Semaine du 14 au 20 juillet 2021 - Numéro 1382
Michel Oldenburg : L’Egypte est un pays qui intéresse les investisseurs
  Michel Oldenburg, chef du service économique de l’ambassade de France en Egypte, revient sur les acquis de l’économie égyptienne au lendemain de la crise du Covid-19 et le potentiel qu’offre le pays aux investisseurs français.
Michel Oldenburg
Propos recueillis par Amani Gamal El Din14-07-2021

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte vient d’achever son programme de réforme économique lancé en 2016 et a été l’un des rares pays à achever une croissance positive à l’heure du confinement. Comment évaluez-vous la situation économique aujourd’hui ?

Michel Oldenburg: Je pense qu’il faut revenir un peu sur la façon dont l’Egypte a géré sur le plan macroéconomique la pandémie. Des efforts courageux ont été déployés depuis le début du programme de réforme du FMI en 2016 et ceci a permis d’aborder la pandémie avec un cadre macroéconomique assaini. Les mesures du gouvernement sont allées dans le bon sens avec un paquet financier de 100 milliards de L.E. pour stimuler l’économie et contrecarrer les problèmes potentiels des secteurs les plus affectés, comme le tourisme et autres. Il y a eu des mesures au niveau de la politique monétaire pour faire en sorte que le secteur bancaire reste fluide. Parallèlement, il n’y a pas eu de confinement total et ceci a favorisé la croissance économique. Les résultats sont clairs aujourd’hui et le pays est l’un des rares à maintenir un taux de croissance positif de 2,8% en 2020-2021 avec une estimation de plus de 5% en 2021-2022. Cette stabilité donne un signe positif aux entreprises qui ont besoin de se projeter dans l’avenir en ce qui concerne leurs plans des affaires.

Michel Oldenburg

Le gouvernement vient d’entamer un programme de réforme structurel au niveau de trois secteurs, l’agroalimentaire, les télécommunications et l’industrie. Comment voyez-vous ces priorités ?

— En effet, le choix de ces trois secteurs va dans le bon sens. D’autres réformes structurelles doivent être mises en oeuvre et la partie industrielle est essentielle. Le Covid-19 a après tout eu quelques côtés positifs dans le sens où l’on a commencé à repenser les chaînes de valeur internationales. On se rend compte que la Chine est très éloignée, qu’on est très dépendant des pays asiatiques et que dans le cadre de cette politique d’industrialisation de l’Egypte, le pays a une bonne carte à jouer pour attirer un certain nombre d’investissements qui, au lieu de se faire en Chine et en Asie, peuvent se faire ici, puisque le pays souhaite devenir un hub logistique et énergétique. Et donc les ingrédients de ce programme structurel font partie d’une vision d’ensemble qui paraît être totalement équilibrée.

— L’Egypte a été le premier pays africain dans l’attraction des Investissements Etrangers Directs (IED) de 2016 à 2020, et le deuxième sur le plan arabe après les Emirats arabes unis. Comment voyez-vous le climat de l’investissement en Egypte et quels sont les obstacles ?

— La position géographique de l’Egypte avec notamment le Canal de Suez qui lie le pays aux autres continents a fait qu’assez naturellement, l’Egypte est un pays qui peut intéresser les investisseurs. On le voit bien du côté français, toutes nos grandes entreprises sont implantées dans le pays, soit 160 entreprises pour 5 milliards d’euros d’investissements et 50000 emplois directs. Parallèlement, le volume des échanges commerciaux a atteint 3,03 milliards de dollars en 2020. Nous avons fait de l’Egypte une destination privilégiée et nous continuons dans ce sens. A mon avis, ce qu’il faudrait encore développer c’est l’environnement des affaires et la place laissée au secteur privé de façon à ce qu’il devienne la clé dans le maintien d’un taux de croissance élevé. Le secteur privé doit prendre la relève du secteur public qui me paraît encore trop présent dans l’économie. Il faut lui donner la visibilité nécessaire pour qu’il puisse profiter pleinement du potentiel du pays et enclencher une dynamique vertueuse pour l’Egypte.

