Semaine du 14 au 20 juillet 2021 - Numéro 1382
Grand hommage à une grande dame
  Gihane Al-Sadate, veuve de l'ancien président Anouar Al-Sadate, est décédée vendredi. Militante farouche des droitsde la femme, elle a toujours soutenu son époux durant son parcours politique.
Grand hommage à une grande dame
May Al-Maghrabi14-07-2021

Gihane Al-Sadate, l’épouse de l’ancien président Mohamad Anouar Al-Sadate, est décédée, vendredi, à l’âge de 87 ans, des suites de la maladie. « La présidence de la République pleure avec une immense tristesse Gihane Al-Sadate, épouse du président Anouar Al-Sadate, héros de la guerre et de la paix », affirme un communiqué de la présidence, qui souligne que l’ancienne première dame était « un modèle pour les femmes égyptiennes ». Pour la première fois, des funérailles militaires lui ont été organisées, auxquelles ont pris part le président Sissi et son épouse, ainsi que plusieurs ministres et dignitaires. L’ancienne première dame a été ensuite enterrée dans le caveau de son époux au Mémorial du soldat inconnu à Madinet Nasr. Le président Sissi a aussi décidé de la décorer, à titre posthume, de l’ordre de l’intégrité et a donné son nom à l’axe d’Al-Fardous. Gihane Al-Sadate s’est longtemps battue pour la cause féminine et a soutenu le président Sadate tout au long de son parcours politique. Chefs d’Etat et hommes politiques ont déploré sa mort.

Universitaire et diplomate, Gihane Al-Sadate est née au Caire en 1933 d’une mère anglaise et d’un père égyptien. Elle était la seconde épouse du président Sadate qui l'a épousée en 1949 et ils ont eu quatre enfants. Elle obtient un diplôme de la faculté des lettres de l’Université du Caire en 1978, à l’âge de 41 ans, puis prépare un magistère en1980. Après la mort de Sadate en 1981, elle partage son temps entre l’Egypte et les Etats-Unis et enseigne dans plusieurs universités, dont l’Université du Maryland aux Etats-Unis.

Gihane Al-Sadate n’est jamais passée inaperçue en tant qu’épouse de l’un des Officiers libres qui ont renversé l’ancienne monarchie lors de la Révolution de 1952, ou en tant qu’épouse du président dans les années 1970. Son mari a été assassiné sous ses yeux en 1981, à l’âge de 63 ans, durant la commémoration de la guerre d’Octobre, par des islamistes qui l’accusaient de trahison après la signature des accords de paix avec Israël. Malgré les vives critiques que le président Sadate a affrontées, l’ancienne première dame a toujours défendu sa position. « La paix n’était pas seulement un rêve, c’était quelque chose que j’espérais ardemment, et je m’attendais à la mort de mon mari », avait-elle dit, lors d’une interview télévisée en 1997. Sadate pensait également que cette paix lui coûterait la vie. « Mais il n’a jamais changé d’avis », avait-elle ajouté.

Un rôle actif

Charismatique et convaincue du rôle de la femme, Gihane Al-Sadate n’a pas suivi en tant que première dame les pas de sa prédécesseure Tahiya, épouse du président Gamal Abdel-Nasser, qui a fait le choix de rester dans l’ombre. Elle s’est investie dans le travail public, les oeuvres caritatives et la cause féminine. Dans son livre « Une femme d’Egypte », elle parle de la confiance, du soutien et de l’amour que lui donnait son mari. Gihane Al-Sadate était surnommée « la mère des héros » pour son travail bénévole pour soigner les blessés pendant la guerre d’Octobre 1973. Active dans une dizaine d’associations (dont certaines qu’elle a elle-même fondées), elle est devenue dans les années 1970 une personnalité incontournable sur la scène publique. Elle s’est battue pour les droits des anciens combattants, des orphelins et des nécessiteux. Pendant la présidence de son mari, elle a dirigé une trentaine d’organisations caritatives dont le Croissant-Rouge et l’Association égyptienne des patients du cancer. En outre, elle a mis en place plusieurs projets dont un centre de réadaptation pour les anciens combattants et un projet pour garder les enfants orphelins. Elle s’est particulièrement investie en faveur des droits des femmes dans une société égyptienne conservatrice, et s’est prononcée pour une réforme de la loi du statut personnel et pour un meilleur accès de la femme à l’éducation et au travail. Dans le but d’autonomiser économiquement les femmes rurales, elle a fondé en 1967 une association coopérative à Tala, village natal de son mari au gouvernorat de Ménoufiya, pour apprendre aux femmes les métiers artisanaux et leur faire de petits projets susceptibles de leur assurer une indépendance financière.

L’amendement de la loi sur le statut personnel, jugée à l’époque injuste à l’égard de la femme, était un autre combat mené par Gihane Al-Sadate et qui lui a valu un déluge de critiques et d’accusations de vouloir « empiéter sur les principes de la Charia » et « d’essayer de convertir l’Egypte aux normes occidentales inculquées par sa mère britannique ». Ce qui ne l’a pas dissuadée de poursuivre son combat. En 1979, le parlement approuve un projet de loi octroyant à la femme le droit d’obtenir le divorce en cas de polygamie. 30 sièges ont été consacrés aux femmes au parlement. Donnant l’exemple, Gihane Al-Sadate s’est présentée comme « indépendante », en 1974, aux élections municipales à Ménoufiya, dans le but d’encourager les femmes rurales à jouer un rôle politique, et a été réélue en 1978.

Dans ses livres Une Dame d’Egypte et L’Espoir pour la paix, Gihane Al-Sadate relate son expérience politique, ses souvenirs avec le président Sadate et son long parcours de première dame d’Egypte. Une femme qui s’est battue pour briser les tabous et défendre les droits des femmes.




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