Semaine du 4 au 10 août 2021 - Numéro 1384
Nouveau Canal, 6 ans après : Canal de Suez : Une stratégie de développement à multiples dimensions
  L’Egypte célèbre, le 6 août, le 6e anniversaire de l’inauguration du Nouveau Canal de Suez. Ce projet historique d’élargissement du canal, achevé en un an, a permis de doubler le trafic sur cette artère et a renforcé son importance stratégique.
Canal de Suez : Une stratégie de développement à multiples dimensions
04-08-2021

Mohamed Shadi*

L’anniversaire de l’inauguration du Nouveau Canal intervient cette année 4 mois après l’échouement du porte-conteneurs géant Ever Given dans le Canal de Suez, le 23 mars 2021. Malgré l’énorme complexité technique des opérations de renflouage, les remorqueurs et les dragueurs égyptiens ont réussi à mettre fin à la crise du navire le 29 mars, ce qui montre la bonne planification de l’Etat égyptien et sa stratégie qui consiste à relever tous les défis du Canal de Suez, qu’il s’agisse de ceux liés aux changements climatiques ou ceux qui ont trait au développement de ses capacités compétitives vis-à-vis des autres voies maritimes.

Une importance incontournable

La particularité du Canal de Suez émane du fait qu’il est l’un des plus longs canaux maritimes au monde. Près de 12 % du commerce mondial transitent par cette artère stratégique. En outre, il dessert 4 routes maritimes entre l’Ouest et l’Est, la plus importante étant Shanghai-Rotterdam. Par ailleurs, il représente la 4e source de devises étrangères pour l’Egypte avec des revenus ayant totalisé 5,8 milliards de dollars en 2019-2020. Le canal est également l’une des plus importantes sources de revenus non fiscaux dans le budget égyptien à l’heure où les transferts des Egyptiens à l’étranger ont atteint 36 milliards de dollars. Il accumule les plus hauts revenus en comparaison aux organismes économiques publics qui sont au nombre de 55. Ceci malgré le recul du commerce mondial depuis 2019 à cause de la guerre commerciale américano-chinoise, d’une part, et les mesures prises pour faire face aux retombées négatives du Covid-19, d’autre part.

Répondre aux défis

Avec l’augmentation de l’importance du Canal de Suez, l’Etat égyptien a adopté différentes stratégies en accord avec l’évolution du commerce mondial. Ces stratégies ont deux volets. Le premier consiste à adopter des mesures préventives pour éviter les problèmes avant qu’ils ne surviennent. Le second exige que toute démarche soit prise par les deux entités responsables de la gestion du canal, à savoir l’Organisme du Canal de Suez, responsable de la gestion de la voie maritime, et la région économique du Canal de Suez (Sczone), responsable de la gestion des ports et des régions industrielles et logistiques longeant les deux rives du canal.

L’annonce du projet du Nouveau Canal de Suez visait à anticiper les élargissements qui étaient opérés au Canal de Panama pour accroître sa capacité d’assimilation des navires à 100 000 tonnes. Alors qu’auparavant il accueillait des navires de 80 000 tonnes seulement. Ainsi, le Nouveau Canal est un concurrent du Canal de Panama, surtout au niveau de la ligne Hong Kong-New York qui nécessite 31 jours et 3 heures à travers le Canal de Panama et 32 jours et 5 heures à travers le Canal de Suez. L’élargissement du canal a réduit le temps consacré au voyage de 6 heures et a augmenté la capacité d’assimilation des navires à plus de 200 000 tonnes. Ce qui a augmenté la compétitivité du Nouveau Canal face au Canal de Panama. Non seulement le poids maximum autorisé a augmenté, mais en plus le coût a été réduit.

Hausse du trafic

Toutes ces évolutions se sont répercutées sur le Canal de Suez augmentant le volume du trafic qui a atteint, en 2018, environ 18 100 navires et en 2019, environ 19 000. Alors qu’entre 2012 et août 2015 avant l’inauguration du Nouveau Canal, le volume du trafic avait atteint 17 000 navires seulement. Le poids moyen des cargaisons dans les 4 années qui ont suivi le percement du canal est passé de 950 millions de tonnes par an à 1,9 milliard de tonnes. Quant au poids moyen des cargaisons par jour, il était de 2,6 millions de tonnes en 2014 et il est passé à 3,3 millions de tonnes en 2019, soit une hausse moyenne de 25 %, et ce, avant que la pandémie ne bouleverse l’économie mondiale en janvier 2020.

