Semaine du 2 au 8 juin 2021 - Numéro 1376
La restructuration médiatique, un nouvel élan
  Les responsables de l’United Media Services (UMS), la plus grande société holding médiatique en Egypte dépendante de l’Etat, ont tenu, samedi 29 mai, une conférence de presse pour faire une mise au point, cinq ans après sa fondation. Bilan.
La restructuration médiatique, un nouvel élan
Al-Ikhtiyar 2, de Peter Mimi.
Lamiaa Alsadaty02-06-2021

Radio, télévision, presse écrite, plateformes … La société holding UMS ne manque pas de supports médiatiques. Née en 2017, cette compagnie étatique a commencé par l’achat de six journaux et sites d’informations, et quatre réseaux de chaînes télévisées comprenant 14 chaînes et 4 stations de radio, en plus d’un certain nombre de salles de théâtre et de cinémas. Elle s’est introduite même sur la scène de la production de drames télévisés et du cinéma à travers Synergy et Synergy film. De grosses productions à grand succès, mais en parallèle, des accusations d’avoir tenté de monopoliser le marché artistique et celui de l’information.

Impulsée par le progrès technique et le besoin toujours plus grand d’informations et de divertissements, UMS a mis en place une feuille de route définissant les relations de la société avec d’autres entités. En réponse aux accusations de monopole portées, Hossam Saleh, président exécutif et porte-parole d’UMS, a affirmé que si la société avait collaboré avec seulement 5 sociétés de productions en 2021, et si elles avaient produit ensemble entre 15 et 16 feuilletons, elles auraient cherché à élaborer un partenariat plus vaste et à atteindre un nombre de productions plus grand.

La restructuration médiatique, un nouvel élan
Hagma Mortadda, d'Ahmad Alaa Eldib.

Ainsi s’agit-il d’élaborer une sorte de coopération entre des sociétés de production qui se sont déjà imposées sur le marché, telles Al-Adl Group, Sel Media, Al-Gabry, Art Maker, Roznama, Magnum, Media Hub, TVision, ou encore d’élargir la base de partenariat avec d’autres producteurs de façon à augmenter le nombre de productions de drames tout au long de l’année, et non seulement pendant le mois du Ramadan, connu pour être la saison de visionnement de télévision par excellence. Par conséquent, un contrôle de budgets ainsi qu’une réduction de nombre d’épisodes exigent : la société va opter pour des feuilletons de 7 ou 15 épisodes seulement.

En outre, la nouvelle stratégie de l’UMS définit aussi des modalités des relations avec les syndicats de Journalisme, d’Acteurs et des professions musicales de manière à se procurer des cadres distingués dans le domaine de l’information. En vue de jouer un rôle au niveau de la scène de création culturelle, UMS prévoit plusieurs concours dans divers domaines : un concours de scénario télévisé dont le prix porte, pour sa première édition, le nom du grand écrivain Saleh Morsi. Un autre concours est conçu pour l’écriture pour enfant dont le prix porte le nom de la célèbre animatrice de radio Abla Fadila. En outre, un concours pour le roman publié ayant pour thème la société égyptienne, et dont le prix porte pour sa première édition le nom du grand écrivain Wahid Hamed. Enfin, un concours concernant les contes pour enfants dont le prix porte le nom de Neam Al-Baz, la célèbre écrivaine de romans pour enfants. Un soutien aux troupes théâtrales, une chaîne pour enfants et une chaîne pour les nouvelles locales, l’agenda de l’UMS est bien chargé, mais tous les détails ne sont pas encore précis.

La restructuration médiatique, un nouvel élan
Al-Ikhtiyar 1, de Peter Mimi.

Par ailleurs, l’UMS se déclare consciente de son rôle sociétal. Ainsi annonce-t-elle la création d’un fonds d’aide pour les professionnels des médias dans leur ensemble, « et non seulement pour ceux qui travaillent dans l’UMS ». affirme Saleh.

Parmi les critères les plus importants pour améliorer la réussite financière et organisationnelle dans ce contexte de mondialisation figure la gouvernance des entreprises, considérée comme un indice de la bonne gestion et de la transparence, afin d’éviter la corruption et attirer les investissements intérieurs et extérieurs, et donc la compétitivité. De ce fait, des mesures seront prises afin qu’entre 20 et 30 % de la société soit cotée en Bourse vers 2024. Ce qui signifie « la soumission de la société ainsi que toutes ses sociétés affiliées à l’Autorité de surveillance financière : elles seront donc obligées de rendre public leurs budgets aussi bien que leur situation financière », conclut à la presse Achraf Al-Araby, ancien commissaire fiscal.

