Semaine du 19 au 25 mai 2021 - Numéro 1374
De la violence entre Palestiniens et Israéliens
Hicham Mourad19-05-2021
 
 

L’actuelle flambée de vio­lence entre Palestiniens et Israéliens est sans précédent depuis la guerre israélienne contre la bande de Gaza en 2014. Elle était prévisible pour diverses raisons, en tête desquelles une série d’expul­sions prévues de Palestiniens de leurs maisons, au profit de colons juifs, dans le quartier de Cheikh Al-Jarrah à Jérusalem-Est. 500 Palestiniens de 28 familles risquent ainsi d’être expulsés des maisons qui leur appartiennent depuis des générations. Les tensions sont montées en flèche à la veille d’un verdict de la Cour suprême israé­lienne— qui a finalement été reporté en raison de l’irruption de la vio­lence— sur l’opportunité de confirmer la décision d’un tribunal de première instance, en février dernier, soutenant la demande de groupes de colons d’ex­pulser des Palestiniens de ce quartier situé dans la partie arabe de la Ville sainte. Plus de 200 autres familles palestiniennes de Jérusalem-Est ris­quent aussi d’être expulsées en raison de poursuites judiciaires similaires engagées contre elles.

L’affaire des habitants de Cheikh Al-Jarrah est emblématique de l’appro­priation systématique de maisons et de terres palestiniennes à Jérusalem-Est depuis la guerre de Juin 1967. La construction et l’expansion de colonies israéliennes, en particulier à l’intérieur et autour de la partie arabe de la Ville sainte, sont une stratégie délibérée. Elle ne vise pas seulement à s’approprier les terres palestiniennes, mais aussi à modifier la composition démogra­phique de la région, afin d’empêcher l’établissement d’une Palestine souve­raine avec Jérusalem-Est pour capitale. Cette dépossession des Palestiniens, qui s’accompagne de démolition de leurs maisons, s’étend à la rive ouest du Jourdain, où Israël applique une poli­tique de colonisation effrénée des Territoires palestiniens. Plus de 600000 Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie et à Jérusalem-Est dans des colonies construites sur des terres palestiniennes destinées à être annexées.

L’expulsion des Palestiniens de leurs maisons était de mise depuis la procla­mation de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948. Pendant la guerre qui s’est ensui­vie, plus de 400 villes et villages pales­tiniens ont été dépeuplés et anéantis pour faire place à des villes juives. Cela a provoqué l’expulsion de plus de 700000 Palestiniens de leur patrie ancestrale. Cette pratique s’est poursui­vie ensuite dans tout Jérusalem-Est et en Cisjordanie depuis leur occupation en 1967, provoquant l’accroissement du nombre de réfugiés et de leurs des­cendants. L’Onu compte aujourd’hui plus de 5 millions de réfugiés palesti­niens, dont près d’un tiers vivant dans des camps de réfugiés.

La violence israélienne ne se limite pas aux expulsions, aux démolitions de maisons et à la saisie de terres à Jérusalem. Elle s’étend à la sphère politique, où les autorités israéliennes continuent de dénier aux Palestiniens de la Ville sainte leurs droits poli­tiques. Elles attaquent et arrêtent régu­lièrement des Palestiniens engagés dans des activités politiques ou tentant de représenter des partis politiques. Ces derniers jours, le gouvernement israélien a indiqué sans ambages qu’il ne permettrait pas que les élections législatives palestiniennes, initiale­ment prévues le 22 mai, se tiennent à Jérusalem-Est, où vivent près de 400000 Palestiniens. La police israé­lienne a régulièrement fait des des­centes sur les réunions électorales et arrêté des candidats aux législatives palestiniennes. En conséquence, le président palestinien, Mahmoud Abbas, a officiellement annoncé le report des élections.

Un autre événement est venu jeter de l’huile sur le feu entre Palestiniens et Israéliens. Il s’agit du défilé de la « Journée de Jérusalem » organisé le 10 mai par des sionistes religieux dans le quartier musulman de la Ville sainte. Le défilé, destiné à commémo­rer l’occupation de la partie arabe de Jérusalem, est un événement provoca­teur et belliqueux de premier ordre, dont l’objectif est de narguer les Palestiniens de Jérusalem et d’affir­mer haut et fort la souveraineté israé­lienne sur l’ensemble de la ville. Cette manifestation n’a fait qu’accentuer la détérioration des relations déjà très tendues entre Palestiniens et Israéliens à Jérusalem. La police israélienne a forcé les propriétaires de magasins du quartier arabe à fermer pendant le défilé, dont le point culminant est l’entrée symbolique par la porte de Damas, l’une des entrées principales de la vieille ville. Le passage par cette porte par de milliers de jeunes mar­cheurs israéliens vise à faire revivre la scène de conquête et d’occupation de la partie palestinienne de Jérusalem. Un acte hautement provocateur qui s’accompagne parfois de chants racistes, de chansons offensantes et d’attaques contre les Palestiniens et leurs biens. Malgré le risque de provo­quer des affrontements avec les Palestiniens, la Cour suprême israé­lienne, qui a été saisie de l’affaire, a refusé d’interdire le passage du défilé par le quartier musulman.

Tous ces développements soutenus par la droite israélienne au pouvoir en vue de renforcer le contrôle de l’Etat hébreu sur Jérusalem-Est n’ont fait qu’enflammer la situation. Ils ont fait de Jérusalem-Est le point focal de la colère des Palestiniens contre ce qu’ils considèrent comme d’efforts acharnés de longue date pour les expulser de la vieille ville et limiter leur accès à leurs terres, ainsi que pour enfreindre leurs droits fondamentaux.

La certitude à tirer de cette dernière flambée de violence est que sans une solution juste de la question palesti­nienne, il faut s’attendre à de nou­veaux cycles d’affrontements meur­triers entre Palestiniens et Israéliens. L’oppression, la discrimination systé­matique et la violence policière et militaire ne pourront tuer les aspira­tions légitimes de toute une popula­tion de 4,7 millions d’habitants en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Elles ne feront, au contraire, qu’ali­menter haine, amertume et détermina­tion des Palestiniens à arracher leur émancipation d’une colonisation ves­tige d’un autre âge .


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