Pour ce qui est des obstacles logistiques, lorsqu’on discute avec les entreprises françaises, elles affirment qu’il y a encore un certain nombre de tracasseries, notamment administratives qui doivent être corrigées. Il est vrai que le gouvernement a déjà pris des mesures correctives, mais à mon avis, il faut aller encore plus loin. Un investisseur a besoin de se projeter, il a besoin d’un cadre légal et des affaires qui soient stables. Et s’il n’a pas cette sensation qu’il peut obtenir à terme un retour sur investissement favorable, qu’est-ce qui l’obligerait à rester ?

— Les investissements gaziers et pétroliers contribuent à hauteur de 45% aux IED. Où en est la France des investissements dans le secteur de l’énergie actuellement très prometteur ?

— Dans le secteur du pétrole, l’entreprise française TotalEnergies est présente avec des entreprises sous-traitantes qui travaillent depuis longtemps et qui sont revenues en force dernièrement, puisqu’elles opèrent notamment dans le bassin d’Hérodote en Méditerranée. Les entreprises ont également fait beaucoup d’efforts dans l’énergie renouvelable avec une présence remarquable dans le parc de Benban pour l’énergie solaire. Plusieurs entreprises sont présentes dans les énergies renouvelables comme Voltalia, EDF Renouvelables, Total Eren pour le solaire et Engie pour l’éolien. Nous travaillons également étroitement avec le ministère de l’Electricité pour l’élaboration d’une stratégie nationale en matière d’hydrogène vert et cela s’inscrit dans le cadre de la stratégie française de développer l’énergie propre. Plus de 7 milliards d’euros devraient être consacrés à ce secteur en France d’ici 2030.

— Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, était au Caire il y a deux semaines pour finaliser une série d’accords de coopération avec l’Egypte. Pouvez-vous nous indiquer les plans d’expansion des entreprises françaises dans les domaines de la santé et des transports ?

— La visite du ministre des Finances, Bruno Le Maire, a été fructueuse car elle a permis de finaliser une série d’accords avec le gouvernement. Le montant du financement de ces projets s’élève à 3,8 milliards d’euros, principalement dans le secteur des transports. Parallèlement, 150 millions ont été consacrés à la santé et 12 millions à la modernisation de l’Université française d’Egypte.

En effet, M. Le Maire a déclaré que la France était le 8e investisseur en Egypte et qu’il souhaitait qu’on devienne n°3. Pour ce qui est du secteur de la santé, la France l’a depuis longtemps intégré à ses centres d’intérêt en Egypte et nous avons une présence ancienne dans la plupart des sous-secteurs, puisqu’il s’agit d’un champ d’activités très vaste. Les plus importantes entreprises françaises, comme Sanofi et Servier, sont représentées en Egypte. Il y a également Axa dans le domaine de l’assurance. Récemment, il faut saluer la convention signée entre le gouvernement et l’Agence Française de Développement (AFD) d’une valeur de 150 millions d’euros visant à financer un programme d’appui budgétaire au secteur de la protection sociale, afin notamment d’accompagner les réformes initiées par l’Egypte en matière d’assurance-maladie. En effet, le programme d’assurance-santé universel du gouvernement attirera à l’avenir les entreprises françaises qui pourront travailler au niveau de la digitalisation des services.

Pour le transport, une feuille de route a été signée entre l’Egypte et la France. Elle est consacrée au métro du Caire, d’un montant de 2 milliards d’euros. Les ministres français et égyptien des Finances ont signé une feuille de route pour parvenir à un accord sur la mise en oeuvre des projets de la ligne 1 et de la ligne 6 dans un délai de 6 mois. La France est prête à proposer des conditions de financement très attractives pour soutenir les offres commerciales des entreprises françaises qui sont impliquées dans le projet du métro du Caire. Pour le projet de rénovation de l’UFE, les détails de la convention n’ont pas encore été rendus publics.

— Comment voyez-vous les perspectives de l’économie égyptienne et les efforts visant à lever les restrictions sur le commerce, après la levée des lockdowns mondiaux consécutifs à la crise du Covid-19 ?

— Notre ministre, M. Le Maire, a mentionné que c’est un pays qui a enregistré une croissance relativement forte comparée à l’environnement mondial. C’est un pays qui est stable et le paquet financier que nous avons proposé montre bien la confiance dans le développement de l’économie égyptienne et nous mettons plus que jamais à disposition de nos amis Egyptiens notre savoir-faire .




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