Semaine du 9 au 15 juin 2021 - Numéro 1377
Palestine: L’Egypte sur trois fronts
  Près d’un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, l'Egypte multiplie les efforts pour réconcilier les factions palestiniennes, relancer le processus de paix et reconstruire l’enclave palestinienne.
L’Egypte a consacré 500 millions de dollars à la reconstruction de Gaza.
L’Egypte a consacré 500 millions de dollars à la reconstruction de Gaza.
Aliaa Al-Korachi02-06-2021

Le coup d’envoi de la reconstruction de la bande de Gaza, gravement endommagée par 11 jours de bombardements israéliens intenses, est lancé. Des camions, des bulldozers et des grues brandissant le drapeau égyptien ont traversé, jeudi, le terminal de Rafah en direction de Gaza. Ce convoi d’engins de construction était accompagné d’une équipe de 6 ingénieurs et de 60 techniciens et ouvriers. Leur mission? Enlever les décombres de milliers de maisons détruites par les frappes aériennes israéliennes et préparer le terrain à la reconstruction. Selon les estimations, plus de 2000 maisons ont été détruites ou rendues inhabitables par les frappes israéliennes. 15000 autres ont été partiellement endommagées et 300 immeubles ont été complètement détruits.

Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a donné ses directives en vue « d’acheminer, rapidement, à la bande de Gaza, les équipements nécessaires à la reconstruction ». L’Egypte a déjà consacré 500 millions de dollars à la reconstruction de Gaza, avec la participation d’entreprises égyptiennes. Un mois après le cessez-le-feu, les démarches de l’Egypte pour améliorer la situation dans la bande de Gaza s’intensifient aux niveaux humanitaire, économique et sécuritaire. Objectif: tracer la feuille de route de l’après-guerre à Gaza. « Avec l’entrée de ces équipements à Gaza, chaleureusement accueillis par les Gazaouis, l’Egypte envoie un message fort à la communauté internationale, afin qu’elle participe activement au processus de reconstruction », explique Mona Salman, experte des affaires internationales à l’Université du Caire, qui souligne que l’Egypte possède « une vision stratégique globale » concernant la situation dans les territoires palestiniens.

Le Caire tente d’investir la dynamique internationale actuelle en faveur de la solution des deux Etats, pour favoriser la conclusion d’accords sur l’échange des prisonniers entre Israël et le Hamas, instaurer une trêve durable, réconcilier les factions palestiniennes et démarrer la reconstruction de la bande de Gaza. « Par conséquent, l’Egypte n’est pas seulement un médiateur, mais aussi un partenaire stratégique ».

Les contacts diplomatiques et les aides humanitaires se poursuivent. Le terminal de Rafah reste exceptionnellement ouvert pour le 23e jour consécutif, afin de permettre le passage des blessées et des malades en provenance des territoires palestiniens et faciliter le transit de l’aide humanitaire et des équipements vers Gaza. Sur un autre volet, des échanges diplomatiques indirects entre Israéliens et Palestiniens ont eu lieu avec la médiation de l’Egypte pour consolider l’accalmie. Dans ce contexte, le chef des renseignements généraux, Abbas Kamel, a effectué le 2 juin une tournée à Ramallah, Gaza et Tel-Aviv. Alors que Le Caire a reçu le ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, première visite d’un haut responsable israélien en Egypte depuis 13 ans. La reconstruction de Gaza et un éventuel échange de prisonniers étaient au centre des discussions entre Ashkenazi et son homologue égyptien, Sameh Choukri.

Les ministères des Affaires étrangères de l’Egypte, de la France et de la Jordanie avaient plaidé, dans une déclaration conjointe, pour « un arrêt des mesures unilatérales qui sapent la solution des deux Etats ». Cette déclaration est intervenue à l’issue d’une réunion de coordination, tenue le 4 juin via visioconférence, pour « évaluer les besoins et mobiliser les ressources en faveur de la crise humanitaire dans les territoires palestiniens, notamment à Gaza ».

Deux délégations palestiniennes au Caire

Les va-et-vient entre Le Caire et Gaza sont ininterrompus. L’Egypte accueille cette semaine deux délégations palestiniennes. Alors que les équipements et les ingénieurs égyptiens poursuivent leur travail pour effacer les traces de l’agression israélienne à Gaza, une délégation palestinienne est arrivée, lundi 7 juin, au Caire pour discuter de la reconstruction. La délégation était composée des sous-secrétaires à l’Administration locale, aux Travaux publics, au Logement et à l’Economie à Gaza et du chef de l’Union des entrepreneurs dans l’enclave palestinienne.

Le Caire devrait accueillir, samedi, un nouveau cycle du dialogue interpalestinien sous les auspices du président Abdel-Fattah Al-Sissi et du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, afin de « se mettre d’accord sur les mesures à prendre pour mettre fin à la division et unir les rangs palestiniens, et pour établir une feuille de route pour la prochaine étape ». En effet, de nombreux rounds du dialogue interpalestinien avaient eu lieu dans la capitale égyptienne, conduisant les mouvements rivaux à signer des accords de réconciliation comme en octobre 2017. L’ambassadeur palestinien au Caire, Diab Al-Louh, a déclaré « qu’il y aura également une réunion des secrétaires généraux des différentes factions palestiniennes via vidéoconférence, afin d’examiner les arrangements finaux pour mettre fin à ce conflit ». Selon l’ambassadeur palestinien, le dialogue portera sur la fin des divisions internes et la formation d’un gouvernement d’union pour lancer le processus de reconstruction dans la bande de Gaza. « Organiser le processus de reconstruction et déterminer l’autorité qui sera chargée de ce processus, notamment le côté financier, sera également au centre des discussions ».

De son côté, le porte-parole du Hamas à Gaza, Abdulatif Al-Qanouaa, a annoncé dans un communiqué que le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, assistera à ce dialogue à la tête d’une délégation qui arrivera au Caire dans les prochains jours. « Cette rencontre sera d’une grande importance stratégique. Elle vise à combler le gouffre qui s’est creusé entre la Cisjordanie, dirigée par l’Organisation de libération de la Palestine, et la bande de Gaza, dirigée par le mouvement Hamas. Elle offre également l’occasion pour l’Autorité palestinienne de retrouver son rôle de premier plan, afin de superviser le processus de reconstruction », explique Mona Salman, avant de conclure: « Les efforts égyptiens visent à créer une atmosphère propice à la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens sur la solution des deux Etats qui, selon l’Egypte, est le seul moyen de régler le conflit et d’assurer une paix équitable et globale ».


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