Semaine du 2 au 8 juin 2021 - Numéro 1376
Port-Saïd, la dynamique du développement
  Au coeur d’une stratégie de développement à multiples facettes, le gouvernorat de Port-Saïd change de visage. Enquête.
Port-Saïd, la dynamique du développement
Hanaa Al-Mekkawy02-06-2021

On l’appelle Al-Madina Al-Basséla (la ville courageuse), et pour cause ? Port-Saïd a toujours été liée dans la mémoire des Egyptiens à la résistance face à l’occupation. En 1956, c’est à Port-Saïd qu’ont lieu les principales batailles contre l’agression tripartite, lorsque l’Angleterre, la France et Israël ont attaqué l’Egypte. La ville a fait preuve d’une résistance héroïque. Durant la Guerre de 1967, la ville a été la cible de bombardements israéliens et sera en partie détruite. L’occupation de la rive est du canal par l’armée israélienne a provoqué sa fermeture, et la guerre d’usure entre l’Egypte et Israël a entraîné l’évacuation quasi totale de la population. Pendant des années, le gouvernement égyptien a déployé des efforts intenses, afin de reconstruire la ville et encourager la population à revenir.

Aujourd’hui, Port-Saïd est au coeur d’une stratégie de développement à multiples dimensions. Les projets de développement lancés à Port-Saïd sont en train de changer profondément le visage de cette région. Créée en 1859, lors de la construction du Canal de Suez, la région de Port-Saïd s’étend sur deux continents et comprend deux villes : Port-Saïd, la capitale qui se trouve en Afrique, et sa jumelle Port-Fouad qui se trouve sur la rive est du canal, et donc, en Asie. Les deux villes forment ensemble une zone métropolitaine et sont reliées par des ferries gratuits. Situé à 220 km environ au nord-est du Caire, Port-Saïd est connue depuis longtemps pour ses activités maritimes et commerciales. « La ville connaît une dynamique de développement sans précédent dans plusieurs domaines. D’innombrables projets nationaux y ont été lancés », affirme Adel Al-Ghadban, gouverneur de Port-Saïd. Et d’ajouter que le coût des projets réalisés depuis 2014 s’élève à 400 milliards de L.E. Hala Al-Saïd, ministre de la Planification et du Développement économique, vient d’annoncer que les investissements consacrés au gouvernorat de Port-Saïd dans le cadre du plan 2020-2021 s’élèvent à 18,3 milliards de L.E. avec une hausse de 260 %, comparé au plan de 2019-2020. Il y a en tout 151 projets.

Santé, transformation numérique et éradication des bidonvilles

En 2018, Port-Saïd a été le premier gouvernorat à appliquer le nouveau système d’assurance maladie qui doit couvrir la totalité de la population. Cette décision a été suivie par le lancement d’un plan de modernisation des hôpitaux publics et des centres médicaux du gouvernorat et la construction de nouveaux hôpitaux.

Rendre Port-Saïd un gouvernorat intelligent est un autre projet phare. Port-Saïd a été choisie pour être le premier gouvernorat numérique d’Egypte. Un projet pilote a été lancé en vertu duquel 25 services gouvernementaux numériques seront fournis à la population à travers le portail numérique en ligne, les téléphones portables et les bureaux de services publics. Tous les segments de la population auront accès à ces services. La première phase de ce projet de transformation numérique a été lancée au milieu de 2019. « Ce projet de numérisation vise à transformer Port-Saïd en ville intelligente. Il s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large visant à numériser l’Egypte tout entière », a déclaré le ministre des Télécommunications et de la Technologie de l’information, Amr Talaat. 800 bâtiments gouvernementaux ont déjà été connectés au réseau de fibres optiques dans le gouvernorat de Port-Saïd.

Premier gouvernorat d’Egypte à être numérisé, Port-Saïd sera aussi le premier gouvernorat à éradiquer définitivement ses bidonvilles. « Une ville sans bidonvilles », c’est le slogan clamé haut et fort par les autorités de Port-Saïd. En vertu d’un plan achevé en 2019, plusieurs quartiers anarchiques de la ville comme Hagougue, Al-Kabouti, Ezbet Al-Ganayène, Ezbet Abou-Auf et Zerzara ont été démolis. « S’attaquer au problème des zones anarchiques n’était pas chose facile, car ces bidonvilles se sont accumulés pendant des années. L’enjeu de notre plan de réaménagement était d’accroître l’efficacité des infrastructures, d’aménager les routes et de construire de nouvelles zones urbaines à la place des zones informelles », souligne le député Ahmad Farghali. Ezbet Abou-Auf, l’un des bidonvilles à haut risque de Port-Saïd, est devenu aujourd’hui une station touristique et résidentielle. « Le plan vise à améliorer l’image de la ville et à lui redonner sa valeur esthétique d’antan en exploitant de manière optimale l’emplacement de la ville et ses zones touristiques », explique Al-Ghadban.

