Semaine du 14 au 20 juillet 2021 - Numéro 1382
La pastèque, vedette de l’été
  Qui dit été, dit pastèque. Un fruit très apprécié par les Egyptiens, essentiel sur leur table, mais aussi présent dans leur culture. Enquête.
La pastèque, vedette de l’été
La saison débute en avril, mais il est préférable de ne pas consommer les pastèques avant fin mai. (Photo : Hassan Allam)
Hanaa Al-Mekkawi14-07-2021

Hamar we Halawa »(rouge et goût sucré), clamentles marchands de pas­tèques ou « battikh », en arabe,durant les mois d’été. Tout comme la mer, la glace, les sorties, les corps bronzés par le soleil, la pas­tèque est un fruitsymbole de l’été pour les Egyptiens.Le melon d’eau gardesa place sur les étals des marchands de fruits et légumes tout au long de l’année. Etmême si on ne s’en approche pas trop, il suffit de le voirpour se sentir heureux. Maisla situation change en été, carla pastèque devient la star de la saison jusqu’à l’apparition de la manguepour lerivaliser.

La pastèque, vedette de l’été
(Photo : Hassan Allam)

Toujours exposée­sen grand nombre, en général parterre sur un tapis de sable chez les marchands de fruits, sur des chariots ambulants tirés par des ânes qui circulent dans les rues ou chez des vendeurs saisonniersqui s’installent dans des lieux dispersésavec,devant eux,un tas de pastèques et rien d’autre. Les voixs’élèvent,mêlées de sons rauques oumélodieux pour attirer les clients, etviennent s’ajouter à l’ambiancecacophonique des rues. « Ahmar Al-Sékkine » (rouge et tran­chée au couteau),uneexpression lancée avec beaucoup d’assurance par les vendeurs de pas­tèques, tenant un couteau à la mainpour prou­verà leurs clients que les fruits sontbien rouges etbien sucrés. Plusieurs per­sonnesdemandent auxvendeursde cou­per le fruit pour avoir un aperçude la couleur de lachair qui est un signe de maturité, et d’autres pas.

La pastèque, vedette de l’été
(Photo : Hassan Allam)

« La pastèque est le seul fruit que l’on traite de cette manière et ces règles de vente existent depuis fort longtemps. Pour satisfaire les clients, il suffit de couperla pastèque et en tirer une tranche pour montrer que sa chair est bien rouge. Et si le fruit ne plaît pasà un client, il n’est pas obligé de l’acheter.Et donc, mes fruits doivent être de qualité irréprochable », dit Sayed Ragab, mar­chand de fruits. Parfois, il n’est pas nécessaire de couper la pastèque, il suf­fit seulement d’observer sa couleur externe, la base du pédoncule, taperdessus pourentendre un son sans écho afin de s’assurer de sa bonne qua­lité. Ragab raconte queparfois,le client veut agi­ren expert. Ils’échine à trier les pastèques,donne quelquescoups sur l’écorce, tout en approchant son oreille, répèteplusieurs fois ce geste,jusqu’à trouverce qu’il considère comme la meilleure. « Certains clients prétendents’y connaître etle hasard fait qu’ils réussissent. Mais le vrai connaisseur,c’est au fond le marchand, car il en connaît la provenance, le mode de culture, lesol (limoneux, sableux).Mais on laisse le client faire ce qu’il veut car de tels gestes ajoutent du charme à ce fruit,vedettede l’été », dit Ragab.

Plaisir de la table et symbole

La pastèque, vedette de l’été
Verte mais pas trop foncée, avec une tache jaune, sans écho quand on tape dessus  : les astuces pour reconnaître une bonne pastèque. (Photo : Hassan Allam)

Chaque été, on répète partout les bienfaits de la pastèque, un des plus gros fruits de la famille des cucurbitacées, gorgée d’eau (92% de son poids), riche en vitamines et en antioxydants, pauvre en calories (30 cal/100 g).Cependant, c’est son goût et son pouvoir depréserver le corps de la déshydratation qui rendentce fruit présent sur toutes les tables. « Rien de tel que de croquer à pleines dents une tranche de pas­tèquefraîche, sucrée et bien juteuse durant l’été. La pastèque est un fruit désaltérantet sa saveur et sa fraîcheurfont du bien au corps età l’es­prit », répète-t-on presque tous à l’unis­son.« Coupé en deux, épluché et découpé en cubes ou coupé en quarts entranches égales, sans même les éplucher, tout ceci a peu d’impor­tance, l’essentielest que le fruit soit bien glacé. Un dessert parfait pour l’étéqui peut servir aussi de repas car on peut manger de la pastèqueavec du fromage et du pain. Les pépins aussi sont consommés après lesavoir lavés, salés et grillés. Et l’écorce de la pastèquesert à nourrir les ani­maux. Le jus de pastèque est en train de devenir la boisson préférée de l’été, il représente 80 % de la consommation », dit Fady Sidhom, direc­teur de la section des boissons et provisions dans un club.

