Semaine du 2 au 8 juin 2021 - Numéro 1376
Après le coronavirus la murcomycose ...
Chérif Albert (avec agences)02-06-2021
 
  Des centaines de convalescents du coronavirus en Inde ont été touchés par la murcomycose (champignon noir), une infection rare et mortelle dans plus de 50 % des cas. La maladie s’attaque surtout aux personnes diabétiques ou souffrant de déficience immunitaire.

Bien que rare, la murcomycose, infection fongique communément appelée « champignon noir », prolifère à un rythme inquiétant en Inde parmi les convalescents du Covid-19. Selon les autorités sanitaires de ce pays, les personnes touchées avaient contracté l’infection environ deux semaines après leur guérison du Covid-19. Autre point commun : la plupart des patients sont diabétiques. Parmi les premiers symptômes, le Centre américain de contrôle et de prévention des maladies évoque des maux de tête, un gonflement du visage, de la fièvre, et précise que l’infection opportuniste tue plus de 50 % des personnes qui en sont affectées en quelques jours, en fonction de l’état du patient et des organes touchés. Selon la presse indienne, la « mycose noire », autre nom donné à la virulente maladie, a déjà fauché des centaines de vies en quelques jours à peine. La maladie s’attaque notamment aux sinus, au nez, aux pommettes et aux zones situées entre les yeux et les dents. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire pour empêcher le champignon noir d’atteindre le cerveau, explique à la BBC Dr Renuka Bradoo, responsable du service d’oto-rhinolaryngologie de l’hôpital de Bombay. La maladie n’est pas contagieuse, ce qui signifie qu’elle ne peut pas se propager par contact entre humains ou animaux. Mais elle se propage à partir de spores fongiques (cellule reproductrice des champignons) présentes dans l’air ou dans l’environnement, ce qui est presque impossible à éviter. Avant cette deuxième vague de coronavirus, les cas de murcomycose étaient rares en Inde. La propagation rapide de l’infection aujourd’hui est largement attribuée à l’utilisation abusive de stéroïdes dans le traitement des malades de coronavirus, estiment les spécialistes.

Les stéroïdes, arme à double tranchant

Après le coronavirus la murcomycose ...

Les stéroïdes réduisent l’inflammation dans les poumons des patients atteints du Covid-19 et contribuent à stopper certains dommages qui peuvent survenir lorsque le système immunitaire de l’organisme s’emballe pour combattre le coronavirus. Mais, arme à double tranchant, les stéroïdes, comme de nombreux médicaments utilisés pour lutter contre le coronavirus, entraînent une réduction de l’immunité et une augmentation du taux de glycémie, deux facteurs graves qui favorisent des infections comme les mycoses, notamment chez les diabétiques. « Les gens en ont fait un usage à l’envi, exubérant et inapproprié », juge le professeur K. Srinath Reddy de la Fondation indienne pour la santé publique. « Les bactéries et les champignons sont déjà présents dans notre corps, mais ils sont contrôlés par notre système immunitaire », souligne K. Bhujang Shetty, directeur de l’hôpital ophtalmologique Narayana Nethralaya. « Lorsque le système immunitaire tombe en panne à cause du traitement du cancer, du diabète ou de l’utilisation de stéroïdes, ces organismes prennent le dessus et se multiplient », ajoute Shetty. D’autres médecins incriminent les conditions d’hygiène dans certains hôpitaux qui ont permis au champignon noir d’infecter des malades du Covid-19 lorsqu’ils étaient mis sous oxygène. Un faible taux d’oxygène, le diabète, des niveaux élevés de fer, l’immunosuppression, associés à plusieurs autres facteurs, comme l’hospitalisation prolongée avec des ventilateurs mécaniques, créent un milieu idéal pour contracter la mucormycose, ont écrit des chercheurs dans la revue Diabetes & Metabolic Syndrome : Clinical Research & Reviews. Mais les avis sont partagés sur ce point : « Les hôpitaux étaient sales même avant avril. Nous avons besoin d’études épidémiologiques pour évaluer pourquoi ces cas augmentent maintenant », a déclaré S.P. Kalantri, médecin principal et chercheur à l’Institut Mahatma Gandhi des sciences médicales du Maharashtra.


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