Le projet de développement de l’est de Port-Saïd

Autre projet phare, celui de l’est de Port-Saïd et de l’est d’Al-Tafriaa, lancé il y a 15 ans. « Ce projet n’avait pas pu être exécuté à l’époque en raison du coût élevé et de la nature difficile du sol. Aujourd’hui, nous mettons en oeuvre ces projets », a affirmé le président Sissi à l’occasion de l’inauguration du projet de pisciculture d’Al-Fayrouz à l’est d’Al-Tafriaa, à Port-Saïd. En fait, le projet de développement de l’est d’Al-Tafriaa à Port-Saïd comprend plusieurs axes : la construction d’un port maritime géant, la création d’une zone industrielle et logistique, d’une zone résidentielle, de lacs pour les exploitations piscicoles et la construction de tunnels au sud de Port-Saïd (voir page 4).

Quant au projet de pisciculture d’Al-Fayrouz, il est le plus grand de son genre au Moyen-Orient et vient s’ajouter aux réalisations accomplies à Port-Saïd. « Ce projet représente une valeur ajoutée considérable dans la zone économique du Canal de Suez et la péninsule du Sinaï. Il ouvre la voie à la création de nouvelles communautés industrielles et urbaines », affirme le porte-parole de la présidence de la République, Bassam Radi. « Le projet d’Al-Fayrouz a également généré 10 000 emplois directs et indirects dans différentes spécialités. Il vise à combler le fossé entre la production et la consommation, à réaliser l’autosuffisance et à diminuer les importations », a expliqué le porte-parole. Par ailleurs, Madinet Al-Salam, ou la cité de la paix, est une nouvelle ville née à l’est de Port-Saïd. Elle est construite sur une superficie de 232 418 feddans, dont 38 ont été alloués à la construction d’une extension de l’Université de Port-Saïd. Il s’agit également de la première nouvelle ville côtière à l’est du Canal de Suez à servir les objectifs du développement de la zone du Canal de Suez. Elle sera un lien entre les régions ouest et est et sera connectée à un réseau routier, à une ligne de chemin de fer et à plusieurs tunnels.

Parallèlement à tous ces efforts, la ville connaît un développement culturel important. En mars dernier, elle a été choisie comme capitale culturelle de l’Egypte pour l’année 2021. Et pour célébrer cette occasion, le ministère de la Culture avait organisé une grande cérémonie sous la houlette du président Abdel-Fattah Al-Sissi au Centre culturel de Port-Saïd. « La cérémonie reflète le souci de l’Etat de réaliser la justice culturelle », a déclaré Inès Abdel-Dayem, ministre de la Culture, avant de préciser qu’une centaine d’activités culturelles, artistiques et intellectuelles seront proposées tout au long de l’année au public. Au programme : des spectacles de théâtre, de cinéma et de musique, des arts populaires et plastiques, des salons du livre, des ateliers d’artisanat traditionnel ainsi que des programmes d’intégration culturelle destinés aux enfants et aux habitants des zones frontalières (voir page 5). Initialement, il était prévu de donner ce titre à Port-Saïd en 2020, mais cela a été retardé d’un an en raison de la pandémie de Covid-19. Le label de « Capitale égyptienne de la culture » redonne une nouvelle facette à cette ville portuaire. Elle vient d’être choisie.

Port-Saïd, la dynamique du développement

Pourquoi Port-Saïd ?

