Semaine du 7 au 13 juillet 2021 - Numéro 1381
Afghanistan : Un retrait et des interrogations
Maha Salem avec agences07-07-2021
 
  En prélude au retrait total, les Etats-Unis ont livré à l'armée afghane la base de Bagram, la plus grande d'Afghanistan. Un départ qui suscite les craintes d’un éventuel retour des Talibans.

Après 20 ans de présence, tous les militaires américains et de l’Otan ont quitté, vendredi 2 juillet, la base aérienne de Bagram, la plus grande d’Afghanistan, celle qui avait été utilisée pour lancer les frappes aériennes américaines tout au long de la guerre déclenchée en 2001, surtout contre les Talibans et leurs alliés d’Al-Qaëda. Parallèlement, les Etats-Unis ont assuré le même jour que la totalité de leurs troupes serait partie d’Afghanistan d’ici fin août, soit avant la date butoir fixée du 11 septembre, celle du 20e anniversaire des attentats de 2001. Seuls 600 soldats américains vont rester pour protéger l’ambassade américaine. C’est donc désormais les forces afghanes qui « protégeront » la base et « l’utiliseront pour combattre le terrorisme », a déclaré le porte-parole adjoint du ministère afghan de la Défense, Fawad Aman. Une mission qui s’annonce difficile avec le retour de l’influence des Talibans, qui n’ont pas caché leur joie du départ des troupes étrangères de ces installations situées à 50km au nord de Kaboul. Ils s’étaient emparés du pouvoir en Afghanistan en 1996, mettant en place un régime islamique ultra-rigoriste avant qu’il ne soit renversé par une coalition menée par les Etats-Unis en 2001, après les attentats du 11 Septembre.

En effet, d’ores et déjà, les Talibans continuent de gagner du terrain, contrôlant aujourd’hui le quart du pays. Depuis quelques jours, ils intensifient leurs attaques sur la province du Badakhshan dans le nord-est, ainsi qu’autour de la capitale provinciale de Kandahar dans le sud. Depuis que ce retrait final a débuté en mai dernier, ils se sont emparés de dizaines de districts ruraux, pendant que les forces de sécurité afghanes tentent de consolider leurs positions dans les grandes villes. Les Talibans se sont emparés, dimanche 4 juillet, du district-clé de Panjwai, dans leur ancien bastion de la province de Kandahar, après des combats nocturnes contre les forces afghanes. Situé à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kandahar, la capitale provinciale, Panjwai a longtemps été un foyer taliban et le théâtre de combats entre rebelles et troupes de l’Otan.

La capacité de l’armée afghane à conserver le contrôle de l’aérodrome de Bagram pourrait être une des clés pour préserver la sécurité aux abords de Kaboul et pour maintenir la pression sur les insurgés. Or, « l’armée afghane est faible et incapable d’affronter les Talibans qui sont par contre bien armés, équipés et organisés », estime l’expert, qui n’exclut pas « l’effondrement du pouvoir dans les six mois qui suivront le retrait américain ».

« Comme d’habitude, les Américains quittent le pays plus faible qu’avant leur entrée. C’était le cas en Iraq, c’est le cas en Afghanistan. Dans ces deux pays, la présence militaire américaine a affaibli l’armée et les institutions. En Iraq, cela a permis à l’Iran de s’infiltrer. En Afghanistan, la situation est plus critique. Un vrai danger menace ce pays », explique Dr Mohamed Aboul Makarem, analyste. « Tout le monde est inquiet de voir à nouveau les Talibans au pouvoir. Mais le vrai danger va être le vide sécuritaire qui peut mener à la résurgence des groupes djihadistes, voire à la naissance de nouveaux groupes. La nature géographique de ce pays en fait l’endroit convenable pour que ces groupes puissent s’entraîner, s’équiper et se cacher », explique le politologue.

Sur le plan international, plusieurs parties se préparent au retrait américain en tentant d’en tirer profit. C’est le cas de la Turquie, estime Dr Mohamed Aboul Makarem. « En proposant de se charger de la sécurisation de l’aéroport de Kaboul, la Turquie cherche ses intérêts. Tout d’abord, elle va envoyer les combattants présents en Libye et au nord de la Syrie. Ankara veut satisfaire la communauté internationale qui revendique le départ des mercenaires étrangers de Libye. En même temps, elle va se débarrasser de ce fardeau », dit-il, en ajoutant que les voisins de l’Afghanistan aussi cherchent leurs propres intérêts, même si cela passe par une alliance avec les Talibans.

Malgré toutes ces craintes, les Etats-Unis tentent de se montrer rassurants. En recevant son homologue afghan, Ashraf Ghani, le 25 juin dernier à Washington, le président américain, Joe Biden, s’est efforcé de se montrer optimiste. « Le partenariat entre l’Afghanistan et les Etats-Unis n’est pas terminé. Il va durer. Vous savez que nos troupes peuvent partir, mais que notre soutien à l’Afghanistan ne s’arrête pas pour ce qui concerne l’aide militaire, ainsi que l’aide économique et politique », avait assuré Biden .


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