Plan d’action

La restructuration médiatique, un nouvel élan
Al-Qahéra-Kaboul, de Hossam Ali.

A partir de 2017, des initiatives de l’UMS visant à la fois la redéfinition du périmètre d’action et des modes d’intervention dans le domaine médiatique ont été mises en place, afin d’esquisser un nouveau portrait du domaine de l’information en Egypte. Mené sur fond de crise budgétaire persistante, un questionnement portant sur l’efficacité et la rentabilité des médias publics, privés ainsi que sur certains journaux privés, s’est cristallisé. Selon le porte-parole de l’UMS, contrairement aux médias privés, les médias publics sont à but non lucratif. Du coup, il devient normal pour certains qu’au moment où les médias privés subsistent grâce aux recettes commerciales, de trouver les médias publics souffrir de déficits redoutables. D’ailleurs, plusieurs défis se sont présentés, tels que la présence de cadres administratifs mal formés, l’absence d’un trait identitaire qualifiant chaque chaîne télévisée, des problèmes techniques dans plusieurs lieux, l’inefficacité de certains studios …

Or, un plan d’action a été mis en marche par l’UMS pour redresser le fond et la forme de la chaîne 1 locale, sans compter encore les chaînes privées telles DMC, DMC Drama, CBC Drama, Extra news, On time sports ...

Relancer la presse écrite privée était l'un des défis rencontrés : extrêmement diverse, allant des quotidiens, journaux hebdomadaires et magazines aux revues spécialisées, elle était sur le point de s’effondrer face au numérique. La vraie réussite fut qu’elle continue à perdurer, même sans de grosses recettes, selon le porte-parole de l’UMS. Ainsi Al-Youm Al-Sabie, Al-Watan, Al-Dostour, Al-Osboue, Mobtadä, Amwal Al-Ghad, Dot Masr, Egypt Today, Business Today, Vidéo 7 sont des institutions de presse et des sites web d’informations qui ont fait une percée sous la houlette de l’UMS.

Les chaînes radio privées ont également connu un grand essor avec un contenu diversifié, à titre d’exemple Chaabi FM conçue pour les chansons pop, Nile FM pour des variétés en langue anglaise, Radio Hits pour des chansons en arabe et en anglais, Masr Coran Karim

A travers la plateforme Watch It, UMS a investi dans la modernisation des moyens offerts au spectateur pour visionner les contenus tout en suivant la tendance à la protection des droits de propriété intellectuelle. A petit prix (une livre égyptienne par jour) s’ouvre au spectateur un archive important dont le contenu ne cessera de croître.

Relancer la production des drames télévisés fut l’un des axes d’intervention importante de l’UMS. Après des années en régression, des feuilletons égyptiens ont réussi à regagner leur place sur le marché arabe. En outre, à travers des feuilletons tels Al-Ikhtiyar 1 et 2, Hagma Mortadda, Le Caire-Kaboul, etc., l’UMS a réussi à véhiculer l’un de ses messages, à savoir « rehausser les valeurs de l’identité et de l’appartenance nationale ». Selon Saleh, « grâce à ces feuilletons, des enfants rêvent de défendre leur pays ». Autant de stratégies qui sont avant tout un plan d’action global qui définit les modalités des relations avec les médias.

Un boom considérable

La restructuration médiatique, un nouvel élan
Pertes et bénéfices entre 2017 et 2021

En 2017, il y avait un déficit de 470 millions de L.E. pendant la saison du ramadan 2017. Cette année, les bénéfices ont atteint 260 millions de L.E. pendant la même saison (voir graphique). Le nouveau conseil d’administration est constitué de Hassan Abdallah, ancien assistant du gouverneur de la Banque centrale et ex-président exécutif de la Banque arabo-africaine, comme PDG et membre délégué, à la place de Tamer Morsi qui y devient membre, outre 4 membres : Mohamad Al-Saadi, fondateur de la société publicitaire Media Hub, Amr Al-Feqqi, président de la société POD pour les panneaux d’affichage extérieurs et l’organisation des conférences, Achraf Salman, l’ancien ministre d’Investissement, et Mohamad Samir, l’expert économique. Hossam Saleh a justifié le changement de statut de Tamer Morsi dans le conseil d’administration. « Certains pourraient être surpris : c’est en fait une nouvelle tradition pour certains, toutefois dans de nombreux conseils d’administration au niveau mondial, c’est bien normal d’échanger les rôles ».


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