La pastèque, vedette de l’été
Empilées les unes par-dessus les autres, différentes variétés sont exposées aux grossistes et aux détaillants. (Photo : Hassan Allam)

Et au-delà de sa dégustation, en fruit ou en jus, la pastèque revêt tout un symbole en Egypte. « L’image d’un homme qui rentre chez lui, por­tant une pastèque dans une main et un journal dans l’autre, est devenue le stéréotype du tra­vailleur égyptien depuis de longues années », dit l’écrivain Mahmoud Dessouqi, en ajoutant que certains proverbes égyptiens utilisent la pastèque en guise d’exemple. En ce qui concerne le mariage, on dit qu’il est comme la pastèque, il faut l’ouvrir pour savoir ce qu’il y a dedans. Et pour prouver qu’il n’y pas de miracles, on dit qu’on ne va pas taper le sol pour faire sortir une pastèque. On dit encore: « Mets dans ton ventre une pastèque esti­vale », pour signifier qu’il n’y a rien de plus parfait et que tout va bien.

La pastèque égyptienne,une saveur particulière

En fait, avant d’être dégustées dans chaque maison, les pas­tèques font un long trajet. C’est en Haute-Egypte, à Ismaïliya et à Alexandrieque l’on cultive les pastèques d’excellente qualité gustative. Cesfruitssont vendusaux enchères dans les grandes villes. Empilés les uns par dessus les autres(par tasde 56 fruits), différentes variétés de melons d’eau sont exposées. Des centaines de gros­sistes, détaillants et vendeurs ambulants sont présents dès 8h du matin dans les marchés de gros.Ils font un tourpour observer et évaluerla qualité despastèques exposées, choisissentce­qu’ils désirent et payent leurs factures dès que le mot adjugé est prononcé.

Puis, les camions arrivent et les travailleurs journaliers se précipitent,formant des files zigzaguées et commencent à saisir les fruits un par un pour les charger sur les camions en lesbalançant l’un après l’autre avec des mouvements ryth­més et ordonnés. Selon Labib Salem, proprié­taire et responsable de la vente aux enchères, le melon d’eau est cultivé en Egypte tout au long de l’année. Les fruits sont récoltés dans la Vallée durant la saison estivale et en automne dans le sud de la Vallée où la tempé­rature est plus élevée. En hiver, on peut aussi planter les pastèques dans des serres en plas­tiquesuivant les méthodes de l’agriculture pluviale. « La vraie saison des pastèquesdé­buteen avril et s’achève en août. Mais il est préférable d’attendre le mois de mai pour consommer ce fruit », dit Salem, en affirmant que la pastèque d’Egypte a une saveur très particulière à comparer avec les autres varié­tés existant dans le monde. Il poursuit que les genres les plus répandus et les meilleurs sont Al-Askata et Guiza. Quant àAl-Tawous, sa qualité estmoindre. Et les prix commencent durant la vente aux enchères entre 8 et 15 livres égyptiennes l’unité.

Au début de cette saison, comme l’avait annoncé le ministre de l’Agriculture, Al-Sayed Al-Qosseir, l’Egypte a exporté 6500 tonnes de pastèques parmi les 15000 tonnes de tous les autres fruits. En fait, la pastèque est un fruit originaire d’Afrique, surtout del’Egypte, puisqu’elle est mention­née dans les documents des pharaons qui ont mis le fruit à l’intérieur de leurs tombes afin de leconsommer après la mort. Puis,ce fruit est arrivé en Asie, précisément en Chine,qui est devenue le plus grand producteur de pas­tèques au monde au Xesiècle. Ensuite, le melon d’eau a été introduit en Europe trois siècles plus tard, et les colons espagnols se sont chargés de le répandre dans tout le conti­nent américain. Dernièrement, le ministère de l’Agriculture a développé un certain nombre de semis pour cultiver d’autres variétés de légumes et de fruits, y compris les pastèques jaunes, que nous voyons sur les marchés pour la première fois en Egypte. Peut-être enten­dra-t-onbientôt les marchands clamer « Safar we Halawa » (jaune et goûtsucré). De là à détrôner « notre » pastèque à nous, non sans doute ! .


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