Semaine du 11 au 17 août 2021 - Numéro 1385
La Tunisie dans l’expectative
  Les 30 jours d’état d’exception décrétés par le président tunisien, Kais Saïed, prendront fin le 24 août. Que se passera-t-il après? Décryptage.
La Tunisie dans l’expectative
80 % des Tunisiens approuvent les décisions présidentielles.
Abir Taleb avec agences11-08-2021

Et après ? Telle est la question que l’on se pose à propos de la Tunisie, après les événements de ces dernières semaines. Car le 24 août prochain, les 30 jours d’état d’exception décrétés par le président tunisien, Kais Saïed, prendront fin. Le 25 juillet, ce dernier s’est arrogé les pleins pouvoirs après avoir limogé le gouvernement et suspendu le parlement, et ce, pour « sauver » la Tunisie, en proie à une triple crise politique, économique et sanitaire, de « périls imminents ». Depuis, il a lancé une opération « mains propres » contre la corruption et nommé quelques ministres mais pas de chef de gouvernement. Le flou persiste donc sur les démarches à venir, d’autant plus que la puissante Union Générale Tunisienne de Travail (UGTT), dont le rôle est très attendu et qui a soutenu les décisions du 25 juillet, a déclaré qu’elle proposerait une feuille de route comportant les différentes visions et recommandations après la formation du futur gouvernement. L’UGTT a réaffirmé son soutien au président tunisien, dans un communiqué publié suite à la réunion, mardi 3 août 2021, de son instance administrative nationale. La centrale syndicale a souligné que les mesures exceptionnelles annoncées par le président de la République étaient une réponse aux revendications populaires et une solution définitive à la complexité de la crise que traverse le pays en l’absence de solutions que beaucoup ont oeuvré à contrecarrer. Mais son chef, Nouredine Taboubi, a tout de même rappelé que l’adhésion aux nouvelles mesures « n’est pas un chèque en blanc », appelant le président de la République à annoncer une feuille de route claire et à accélérer la nomination d’un chef de gouvernement et une équipe gouvernementale pour combler le vide, selon lui.

Selon les observateurs, trois scénarios sont envisageables: la possibilité que Kais Saïed nomme un nouveau premier ministre et débloque le parlement dans le délai de 30 jours prévu par la Constitution, rétablissant ainsi l’ordre constitutionnel, celle d’un référendum constitutionnel renforçant l’exécutif et enfin celle d’une exaspération de la crise avec une plus grande polarisation de la vie politique dans le pays, laquelle pourrait se traduire par une instabilité dans la rue tunisienne.

Le premier scénario serait le plus salvateur. Si, pour l’heure, le président reste quasiment muet sur la suite, il a promis une feuille de route dans de brefs délais. Une feuille de route fort attendue alors que Kais Saïed a déclaré, jeudi 5 août, qu’il n’y avait pas « de machine arrière ». Saïed a rejeté les appels à l’ouverture de pourparlers sur la crise politique, déclarant qu’il n’y avait pas « de dialogue, sauf avec les gens honnêtes » et excluant toute discussion avec ce qu’il a qualifié de « cellules cancéreuses ».

L’avenir d’Ennahdha en question

Ces commentaires interviennent après que le parti islamiste Ennahdha, principale force politique du parlement, a appelé à l’ouverture d’un dialogue. En effet, si les regards sont tournés vers le président et les yeux rivés sur la date du 24 août, de nombreuses interrogations concernent aussi le parti islamiste Ennahdha. Que va-t-il faire ? Quel sera son avenir politique ? Est-il au bord de l’implosion ? Peut-il sacrifier son leader Rached Ghannouchi pour survivre ? Autant de questions qui n’ont pas trouvé de réponse précise, même après la réunion du conseil de la Choura du parti, mercredi 4 août.

Pour commencer, Ennahdha a choisi de faire profil bas. Des sources auprès d’Ennahdha ont assuré à la presse tunisienne, jeudi 5 août, que le conseil de la Choura du parti a décidé, lors de sa dernière réunion, de mettre en place une cellule de crise. Cette cellule aura pour mission de mener les négociations et d’élaborer une feuille de route pour une sortie de crise. Or, au sein d’Ennahdha, l’unanimité fait défaut. Dans un communiqué publié via Facebook, le chef de file du parti a adopté un ton différent. Rached Ghannouchi a déclaré que la prise de contrôle des pouvoirs exécutifs par le président devait être utilisée à des fins de « transition démocratique ». La position de Rached Ghannouchi s’est fragilisée au sein de son parti, notamment pour sa réponse à la crise jugée insuffisante par des cadres et de jeunes membres du parti. Aujourd’hui, le plus grand défi du parti islamiste est de ne pas imploser, de ne pas amplifier les dissensions internes par l’onde de choc qui est arrivée de Carthage le 25 juillet. Mais à l’intérieur du parti, nombreux sont ceux qui font porter à Ghannouchi la responsabilité quasi exclusive de la situation dans laquelle se trouve Ennahdha. Les critiques de Rached Ghannouchi estiment que ce sont ses choix qui ont mené vers la situation actuelle. Une situation à laquelle s’ajoute le désaveu de la rue tunisienne : selon un récent sondage d’Emrhod Consulting, 87% des Tunisiens approuvent les décisions présidentielles. Et dans des sondages effectués en juin dernier, Ghannouchi était la personnalité la plus détestée en Tunisie avec 81 % d’opinions négatives.

L’avenir politique de la Tunisie comporte certes des inconnues, mais ce qui est certain, c’est que la domination de l’islam politique dans ce pays a pris fin et la chute de la dernière citadelle frériste de la région, le parti Ennahdha, est inéluctable .


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