Semaine du 19 au 25 mai 2021 - Numéro 1374
Nouveau départ pour le Soudan
  La transition démocratique au Soudan était le thème d’une conférence internationale à Paris le 17 mai. Objectif: aider ce pays à rembourser ses dettes et à réintégrer la communauté internationale.
La France va annuler sa créance de près de 5 milliards de dollars vis-à-vis du Soudan
La France va annuler sa créance de près de 5 milliards de dollars vis-à-vis du Soudan
Sabah Sabet19-05-2021

A peine libéré des sanctions américaines qui le tenaient à l’écart des marchés financiers, le Soudan prépare son retour sur la scène économique internationale. Point de départ: la Conférence internationale d'appui à la transition soudanaise qui a eu lieu lundi 17 mai à Paris au Grand Palais Ephémère, à la veille du Sommet de financement des économies africaines organisé à Paris. A l’initiative du président Emmanuel Macron, ce forum international a réuni des représentants de pays africains et européens mais aussi d’organisations internationales, comme le Fonds Monétaire International (FMI), l’Union Africaine (UA), la Banque Africaine de Développement (BAD) et la Ligue arabe, ainsi que des patrons d’entreprises françaises. Comment réinvestir le Soudan? Telle est la question qui était au centre de cette rencontre. « La tenue de la conférence est extrêmement importante, car c’est le plus grand forum international à travers lequel le Soudan est présenté au monde, après que son nom a été retiré de la liste des pays soutenant le terrorisme. Elle marque son retour à la communauté internationale », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Mariam Al-Sadeq Al-Mahdi, peu avant le départ de la délégation soudanaise à Paris. Cette délégation, présidée par Abdel-Fattah Al-Burhan, et le premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, était formée de huit ministres et d’une cinquantaine de dirigeants du secteur privé. Des membres de la société civile soudanaise ont fait aussi le déplacement à Paris pour participer à une soirée intitulée « Voix de la révolution soudanaise » organisée par le ministère des Affaires étrangères et l’Institut du monde arabe le 18 mai. En fait, le gouvernement transitoire au Soudan compte sur la conférence de Paris afin d’attirer des investissements et annuler des dettes estimées à plus de 60 milliards de dollars.

Multiples défis

Deux ans après la chute de Omar Al-Béchir, le Soudan fait toujours face à de nombreux défis. L’héritage des trois décennies de règne de Béchir, marquées par la corruption et la mauvaise gestion, ainsi que le poids écrasant des dettes et d’arriérés de 413 millions de dollars rendent la tâche particulièrement ardue pour les nouveaux dirigeants. Avant la conférence, Washington s’est engagé en janvier dernier à fournir une somme de 1,15 milliard de dollars au Soudan pour l’aider à rembourser sa dette envers la Banque mondiale. Le Royaume-Uni, la Suède et l’Irlande ont de leur côté prêté plusieurs centaines de millions de dollars pour que Khartoum régularise sa situation auprès de la BAD. En janvier, la France, qui a affiché son « soutien inconditionnel à la transition démocratique » au Soudan, s’est dite prête à accorder un prêt-relais pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars afin d’aider Khartoum à rembourser ses arriérés au FMI. « La France veut assurer une transition réussie au Soudan vers un régime plus prospère et plus stable. Le Covid-19 rend cet objectif difficile pour une économie qui subit une inflation de 300% et un recul du PIB de 8,4 % », explique Ibrahim Badawi, ex-ministre soudanais des Finances, lors d’un entretien qui sera publié la semaine prochaine.

L’Egypte, pour sa part, a déclaré son intention de participer à l’initiative du règlement des dettes soudanaises. C’est ce que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a affirmé dimanche à la veille de la conférence, lors de sa rencontre avec le chef du Conseil souverain de transition soudanais. « L’Egypte s’est engagée à déployer tous ses efforts possibles dans le but de soutenir les mesures prises par le gouvernement soudanais, visant à parvenir à la stabilité économique, à se débarrasser de ses dettes accumulées et à réduire son fardeau financier. L’Egypte participera à l’initiative internationale de règlement de la dette du Soudan et en utilisant sa quote-part auprès du FMI pour faire face aux créances douteuses », a déclaré le président, en soulignant la volonté de l’Egypte de transférer son expérience en matière de réforme économique et de formation des cadres soudanais.

L’Egypte, qui a hébergé pendant des années les flux de réfugiés de deux longues guerres civiles qui ont eu lieu durant le règne de Béchir, tient à un Soudan fort et stable. Le Caire et Khartoum font actuellement face à une menace commune, celle du barrage de la Renaissance construit et rempli par l’Ethiopie à un rythme qui porte atteinte à leurs populations.

En fait, les opportunités d’affaires et d’investissement au Soudan sont nombreuses, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie, des infrastructures et des transports. En outre, le Soudan fait désormais figure de bon élève du FMI, qui a renouvelé le 10 mai son soutien aux réformes entreprises par les autorités et a annoncé un plan de financement ouvrant la voie à l’allégement de la dette. « C’est une étape cruciale pour aider le Soudan à faire progresser le processus de normalisation de ses relations avec la communauté internationale », a commenté Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI.




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