Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Nouveau Canal, 6 ans après : Ihab Talaat Al-Banane : Le canal a connu un développement sans précédent au cours des 6 dernières années
  Ihab Talaat Al-Banane, ancien conseiller du président de l’Autorité du Canal de Suez et expert maritime, explique la vision de l’Egypte pour développer le canal et la zone économique.
Ihab Talaat Al-Banane
Ola Hamdi04-08-2021

Al-Ahram Hebdo : L’Autorité du Canal de Suez a célébré la semaine dernière l’arrivée de la drague « Hussein Tantawi » en Egypte. Comment voyez-vous la flotte de dragues égyptiennes ?

Ihab Talaat Al-Banane : Dans le cadre des efforts de modernisation de la flotte maritime, l’Autorité du Canal de Suez (SCA) a signé un contrat avec la société néerlandaise IHC pour la construction de deux dragues : la drague « Mohab Mamich », arrivée en avril, et la drague « Hussein Tantawi ». L’Autorité du Canal de Suez a pris conscience très tôt de la nécessité de développer les services maritimes et de navigation avec la parution de dragues très modernes ayant des capacités très élevées. Ces dragues vont participer au lancement de divers projets nationaux, notamment le plan national pour le développement des ports et le nettoyage des lacs. En plus, elles vont répondre aux besoins du canal dans les 20 années à venir. Il s’agit d’une démarche très importante afin d’aller de pair avec les progrès dans ce domaine et de renforcer l’efficacité et les capacités du canal dans les opérations d’entretien continues et périodiques.

— Une stratégie intégrale a été annoncée pour le développement du canal au cours de la période 2020-2023. Quelle est l’importance de cette stratégie ?

— L’importance du canal augmente avec le développement du transport maritime et le commerce international. Le transport maritime est le moyen de transport le moins cher par lequel transitent plus de 90 % du volume du commerce mondial. Il s’agit d’un plan intégral qui englobera l’Autorité du Canal de Suez et la zone économique du Canal de Suez.

Cela aura donc un impact direct sur les revenus de l’Autorité du Canal de Suez, après l’élargissement de la voie navigable et le passage d’un plus grand nombre de navires. Ce plan intégral de développement du canal a commencé avec l’inauguration du Nouveau Canal en 2015, qui a amélioré la notation mondiale de l’Autorité du Canal de Suez. Lorsque les zones économiques, qui doivent être établies à l’est et à l’ouest de Port-Saïd, commenceront à fonctionner, le volume des échanges changera totalement, car certaines marchandises arriveront en pièces détachées et seront assemblées en Egypte puis réexportées. Tout cela nous a incités à réaliser un plan de développement afin d’assimiler le volume des navires à l’avenir. Et c’est pourquoi nous nous sommes lancés dans la deuxième phase de l’aménagement du canal et le programme de modernisation de la flotte maritime, à laquelle 4 remorqueurs marins modernes d’une force de traction de 70 tonnes et 7 bateaux-pilotes ont été intégrés récemment pour soutenir les opérations de sauvetage et préparer le canal à accueillir les porte-conteneurs géants.

— Quels sont les détails les plus importants de ce plan ?

— L’autorité a élaboré un plan d’aménagement de la région sud du canal. Nous prévoyons un élargissement et un approfondissement du canal sur une distance de 30 km, entre les kilomètres 132 et 162. Cette distance sera également élargie de 40 mètres à l’est et approfondie de 66 pieds à 72 pieds, en plus d’un doublement de la voie navigable sur 10 km. Actuellement, des travaux sont en cours pour mettre en place la navigation à double voie dans la région des Lacs amers, et ce, sur une distance de 10 km. Les travaux de dragage effectués jusqu’à présent ont permis de dégager quelque 2;158 millions de m3 de terre. Le plan prévoit une formation pour les cadres, que nous considérons comme plus importants que l’équipement. Ils seront formés au plus haut niveau. Le plan considère le canal comme une entité économique d’une nature spéciale qui fournit des services intégraux aux navires ou se rapportant à l’activité maritime.

— Pensez-vous que ce plan contribue à accroître la compétitivité du canal ?

— Ce plan renforcera la capacité du canal à accueillir les navires et lui permettra d’être en phase avec le développement continu de la navigation mondiale, qui connaît une tendance à augmenter la taille des navires, notamment les porte-conteneurs. Quant à la compétitivité, je pense que l’Autorité du Canal de Suez n’a pas d’égale dans le monde. En dépit de cela, nous continuons à développer le canal et à moderniser nos capacités et les systèmes de sécurité. Tout cela transmet un message fort à toutes les compagnies maritimes pour dire que le Canal de Suez est un canal unique avec lequel aucun canal au monde ne peut rivaliser.