Un centre logistique pour le commerce des conteneurs

Dans le cadre de sa stratégie multidimensionnelle pour développer cette artère vitale, l’Egypte a annoncé la mise en place d’un autre projet national ambitieux visant à transformer le Canal de Suez en une plaque tournante mondiale pour le commerce des conteneurs en établissant des zones logistiques tout au long du canal, dont les plus importantes se trouvent dans les ports d’Al-Aïn Al-Sokhna, de Port-Saïd et de Qantara. A proximité de ces zones logistiques se trouvent des zones industrielles spécialisées dans la technologie destinées à intégrer les chaînes d’approvisionnement mondiales. Le but est d’augmenter les revenus du canal et d’en faire un centre logistique mondial concurrençant des ports internationaux comme celui de Singapour. Ceci augmentera le potentiel du Canal de Suez face au corridor russe, qui manque de services logistiques et souffre du coût élevé du trafic, car il nécessite l’usage de brise-glaces avec chaque convoi.

La première région industrielle est la région chinoise ou « Tida ». Elle est située entre la ville d’Al-Aïn Al-Sokhna, dans le gouvernorat de Suez à l’est du pays. Elle a pour objectif la localisation de l’industrie textile. La deuxième région est la région russe lancée en 2018. Elle s’étend sur 525 km2 avec des investissements à hauteur de 6,9 milliards de dollars. Elle sera achevée en 3 phases sur une durée de 13 ans. Cette région, qui s’étend sur 5 millions de m2, vise à attirer les investissements et les industries russes. Elle est la première de son genre en dehors de la Russie. La troisième région est la région polonaise qui a vu le jour lorsque la zone économique du Canal de Suez a conclu un accord-cadre avec la région polonaise de Katowice pour que cette dernière s’établisse à Al-Aïn Al-Sokhna sur une superficie comprise entre 400 000 et un million de m2. Cette région abrite des industries agroalimentaires et électroniques et d’autres ayant trait aux pièces de rechange. La quatrième région est également russe et devrait voir le jour à Al-Aïn Al-Sokhna d’ici six mois en vertu des accords conclus en juillet dernier.

Une plus grande complémentarité

Des projets qui se croisent et qui se complètent. Parallèlement, l’Egypte a annoncé le lancement du « train électrique » en janvier 2021 qui vise à créer une ligne parallèle au Canal de Suez et à donner un coup fatal aux autres projets qui tentent de remplacer le canal ou de minimiser son importance. L’objectif du train électrique est de relier les ports d’Al-Aïn Al-Sokhna sur la mer Rouge et la Nouvelle Alamein sur la Méditerranée en passant par la Nouvelle Capitale administrative sur une ligne longue de 1 000 km qui sera achevée en deux ans. Cette ligne ferroviaire devrait profiter aux zones logistiques qui seront installées dans le port d’Al-Aïn Al-Sokhna qui réunit actuellement des lieux de stockage pouvant assimiler plus d’un million de conteneurs. Un chiffre qui passera à 11 millions dans l’avenir proche. Les navires auront la possibilité d’alléger leurs cargaisons à Al-Aïn Al-Sokhna et d’emprunter ensuite la ligne maritime du Canal de Suez. Le train électrique transportera ces cargaisons jusqu’au port d’Al-Alamein pour qu’elles soient expédiées vers l’Europe.

Ainsi, la nouvelle ligne accroîtra l’efficacité du Canal de Suez dans le domaine des conteneurs et du pétrole liquéfié. De même, la ligne met fin aux espoirs d’Israël de construire un canal alternatif reliant la mer Rouge au port d’Eilat, et la Méditerranée au port de Haïfa et d’Askalan à travers la mer Morte. Elle sape aussi les espoirs de construire une ligne de chemin de fer israélienne reliant Eilat à Haïfa.

Les ports d’Alexandrie et d’Al-Alamein sont plus proches de l’Europe que tous les ports israéliens.

Les leçons à retenir de la crise d’Ever Given Le succès débloquer Les pages « Nécrologie », petit miroir de la société le de l’Egypte porte-conteneurs Ever Given en mars dernier a confirmé l’importance du Canal de Suez en tant que voie maritime mondiale. Malgré les pertes, l’accident a montré le degré de professionnalisme des Egyptiens dans la gestion des crises. Mais d’un autre côté, l’échouement du navire a souligné les défis qui se posent face au canal en raison de sa largeur limitée, alors que les pétroliers augmentent en longueur et en largeur.

Ce qui rend possible une répétition de tels incidents. C’est pour cette raison que la direction du Canal de Suez a entamé un nouvel élargissement et approfondissement de la partie sud du Canal de Suez. Selon Ossama Rabie, président de la SCA, cet élargissement s’étendra sur les 50 kilomètres de la partie sud du canal en plus des 34 km déjà existants. Cette partie servira d’aire d’attentes pour les navires à la place de l’entrée du canal du côté du golfe de Suez. Il s’agit d’une ligne maritime alternative au cas où un blocage total auarit lieu comme cela s’est produit avec Ever Given. En guise de conclusion, nous pouvons dire que ces deux entités stratégiques, l’Organisme du Canal de Suez et la région économique, travaillent en tandem dans le cadre d’une stratégie intégrale qui vise à assurer un soutien réciproque entre la ligne maritime et les régions logistiques et industrielles de manière à consolider leurs missions et à accroître leur compétitivité .

*Expert en économie au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS)


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