Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Nouveau Canal, 6 ans après : Une épopée millénaire
  Relier la Méditerranée à la mer Rouge, un rêve né il y a plus de 4 000 ans. Focus sur cette longue histoire et les étapes de la création du Canal de Suez.
Une épopée millénaire
L’impératrice Eugénie en compagnie du khédive Ismaïl pendant les festivités de l’inauguration du Canal de Suez en 1869.
Doaa Elhami04-08-2021

Sésostris III, Séthi Ier, Nécos II, Dara, Alexandre le Grand et Trajan. Autant de souverains de l’Egypte Ancienne qui ont pu relier les deux mers, la Méditerranée à la mer Rouge. En effet, le roi Sénousert III, Ve souverain de la XIIe dynastie (1878-1843 av. J.-C.) est le premier à réaliser ce projet sur le terrain. Les Egyptiens se sont servis de la branche située à l’extrême est du Nil, la Pélusiaque. Il y a eu un percement de l’ouest vers l’est, pour atteindre le lac Temsah, suivi de la vallée Tomaïlat, tournant ensuite vers le sud à travers les lacs amers, pour déverser enfin dans la mer Rouge, près de l’actuel golfe du Suez. Ce canal a enrichi les excursions commerciales entre les pays de Pount et les îles méditerranéennes. Au fil des années, le canal de Sésostris a disparu sous les sables et a été nettoyé après plus d’une centaine d’années par le roi Séthi Ier de la XIXe dynastie en 1310 av. J.-C.

Chaque époque et chaque roi effectuent le canal selon leur vision. En 610 av. J.-C., le roi Nécos II, de la XXVIe dynastie, relie le Nil à la mer Rouge afin de développer les activités commerciales. Cent ans plus tard, le roi perse Dara étale ce canal jusqu’aux lacs amers dans le but de faciliter la navigation et le transport entre l’Egypte et la Perse. Après plus de 200 ans, précisément en 288 av. J.-C., Alexandre le Grand exploite le canal perse dans le transport de ses navires et ses soldats vers l’Egypte. Quant à l’empereur romain Trajan, il a fait creuser un nouveau canal qui s’étend depuis l’actuel quartier Fom Al-Khalig jusqu’aux lacs amers en passant par Bubastis, l’actuel gouvernorat de Charqiya, pour déverser enfin dans la mer Rouge. L’histoire du canal, son nettoyage et son exploitation ont continué encore pendant l’époque islamique. Le canal romain de Trajan est devenu alors le canal d’Amir Al-Moëménine. Il a fonctionné pendant 150 ans et facilitait le lien entre la capitale égyptienne, Fostat, et la péninsule arabe. Mais le calife abbasside Abou-Gaafar Al-Mansour a ordonné de remblayer définitivement ce canal.

Ambition européenne

Si les anciens souverains avaient creusé des canaux pour faciliter le transport commercial et militaire, ainsi que pour enrichir l’état économique des pays du monde ancien, cette ambition a trouvé une terre fertile avec l’arrivée des savants de l’Expédition française en Egypte en 1798. Les plus renommés parmi eux sont Jacques-Marie Lepère, directeur de l’Organisme des ponts et des chaussées à Paris, et les Saint-Simoniens, notamment l’ingénieur Michel Fournel. Ce dernier présente au wali d’Egypte, Mohamad Ali, le projet de relier la Méditerranée à la mer Rouge. Mais le wali a préféré la réalisation d’Al-Qanater Al-Khaïriya, vu la modestie de son budget. Tentative suivie de plusieurs qui ont échoué, jusqu’en 1854, lorsque le vice-consul de France à Alexandrie, Ferdinand de Lesseps, convainc le wali Saïd pacha de signer un firman autorisant la fondation d’une compagnie universelle dirigée par De Lesseps pour le percement du canal dont les bénéfices seront partagés comme suit : 15 % au gouvernement égyptien, 10 % aux fondateurs et 75 % aux actionnaires. Le creusement du canal a commencé en 1858, il est inauguré en 1869. Les premières années du creusement, De Lesseps envoyait 25 000 ouvriers par mois, soumis à la corvée sur chantier. En 1863, le khédive Ismaïl a remplacé les ouvriers, leurs pelles et leurs pioches par des machines à vapeur et a instauré le « gouvernorat du canal » afin d’arrêter les ambitions européennes de la compagnie. L’inauguration du canal est marquée par des cérémonies et des festivités mondiales témoignées par la présence de l’impératrice française Eugénie.

Néanmoins, l’Angleterre, étant en conflit avec la France, a acquis les 75 000 actions que le khédive doit céder en 1875. Ainsi, l’Angleterre devient le principal actionnaire de la Compagnie du Canal de Suez et, par conséquent, le symbole de la présence étrangère en Egypte, accentuée par l’occupation anglaise de l’Egypte en 1882. Raison pour laquelle après le déclenchement de la Révolution de 1952, le président Nasser a annoncé la nationalisation du Canal de Suez, ainsi que la mise des biens de la compagnie sous séquestre. Et ce, suite au blocage du golfe de Aqaba devant les navires israéliens. En réaction, trois pays ont déclenché la guerre contre l’Egypte : l’Angleterre, la France et Israël. Cette attaque est suivie par la défaite de 1967, connue par la guerre des Six jours. Le canal a été fermé et bloqué jusqu’en juin 1975, soit deux ans après la victoire du 6 Octobre 1973.

Après plus d’une trentaine d’années, soit en 2014, le président Abdel-Fattah Al-Sissi annonce le lancement d’un nouveau projet qui consiste à élargir et approfondir le cours du canal, ainsi que le creusement d’un nouveau canal et annonce son inauguration le 6 août 2015 en présence de dirigeants de divers pays du monde. L’inauguration est marquée par la navigation du yacht patrimonial Mahroussa, construit au temps du khédive Ismaïl pour l’inauguration du Canal de Suez en 1869.


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