Semaine du 19 au 25 mai 2021 - Numéro 1374
Sama Soliman : Pour la France, l’Egypte est le portail du continent africain
  Sama Soliman, vice-présidente de la commission des affaires étrangères au Sénat, revient sur la participation de l’Egypte au Sommet de financement des économies africaines en France.
Sama Soliman
Propos recueillis par Nada Al-Hagrassy19-05-2021

Al-Ahram Hebdo : Quelle est l’importance de ce sommet à l’heure où le continent fait face à la pandémie ?

Sama Soliman: La tenue de ce sommet est très importante puisqu’elle intervient à un moment où les répercussions économiques et sanitaires causées par la pandémie ont provoqué un net ralentissement des économies subsahariennes de 1,9 % en 2020. Il s’agit de la première récession du continent africain depuis 25 ans. En outre, il est prévu que ces pays ne se remettront de cette crise que bien après les autres pays du monde.

Pour la France, ce sommet constitue une chance pour renforcer ses relations avec les pays africains. La stratégie de l’aide au développement en Afrique joue un rôle central dans la politique étrangère française. Elle consiste à accorder plus de dons que de prêts. C’est pourquoi le volume des aides octroyées par la France aux pays subsahariens et à Haïti a atteint 12,8 milliards d’euros en 2020 dans des domaines comme la lutte contre la pauvreté, la santé, l’éducation, le climat et l’égalité entre hommes et femmes.

Quant à l’Egypte, qui est un pays africain axial, elle tient fermement aux objectifs de l’Agenda « Afrique 2063 ». Elle aspire également à tirer profit de la zone du libre-échange continentale africaine pour attirer les investissements européens, notamment français.

— Le président français, Emmanuel Macron, a appelé à un nouvel accord de financement des économies africaines. De quoi s’agit-il ?

— L’objectif de ce sommet est de mettre en place un soutien financier et technique pour annuler les dettes des pays africains et améliorer le climat des affaires. Selon les analystes financiers, il est aujourd’hui impératif de mettre en place une stratégie de financement plus globale pour s’attaquer à la question de la dette. Ce qui exige des aides financières plus importantes pour renforcer le secteur privé et augmenter l’attractivité économique du continent, ce qui permettra d’attirer de nouvelles sources de financement. Le FMI a en fait consacré quelque 23 milliards de dollars au développement en Afrique. Le sommet a discuté également des moyens de financer les moyennes et petites entreprises moyennant des garanties de prêts.

— Quels sont les enjeux de la présence politique, économique et sécuritaire française sur le continent africain ?

— L’Afrique fait toujours partie de l’espace vital de la France. Paris veut renforcer son rôle sur la scène internationale et protéger ses intérêts économiques vitaux tout en garantissant l’accès aux ressources naturelles qui sont nécessaires au développement de l’industrie lourde et l’industrie nucléaire. Par exemple, la présence militaire à Djibouti permet à la France de surveiller l’entrée sud de la mer Rouge, cette voie navigable stratégique et commerciale. De plus, la présence française en Afrique subsaharienne lui permet de faire une sorte d’équilibre avec le rôle américain dans cette région et de former une ceinture protectrice autour des pays du Sahel pour empêcher l’infiltration de l’islam politique dans le Sud, et ce, à travers le renforcement de ses alliances avec les pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Politiquement, la France soutient également les questions africaines dans les forums internationaux, notamment au sein des Nations-Unies.

Du point de vue économique, la relation entre la France et l’Afrique subsaharienne repose sur quatre axes essentiels, à savoir les échanges commerciaux avec quelque 13,5 milliards de dollars d’exportations françaises, les investissements (1500 filiales de compagnies françaises travaillent dans les marchés subsahariens), la zone franche qui regroupe quelque 16 pays du centre et de l’ouest de l’Afrique et enfin la sécurité. La France a signé 22 accords de coopération militaire avec l’Afrique subsaharienne (aide militaire et technique, offre de bourses d’études militaires, etc.). Certains de ces accords portent sur des domaines civils comme la santé publique, le forage des puits et l’infrastructure.

— Pensez-vous que l’Egypte ait une importance en tant que point d’entrée pour les entreprises françaises vers les marchés africains ?

— Pour la France, l’Egypte est le portail du continent africain. La politique africaine de l’Egypte est basée sur des stratégies et des plans d’action inspirés de la vision « Afrique 2063 ». Le développement démographique en Afrique, qui atteindra plus d’un milliard d’habitants d’ici 2040, exige la mise en place d’infrastructures d’un coût estimé à 90 milliards de dollars. Ainsi, la France et l’Egypte peuvent coopérer dans ce domaine en profitant des accords de libre- échange africains.

— En ce qui concerne les relations bilatérales, quels sont les dossiers les plus importants qui se trouvent actuellement au centre des intérêts des deux présidents ?

— La question palestinienne qui passe aujourd’hui par ses moments les plus difficiles figure assurément au centre des préoccupations des deux présidents. La France soutient les tentatives égyptiennes visant à calmer la situation dans les territoires palestiniens. La crise libyenne est un autre dossier d’intérêt commun. La coordination continue entre les deux pays au plus haut niveau a énormément contribué à rétablir la stabilité en Libye et à lancer la période transitoire. Sur le plan militaire, l’Egypte vient de signer un contrat pour l’achat de 30 avions Rafale. Depuis 2015, l’Egypte a conclu plusieurs contrats d’armement avec la France. Ces accords reflètent la profondeur des relations stratégiques entre les deux pays et le soutien apporté par la France à l’Egypte.




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