Semaine du 9 au 15 juin 2021 - Numéro 1377
Les pionnières de la paix
  Malgré le rôle important qu’elles peuvent jouer, les femmes ne représentent aujourd'hui qu'environ 6% du total des Casques bleus à travers le monde. Mais depuis 2014, le nombre des femmes Casques bleus égyptiennes augmente progressivement.
Les pionnières de la paix
Amira Samir02-06-2021

Entre guerre et paix, les femmes jouent un rôle-clé dans la préservation de leurs communautés. En Egypte, les femmes ont été très tôt intégrées dans les académies militaires en tant qu’officiers. Sur le plan international, la brigadière Nahed Al-Wahi est la première femme officière de police égyptienne à intégrer le corps des forces égyptiennes de maintien de la paix des Nations-Unies. Diplômée de l’Académie de police en 1988, Al-Wahi a rejoint la mission des Nations-Unies en 2014 lorsque la police égyptienne avait ouvert les portes aux policières pour rejoindre les Casques bleus égyptiens. Elle est devenue chef du département de police de la mission de maintien de la paix des Nations-Unies au Sahara occidental, au Maroc. Ses principales tâches comprenaient la protection des femmes locales contre les violences sexuelles et l’assistance aux survivantes de violences sexuelles, conformément aux normes des Nations-Unies pour leurs missions dans les zones troublées.

Parmi les plus célèbres égyptiennes Casques bleus, citons surtout la colonelle Chérihane Aboul-Kheir Rouchdi qui a été honorée, en 2019, par le commandant de la Force de la Mission de l’Organisation des Nations-Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUC) avec la médaille des Nations-Unies dans la ville de Goma, pour ses efforts de maintien de la paix à la RDC. La photo de la lieutenante-colonelle égyptienne est devenue connue après sa publication sur la page Facebook de la mission des Nations-Unies en RD Congo— Monusco. « Je travaille comme coordinateur des affaires civilo-militaires. Mon travail est principalement humanitaire, avec pour objectif de gagner le coeur et l’esprit des gens en faisant tout ce qui peut les rendre heureux et affecter leur façon de penser. Je participe, par exemple, aux formations pédagogiques à travers des cours d’éducation en langue anglaise, de l’informatique et de la connaissance technique, etc., pour permettre aux habitants (notamment les femmes) de trouver un travail et une source de revenu. Nous organisons également des matchs de football, de volley-ball et d’autres disciplines sportives. Nous leur offrons également des vêtements de sport, un trophée pour l’équipe gagnante ou des prix pour les écoles et plus encore. Nous organisons aussi des camps médicaux », raconte Chérihane Rouchdi. « La présence des femmes qui travaillent aux Forces de maintien de la paix des Nations-Unies est très importante parce qu’elles sont des modèles dans les zones où elles se trouvent. En effet, le taux de violence à l’égard des femmes est très élevé, et la présence féminine sur le terrain permet aux femmes victimes d’être ouvertes face à une femme plutôt qu’à un homme, car elles se sentent plus à l’aise », explique Chérihane Rouchdi.

Il y a aussi la colonelle Sahar Ibrahim Abdel-Raouf. Cette dernière a servi dans la première unité féminine égyptienne qui a rejoint les Forces de maintien de la paix des Nations-Unies au Darfour en 2016. La colonelle Abdel-Raouf est diplômée de l’Académie de police en 1990 et a gravé les échelons au ministère de l’Intérieur. Elle a suivi de multiples formations sur le règlement des différends et le maintien de la paix en Afrique, en collaboration avec l’Organisation des femmes arabes.

Un rôle spécifique

« La femme est le principal artisan de la transition vers la paix et le développement. L’inclusion des femmes dans le maintien de la paix est très importante, car les femmes officières sont plus susceptibles et capables de gagner la confiance de la communauté et de répondre aux vulnérabilités et aux besoins des femmes », indique Mohamad Idris, représentant permanent de l’Egypte auprès de l’Onu. Les femmes officiers de maintien de la paix servent également de modèles aux jeunes filles de ces communautés. Leur présence les incite à poursuivre leurs rêves et à aspirer à l’égalité des sexes.

Plus de femmes dans les missions de maintien de la paix signifie un maintien de la paix plus efficace. Selon l’Onu, une paix durable n’est possible que si les femmes sont pleinement associées au règlement des conflits et aux efforts de paix et de sécurité. L’initiative « Les femmes et la paix et la sécurité » vient pour réclamer la « pleine » mise en oeuvre des textes précédemment adoptés sur la question, en particulier la résolution 1325, de l’an 2000. Par la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’Onu et les résolutions qui en découlent, ainsi que la Déclaration d’engagements communs de l’Action pour le maintien de la paix (A4P), les Nations-Unies ont appelé à un élargissement du rôle et de la contribution des femmes dans leurs opérations. L’Onu affirme pourtant qu’il reste beaucoup à faire pour promouvoir le rôle des femmes dans les processus de paix.

En fait, malgré le rôle-clé que les femmes Casques bleus jouent et leurs capacités uniques à s’engager auprès des communautés dans lesquelles elles servent, en particulier dans la prévention des violences sexuelles pendant et après les conflits, elles ne représentent qu’environ 6% du total des officiers de maintien de la paix des Nations-Unies.

En 1993, les femmes représentaient 1% du personnel militaire dans les missions de l’Onu du maintien de la paix. En 2019, elles représentaient 4,7% du personnel des unités militaires. En 2021, le pourcentage est passé à 5,4% du nombre total des Casques bleus. Malgré les progrès considérables réalisés, les progrès restent globalement lents. L’Onu envisage d’accroître ce pourcentage à 15% d’ici 2028.

Une priorité pour l’Egypte

Pour l’Egypte, le Programme femmes, paix et sécurité est au coeur de la politique étrangère. « Dans le cadre de la mise en oeuvre de la résolution 1325, l’Egypte oeuvre à créer des cadres institutionnels adéquats pour permettre l’autonomisation des femmes. Le Caire a pris part au Réseau de dirigeantes africaines. Il déploie aussi des efforts considérables contre l’exploitation sexuelle, notamment dans le cadre d’un programme de formation et de sensibilisation destiné aux militaires », affirme Mohamad Gad, ex-vice-président de la délégation égyptienne aux Nations-Unies. Il a également mentionné la publication d’un ouvrage sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans les opérations de maintien de la paix de l’Onu. « L’Egypte accorde une importance particulière à la participation des femmes dans les missions de maintien de la paix et aux partenariats entre l’Onu et l’Union africaine. La Feuille de route du Caire sur la question des femmes dans le maintien de la paix vise à augmenter le taux de femmes de 10% dans chaque unité de police de maintien de la paix », indique Gad l


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