Semaine du 11 au 17 août 2021 - Numéro 1385
Névine Al-Qabbag : L’Etat ne ménage aucun effort pour lutter contre le travail des enfants
  Névine Al-Qabbag, ministre de la Solidarité sociale, revient sur les initiatives sociales de protection de l’enfance et souligne les défis face à ce phénomène.
Névine Al-Qabbag
Ola Hamdi11-08-2021

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte compte 1,6 million d’enfants travailleurs. Que fait le ministère de la Solidarité sociale pour faire face à ce phénomène ?

Névine Al-Qabbag : Il n’y a pas de statistiques précises sur le nombre d’enfants travailleurs. Leur nombre peut être inférieur ou supérieur à 1,6 million. Au cours des 7 dernières années, le gouvernement a accordé une attention toute particulière à la famille et à l’enfance. Nous avons lancé de nombreux projets pour autonomiser économiquement les familles, développer des centres pour les familles productives et fournir des prêts préférentiels. Il y a, à titre d’exemple, l’initiative « Vivre dans la dignité », les aides sociales et celles de protection contre la pauvreté. Nous avons ouvert la porte aux familles d’accueil. En outre, l’Etat a récemment dépensé 6 milliards de L.E. pour soutenir l’emploi intermittent. Nous avons aussi le projet Mawadda dont l’objectif est de préserver la structure de la famille égyptienne en aidant les jeunes qui sont sur le point de se marier, en leur donnant des conseils et en réglant les différends conjugaux afin de réduire le nombre de divorces. Le projet Kefaya 2 vise en outre à réduire la croissance démographique.

Le ministère travaille via un ensemble de programmes comme le programme Takafol (solidarité) qui a réduit le taux de décrochage scolaire, du fait que 41 % des bénéficiaires de ce projet sont des enfants de moins de 18 ans, qui fréquentent l’école à différents stades. Une coordination est également en cours avec le ministère de l’Education et des ONG pour soutenir les écoles communautaires, détecter précocement les difficultés d’apprentissage, promouvoir une éducation positive pour les enfants et améliorer les centres de formation professionnelle basés sur des méthodes sûres pour les enfants et les jeunes de 13 à 18 ans, en échanges de petites sommes payées par le stagiaire, afin de le mettre sur la voie du marché du travail dans des professions sûres. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a demandé à élargir le soutien accordé aux élèves du projet Takafol Wa Karama (solidarité et dignité) pour inclure également les étudiants des universités et de l’enseignement technique. Il a accepté d’allouer une aide pour garantir l’égalité des chances dans l’enseignement. Elle est destinée aux étudiants qui ne sont pas capables financièrement et qui ne font pas partie du programme Takafol. Cette aide est perçue par 1,5 million d’enfants à différents niveaux de l’enseignement. Cela inclut les élèves issus de familles défavorisées, les élèves handicapés et les élèves de l’enseignement technique.

— Bien que la loi interdise le travail des enfants, ce phénomène continue à sévir. Comment expliquer cette réalité ?

— L’Etat a inscrit les droits des enfants dans la loi sur les droits de l’enfance de 2008 et dans la Constitution égyptienne conformément aux conventions internationales. Nous sommes d’ailleurs fiers que l’Egypte soit l’un des premiers signataires de la Convention internationale sur les droits de l’enfant et la Convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) sur l’âge minimum du travail. Nous avons donc un cadre législatif très solide et il existe une coopération très étroite entre le ministère de la Solidarité sociale et le parlement à cet effet. Mais le problème réside dans l’application des lois et leur suivi, ainsi que dans la définition et la sensibilisation de la société aux dangers du travail des enfants en bas âge. Il y a malheureusement des enfants qui travaillent à l’âge de 5, 7 et 10 ans. Il va sans dire que cela est inacceptable. La législation égyptienne et les lois internationales l’interdisent. Le décrochage scolaire et le travail dans des professions dangereuses comme les carrières, les boulangeries, les fabriques de bonbons et les sociétés minières représentent certes un grave danger pour les enfants, que nous considérons comme une richesse nationale. Nous devons admettre que nous avons des défis en raison de l’absence de mécanismes de surveillance et du petit nombre d’inspecteurs de la Main-d’oeuvre qui surveillent les infractions des employeurs. Il ne faut pas oublier que les alternatives économiques pour les familles sont encore insuffisantes. De même, l’analphabétisme des mères et le décrochage scolaire sont des facteurs qui conduisent les enfants à entrer précocement sur le marché du travail. L’éducation a sûrement un rôle, en particulier l’éducation communautaire. Nous avons en Egypte près de 5 000 écoles d’éducation communautaire. Je pense que ce nombre doit doubler parce que les gens préfèrent ces écoles qui aident la famille et les enfants à la fois.

