Semaine du 19 au 25 mai 2021 - Numéro 1374
Soutenir l’Afrique
  Organisé le 18 mai à Paris, le Sommet de financement des économies africaines est une invitation à aider le continent noir qui connaîtra en 2021, pour la première fois, un recul de son PIB de 2,1 %, selon le FMI.
’Afrique a besoin d’un allègement de la dette plus grand que celui qui lui avait été offert en 2020
L’Afrique a besoin d’un allègement de la dette plus grand que celui qui lui avait été offert en 2020
Salma Hussein19-05-2021

« L’Afrique porte une part des solutions pour la planète. Nous soutenons la Grande muraille verte qui permet d’agir pour le climat tout en renforçant la sécurité alimentaire. Et nous irons plus loin, le 18 mai, lors du Sommet de financement durable des économies africaines », a twitté le président français, Emmanuel Macron, deux jours avant la Conférence d'appui aux économies africaines qui se tient à Paris. La France, qui cherche à soutenir l’Afrique, est prête à faire plus d’efforts pour annuler généreusement la dette du continent. En raison du coronavirus, le PIB du continent devrait connaître en 2021 sa première récession depuis 25 ans, avec un recul de 2,1%, d’après les prévisions du Fonds Monétaire International (FMI). Le rythme de la reprise est différent d’un pays africain à l’autre, et en moyenne, elle sera plus lente que dans les pays développés.

La France veut mobiliser des ressources mondiales vers l’Afrique, à coût réduit. Et ce, à travers plusieurs moyens. Il s’agit en premier lieu de diriger vers l’Afrique les Droits de Tirage Spéciaux (DTS), instruments de change émis par le FMI qui permettent aux pays d’emprunter à ce dernier. Le FMI devrait décider en juin une émission de DTS massive de 650 milliards de dollars, dont 34 milliards pour l’Afrique (24 milliards seront disponibles pour l’Afrique subsaharienne). « Ces montants ne seront pas suffisants. Nous réfléchissons à la manière d’utiliser les DTS des pays avancés au profit des pays à bas revenus », a indiqué l’Elysée, suggérant aussi la vente d’une partie des réserves en or du FMI pour alimenter des prêts sans intérêts pour les pays africains.

La troisième source de financement suggérée est l’allègement de la dette en réunissant autour d’une même table les créanciers publics et privés. La crise actuelle du continent africain est intervenue durant la période d’endettement rapide qui a suivi l’avènement du coronavirus, note un rapport publié par le ministère français de l’Economie. Ainsi, annuler une partie de cette dette pourrait libérer les ressources nécessaires à l’industrie et aux projets.

« Ce sommet vise à mettre en place des mesures de soutien massif à l’Afrique et à poser les bases d’un nouveau cycle de croissance sur le continent, qui sera aussi un relais en vue d’une croissance de l’économie mondiale », souligne Paris.

Le président Emmanuel Macron n’a pas hésité à parler d’un « New Deal » de financement des économies africaines pour aider les pays du continent à surmonter le ralentissement de leurs économies lié à la pandémie de Covid-19.

L’annulation de la dette africaine

Pour aider les pays africains à surmonter les effets du Covid-19, les institutions financières internationales et les pays du G-20 ont gelé le remboursement d’une petite partie de la dette d’une vingtaine de pays africains pauvres, jusqu’en juin 2021. Mais pour que cet effort porte ses fruits, il faudrait des efforts beaucoup plus grands.

Le FMI estime à 290 milliards de dollars les besoins de financement externe en Afrique pour 2020-2023. Le président français appelle donc à un troisième moyen pour aider à financer le développement de l’Afrique. Il s’agit d’une suppression généreuse et orchestrée de la dette extérieure africaine. Sans cette suppression, « nous laisserons le continent africain face à la pauvreté (...) face à la réduction des opportunités économiques, la migration et l’expansion du terrorisme », a déclaré Macron.

