une interview à la chaîne américaine Fox News, diffusée samedi 4 septembre. Dans un rapport remis cette semaine au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, a, lui, appelé à la « fin immédiate de la violence » et exhorté toutes les parties à « la retenue ».

Toujours pas de gouvernement

Les combats dans le Panchir ont retardé l’annonce du gouvernement taliban qui doit être formé cette semaine selon les affirmations des responsables du nouveau régime. Le mouvement fondé par le mollah Omar a promis depuis sa prise de contrôle de Kaboul, le 15 août, la mise en place d’un gouvernement « inclusif » et s’est engagé à respecter les droits des femmes, bafoués lors de son premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001.

Sur le plan diplomatique, le chef du renseignement militaire pakistanais, Faiz Hameed, a été vu samedi 4 septembre à Kaboul, où il a probablement rencontré de hauts responsables talibans, avec qui Islamabad entretient des liens étroits. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, s’est, lui, rendu lundi 6 septembre au Qatar, pays au coeur du dialogue avec le nouveau pouvoir afghan. Avant son arrivée à Doha, il a expliqué que son pays espère « que tout gouvernement mis en place aura une vraie inclusivité, qu’il y aura dedans des non-Talibans, qui soient représentatifs des différentes communautés et des différents intérêts en Afghanistan », ajoutant que les « actes » et les « politiques » de ce futur gouvernement seraient « aussi importants » que sa composition.

Répondre à l’urgence humanitaire

Sur le plan humanitaire, les combats au Panchir représente une vraie menace aux civils. Mais la crise menace aussi le reste du pays. L’Onu, qui a mis en garde cette semaine contre une « catastrophe humanitaire imminente », tiendra, pour sa part, le 13 septembre, une réunion entre Etats membres afin d’accroître l’aide humanitaire au pays. Lors de cette conférence, l’Onu plaidera « pour une augmentation rapide en matière de financement, afin que les opérations humanitaires qui sauvent des vies puissent continuer » et appellera à « un accès humanitaire complet et sans entrave pour s’assurer que les Afghans continuent d’obtenir les services essentiels dont ils ont besoin », a précisé son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration à la presse. « L’Afghanistan fait face à une catastrophe humanitaire imminente. Près de la moitié des 38 millions d’habitants de l’Afghanistan ont besoin d’une aide humanitaire. Un Afghan sur trois ne sait pas d’où viendra son prochain repas. On prévoit que près de la moitié de tous les enfants de moins de 5 ans souffriront de malnutrition aiguë au cours des 12 prochains mois », a-t-il ajouté.

Avant cette conférence ministérielle, le Bureau des Nations-Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a lancé, mardi 7 septembre, un appel de fonds pour couvrir les besoins humanitaires les plus urgents pour les quatre prochains mois.


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