La région de Port-Saïd est à l’avant-garde des préoccupations du gouvernement. Mais pourquoi Port-Saïd en particulier ? La réponse à cette question est simple : la ville possède des fondements nécessaires au développement. L’ingénieur Atef Alam Al-Dine, membre du Sénat et ex-président de l’Université de Port-Saïd, explique que contrairement à d’autres gouvernorats qui comptent des centaines et des milliers de villages, la ville de Port-Saïd, avec une population de 800 000 habitants et une superficie de 1 345 km2, est une zone purement urbaine qui n’a pas de base rurale. Par conséquent, c’est un lieu idéal pour appliquer les nouveaux projets comme celui de l’assurance maladie par exemple. Cela permet une meilleure évaluation et une meilleure observation des nouvelles expériences. « L’emplacement géographique est une autre originalité de Port-Saïd. La ville est une péninsule entourée de la Méditerranée et du Canal de Suez, la voie de navigation commerciale et économique la plus importante au monde, et du lac Al-Manzala, l’un des plus grands lacs naturels au monde. Elle jouit donc d’un emplacement favorable », affirme Alam Al-Dine. Ayman Gabr, président de l’Association historique de Port-Saïd, affirme que « la ville mérite d’être distinguée ». Selon Gabr, « ce gouvernorat est le premier d’Egypte au niveau du développement administratif. C’est aussi la ville aux revenus les plus élevés en Egypte, selon les rapports de l’Onu sur le développement administratif ». Gabr explique également que la personnalité du citoyen de Port-Saïd est unique. « Elle se caractérise par la capacité d’accepter et de s’engager dans tout ce qui est nouveau et de l’utiliser pour se développer », dit-il. Il faut savoir que les événements historiques par lesquels est passée la ville ont donné aux habitants l’opportunité de côtoyer des communautés étrangères et d’apprendre davantage sur de nombreuses cultures. « Tous ces facteurs ont donné une identité particulière aux habitants de Port-Saïd. Et cette particularité apparaît dans leur style de vie, leur patrimoine culturel, artistique et architecturel », dit Gabr.

Impact socioéconomique

Promouvoir le rôle économique de Port-Saïd et relancer la participation sociétale sont deux éléments essentiels de la stratégie de développement du gouvernorat. Selon l’économiste Mohamad Mahmoud, « les projets nationaux en cours d’exécution à Port-Saïd s’inscrivent dans le cadre plus large du développement du Sinaï et de la région du canal. Des projets touristiques d’une grandeur sans précédent sont menés dans cette région. Ils attireront des investissements nationaux et étrangers, ce qui réduira le taux de chômage parmi les jeunes à Port-Saïd, qui a souffert pendant des années du taux de chômage le plus élevé au niveau de la République. En outre, la ville commence à changer de visage. Elle se transforme progressivement, abandonnant le statut de zone franche commerciale qui était le sien depuis plus de 40 ans, pour devenir une zone franche industrielle », affirme le gouverneur de Port-Saïd. Les zones industrielles sont désormais les poumons économiques de la ville. Selon Al-Ghadban, la zone industrielle d’Al-Raswa au sud de Port-Saïd, qui s’étend sur une superficie de 798 feddans, compte aujourd’hui de nombreuses industries comme celles du marbre, du prêt-à-porter, du papier, du bois, du plastique, des produits alimentaires, du cuir ainsi que les industries chimiques et métalliques. « Le montant des investissements dans cette zone est estimé à 14 milliards de L.E. La zone offre des emplois à 23 000 habitants de Port-Saïd », ajoute Al-Ghadban. Pour sa part, Alaa Al-Malki, directeur de la zone industrielle au sud de Port-Saïd, indique que « 89 nouvelles usines sont en cours de construction. Le montant des investissements s’élève à plus de 14 milliards de L.E. ». En fait, le gouvernorat comprend plusieurs autres zones industrielles, comme la zone industrielle de l’est et celle de l’ouest de Port-Saïd, qui comprend 6 projets industriels. Ces zones ont largement contribué à changer le caractère de Port-Saïd. La ville abandonne peu à peu les activités purement commerciales en faveur d’un modèle industriel qui ne cesse de gagner du terrain. Selon des estimations, les usines de Port-Saïd exportent plus de 45 % de la production égyptienne de prêt-à-porter à l’étranger.

400 milliards de L.E. Le coût des projets réalisés depuis 2014

14 milliards de L.E. Le montant des investissements de 89 nouvelles usines en cours de construction.

23 000 offres d'emplois sont valables dans la zone industrielle Al-Raswa au sud de Port-Saïd.

En 2018, Port-Saïd a été le premier gouvernorat à appliquer le nouveau système d’assurance maladie.


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