Le coronavirus a frappé le continent dans une phase où la dette extérieure est déjà à la hausse. Celle-ci a quasiment triplé entre 2006 et 2019, selon une étude récente publiée par le Trésor français. Donc, la restructuration doit être d’une grande envergure. Il faut savoir que la structure de la dette a beaucoup changé durant cette période. Aujourd’hui, la Chine a remplacé le Club de Paris (les pays occidentaux les plus riches) comme premier créditeur, s’emparant de 20% de l’ensemble de la dette. L’Afrique dépend plus lourdement de l’emprunt et emprunte sur le marché financier international. Tandis que le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris ont approuvé la suppression d’une partie des dettes africaines et le prolongement de la période de remboursement, la Chine se montre indifférente. De plus, les grandes banques commerciales et d’investissement qui gèrent le marché des dettes souveraines ne sont guère intéressées par la restructuration de la dette.

Les enjeux de ce sommet sont donc énormes. La France a eu recours non seulement aux responsables gouvernementaux, mais aussi aux ONG africaines, afin de garantir des décisions inclusives et réussies lors du sommet, comme l’explique l’ambassadeur d’Egypte à Paris, Alaa Youssef.

L’intérêt français à l’Afrique

Une Afrique prospère et stable signifie moins de migrants, moins de chômage et de pauvreté. Selon un sondage mené l’année dernière, la France arrive en troisième position des pays occidentaux les plus influents, après l’Allemagne et les Etats-Unis. Les chiffres de l’investissement et du commerce montrent qu’en dépit d’une détérioration relative, la France demeure une des trois plus grandes économies sur le continent européen. Le problème est qu’en l’espace de vingt ans, la France a perdu près de la moitié de ses parts de marché en Afrique au profit de la concurrence. Alors qu’elle détenait par le passé 12 % des parts de marché en Afrique, elle ne possède plus aujourd’hui que 7 %. « Les exportations françaises ont doublé sur un marché qui a quadruplé, d’où une division par deux de nos parts de marché », affirme l’ancien ministre Hervé Gaymard dans un rapport publié en 2019.

Ainsi, avec un volume de 29,4 milliards de dollars de marchandises exportées vers le continent africain en 2019, la France est désormais talonnée par les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Afrique du Sud. On est donc loin de l’image du domaine réservé, le recul français étant même plus prononcé en Afrique francophone. Ceci explique peut-être pourquoi le président Emmanuel Macron cherche des alternatives en orientant sa stratégie vers les pays anglophones, comme le note le site allemand Deutsch Welle (DW), dans une enquête à l’occasion du sommet.

Si on considère les stocks des investissements, la France est distancée par la Chine et un autre acteur auquel on pense moins souvent : les Pays-Bas. Pourquoi ce petit pays investit-il autant en Afrique ? La présence sur le sol néerlandais de nombreuses holdings et sièges de groupes internationaux, attirés par une fiscalité avantageuse, explique ce paradoxe. En fait, un rapport d’Oxfam montre que le montant des richesses qui sont sorties du continent vers les pays développés dépasse le montant total des aides au développement versées à l’ensemble des pays africains. Il s’agit d’un flux de dollars vers l’extérieur de l’Afrique estimé à 63 milliards de dollars selon les chiffres de 2014.

Quoi qu’il en soit, le sommet est une étape importante qui montre la direction que prendra le monde développé vis-à-vis des pays les moins fortunés. L’Afrique a besoin de plus d’annulations de dettes.

Qui a participé au Sommet de financement des économies africaines ?

Parmi les participants en présentiel figuraient les dirigeants représentants des cinq régions de l’Afrique: l’Egypte, le Soudan, la Tunisie, la Mauritanie, l’Angola, le Burkina Faso, la République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie, le Ghana, le Mali, le Mozambique, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, le Togo, et du côté européen, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, ainsi que l’UE.

Les dirigeants des Pays-Bas, d’Allemagne, du Japon, du Kenya, de Tanzanie et d’Afrique du Sud ont participé au sommet en vidéoconférence.

L’Onu, le FMI, l’OCDE, l’OMC, la Banque mondiale et plusieurs banques publiques internationales étaient également conviés.




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