— Qu’en est-il de la concurrence des ports de Singapour et de Dubaï ?

Le canal a connu un développement sans précédent au cours des 6 dernières années

— Les ports de Dubaï ou les zones industrielles de Dubaï ou de Singapour sont des zones économiques qui ne concurrencent pas le canal, mais qui entrent en concurrence plutôt avec la zone économique. Je pense que le monde est en évolution constante et les besoins sont croissants. Tout cela nécessite des zones industrielles et économiques qui peuvent accueillir des industries lourdes, légères ou moyennes, qui répondent de façon satisfaisante aux besoins de notre monde. Ces zones ne sont pas le monopole de Singapour ou de Dubaï. De multiples zones économiques ont commencé à émerger dernièrement et qui pourraient un jour devancer celles de Singapour ou de Dubaï. C’est pourquoi nous avons un plan pour le canal et un autre pour la zone économique. En ce qui concerne l’initiative chinoise de la Ceinture et la Route, le Canal de Suez a été choisi pour être la voie maritime de cette initiative, car nous sommes la voie maritime la plus courte entre l’Asie et l’Europe. Une fois la pandémie terminée, le commerce reviendra sûrement encore plus énergique qu’il ne l’était. Heureusement, nous sommes l’un des rares pays au monde à n’avoir pas été complètement touché par le coronavirus. Notre économie s’est maintenue, elle se redresse et elle est capable de réaliser une croissance économique que de nombreux pays, aux capacités bien plus fortes que les nôtres, n’ont pas pu réaliser.

— Quelles leçons tirer de l’accident du porte-conteneurs panaméen Ever Given ?

— La leçon la plus importante est que nous avons une nouvelle méthode de sauvetage, qui n’était pas utilisée auparavant par les entreprises de sauvetage dans le monde. Il s’agit de creuser et de tirer en même temps le navire en détresse. Cette crise a montré l’importance du canal dans le transport maritime. Il reste le moins cher pour le transport des produits et des marchandises. Nous avons géré la crise d’Ever Green avec beaucoup de compétence, et le monde entier peut en témoigner. Nous avons également appris à être prêts et à augmenter au maximum les facteurs de sécurité dans le canal, car cet incident nous a révélé le besoin d’acquérir des moyens et des équipements plus avancés, et c’est ce que l’autorité fait maintenant. D’ici un ou deux ans, nous atteindrons les niveaux de sauvetage mondiaux.

— Au cours des six dernières années, quelles ont été les réalisations du canal ?

— Avec le président Abdel-Fattah Al-Sissi, l’Autorité du Canal de Suez a connu plusieurs réalisations qui viennent s’ajouter à son riche passé historique. Cela a commencé avec le développement de la voie navigable du Canal de Suez. Le président a décidé de maximiser l’utilisation du Canal de Suez et de soutenir les projets de développement. Il a donné des directives en vue de creuser le Nouveau Canal de Suez dans un délai d’un an. Le lieutenant général Mohab Mamich a également signé des contrats pour acheter les équipements les plus modernes au monde comme les remorqueurs et le matériel de navigation, sans compter le centre de simulation, l’un des plus modernes au monde. Le lieutenant général Ossama Rabie a poursuivi ce développement avec le nouveau projet d’élargissement actuellement en cours, l’introduction des dernières technologies et la numérisation des services fournis par le canal. Tout navire qui traverse le canal utilise un logiciel qui lui permet d’effectuer toutes les démarches requises et de payer les frais de passage. Des efforts sont en cours également pour renforcer l’efficacité des guides et des techniciens. Tous les services du canal ont connu un développement sans précédent au cours des six dernières années.

— Comment voyez-vous le mouvement du commerce mondial et l’avenir du Canal de Suez ?

— Jusqu’à présent, personne ne sait si la vaccination éliminera le Covid-19 ou non. Le monde entier est dans l’incertitude jusqu’à ce que les choses deviennent claires. Néanmoins, l’avenir du canal est prometteur. Il est indispensable pour le commerce mondial. 90 % des échanges se font par voie maritime. Notre part est de 10 à 12 % de ces échanges et 100 % des conteneurs. Tous les conteneurs, qui partent de l’Asie vers l’Europe, passent par le Canal de Suez. Nous cherchons également à accroître notre part de marché et à augmenter le nombre de navires, pour atteindre 97 navires par jour. Lorsque le commerce mondial prospère, le Canal de Suez prospère aussi.


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