— De nombreux enfants travaillent dans des métiers dangereux, notamment dans les villes ...

— Sachez que l’Etat ne ménage aucun effort pour lutter contre ce phénomène. Nous contrôlons bon nombre de ces métiers comme les carrières à titre d’exemple où la plupart des contrevenants ont dû fermer. Il existe actuellement un plan pour automatiser entièrement ces carrières. A cela s’ajoutent les bidonvilles où il y a des ateliers dangereux qui travaillent sans surveillance. Le président a fait des efforts considérables dans le dossier des bidonvilles, qu’il avait placé sur la liste des priorités de l’Etat. Les habitants des bidonvilles ont été transférés vers des zones sûres en créant des emplois sûrs pour le chef de famille. L’Etat a commencé à agir, et nous avons besoin de plus d’actions, non seulement de la part de l’Etat, mais aussi de la part de la société civile et des médias, qui doivent jouer un rôle pour informer les gens des alternatives offertes par l’Etat.

— Le travail des enfants est un phénomène difficile à éradiquer. Quelles en sont les raisons à votre avis ?

— Certes, la pauvreté, l’éclatement des familles, le décrochage scolaire, la méconnaissance des méfaits du travail des enfants à un âge précoce et la croissance démographique sont des raisons qui ont favorisé ce phénomène. Comme je l’ai déjà souligné, l’Etat a mis en place des programmes de protection sociale et d’autres destinés à garantir l’égalité des chances dans l’éducation. Outre les programmes Hayah Karima (vie décente) et Takafol Wa Karama, des initiatives en faveur des mères et des jeunes ont permis aux familles bénéficiaires de ne plus pousser leurs enfants à travailler. Nous ouvrons grand la porte à l’autonomisation économique des familles et nous insistons sur l’éducation positive, qui permet de garantir les droits des enfants et de ne pas les traiter comme une propriété privée de la famille ! L’Etat ne restera pas silencieux face à la violation des droits de l’enfant. Les médias et les ONG doivent s’associer à l’Etat pour sensibiliser aux dangers du travail des enfants. Ces derniers doivent grandir dans un environnement économique sain.

— Le ministère a annoncé son intention d’augmenter le nombre de centres pour enfants travailleurs. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de la politique de lutte contre le travail des enfants ?

— Ces centres ont pour but de sensibiliser les familles aux préjudices du travail précoce. Cela permet de créer une relation entre le ministère, la famille de l’enfant et l’employeur à l’âge de travail légal autorisé qui est de 14 ans. L’éducation des enfants est une chose indiscutable, et il est nécessaire qu’ils complètent leur éducation, qu’elle soit technique, formelle, industrielle ou agricole. Nous ne soutenons pas le travail des enfants, mais nous ne le rejetons en entier. Ces centres aident les enfants d’âge légal en leur offrant des conditions de travail sûres. A l’étranger, on voit que l’enfant travaille à 14 et 15 ans pendant 2 ou 3 heures, et qu’il apprend à épargner et à investir. Je ne suis pas pour le travail des enfants, et je ne suis pas non plus pour le fait que les enfants passent tout leur temps avec les jeux vidéo, Facebook et YouTube. Nous pouvons apprendre aux familles comment protéger leurs enfants contre toute forme de danger et d’exploitation.


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