Semaine du 5 au 11 mai 2021 - Numéro 1373
Descente dans le monde de l’extrémisme
  Diffusée sur la majorité des télévisions arabes, la série Al-Qahéra-Kaboul (Le Caire-Kaboul) brosse le portrait d’une communauté égyptienne et arabe tiraillée entre terrorisme ardu et libéralisme démesuré. Une oeuvre qui suscite un vif débat.
Descente dans le monde de l’extrémisme
Tareq Loutfi dans la peau du terroriste cheikh Ramzi.
Yasser Moheb05-05-2021

L’art restera toujours le moyen le plus efficace pour faire face au fanatisme, corriger l’Histoire et instruire honnêtement les générations à venir. Le feuilleton Al-Qahéra-Kaboul (Le Caire-Kaboul), l’une des téléséries présentées durant ce mois du Ramadan, plonge dans le monde des extrémistes islamistes et leurs philosophies erronées, afin de les réfuter.

Réalisée par Hossam Ali et écrite par Abdel-Réhim Kamal, cette série télévisée est interprétée par Tareq Loutfi, Khaled Al-Sawi, Fathi Abdel-Wahab, Hanane Motawie, Nabil Al-Halafawi et Ahmad Rizq. Les épisodes sont assez controversés en raison de la ressemblance entre Tareq Loutfi et le célèbre terroriste Ossama Bin Laden et celle entre les autres protagonistes et des personnages réels bien connus. L’oeuvre met la lumière sur les actes terroristes dont a souffert la société égyptienne et arabe durant les trois dernières décennies. D’après le scénario annoncé comme fictif, quatre amis se retrouvent à nouveau après de longues années de séparation, durant lesquelles chacun a fait une carrière différente des autres. Il s’agit d’un islamiste devenu chef d’une cellule terroriste mondiale qui siège à Kaboul, interprété par Tareq Loutfi, un homme de médias, joué par Fathi Abdel-Wahab, un officier des forces de sécurité, campé par Khaled Al-Sawi, et un artiste, joué par Ahmad Rizq, invité d’honneur du feuilleton. Et c’est autour de ces quatre personnages et leurs relations que le script redessine le tableau de la société égyptienne et arabe qui a souffert des malheurs du terrorisme.

Le scénariste Abdel-Réhim Kamal renoue dans cette série avec son espace dramatique préféré : celui des trames sociales mêlées aux faits et aux actes historiques. Là, il mélange des faits et des personnages dans un but de divertissement dramatique avec des clins d’oeil sur le passé et le présent des protagonistes, des scènes mises en parallèle entre le comportement de chacun des personnages, anciens amis devenus complètement opposés. Toutefois, cette technique recule souvent pour que le cinéaste se concentre sur l’action.

Le réalisateur plonge parfois dans des clichés déjà vus et remâchés dans tant d’oeuvres du genre, voire dans ses propres oeuvres, surtout lorsqu’il s’agit des comportements parfois trop théâtraux des vilains.

Regarder l’Autre droit dans les yeux

Côté scénario, le mot d’ordre est avant tout la documentation indirecte, voilée par la fiction. Le scénario est riche donc dans sa manière de mêler les idées, mais parfois flou. Par ailleurs, les épisodes, surtout les 15 premiers, prennent rapidement un rythme posé et le gardent jusqu’au bout, ce qui a un double effet : on ne s’ennuie pas trop durant les événements, mais on a l’impression que les épisodes perdent parfois le fil et ne savent plus ce qu’ils cherchent à raconter.

Loin du débat sur la véracité des détails qui se rapportent aux protagonistes et la relation entre la politique, le capital et les médias, dont la référence reste la responsabilité ultime du scénariste, le plus remarquable dans cette oeuvre est qu’elle attaque tant d’idées parfois d’une façon très directe et en regardant l’Autre droit dans les yeux. Bien que fictifs, beaucoup de détails ont suscité un grand débat sur leurs sources et leur crédibilité. L’aplomb dans cette oeuvre réside, entre autres, dans le recours à des visages frais et neufs, même s’ils ne sont pas toujours les meilleurs dans leurs rôles.

Des têtes d’affiche averties

Descente dans le monde de l’extrémisme

Le vrai challenge d’Al-Qahéra-Kaboul (Le Caire-Kaboul) était essentiellement dans l’interprétation. Tareq Loutfi a passé un an entre préparations et tournage pour avoir la crédibilité de raconter les histoires politico-idéologiques vécues par le protagoniste, cheikh Ramzi.

Il reste d’ailleurs un superbe travail d’acteurs, et surtout d’actrices, qui caractérise la majorité des épisodes. Le jeu des acteurs et cette manière d’entrer sur la pointe des pieds dans des événements particuliers rendent bien clair le travail du réalisateur avec ses héros.

Une note spéciale va à la comédienne Hanane Motawie, toujours aussi fraîche avec une grande présence et un visage si humain, et au comédien Fathi Abdel-Wahab qui a saisi très bien son caractère et l’a rendu aisément tangible. Ce sont deux artistes dont les personnages ont nécessité une certaine finesse dans l’interprétation et ils ont été à la hauteur. On sent également l’effort déployé par les autres comédiens, dont Khaled Al-Sawi, toujours fidèle à son style sans trop d’artifices, Nabil Al-Halafawi, celui de tous les jours et de tous les anciens succès, Ahmad Rizq dans des scènes peu nombreuses, mais qui lui garantissent la sympathie du public et, enfin, Chérine dans le rôle d’une dame douce et amoureuse quoique plus ou moins âgée.

Du côté de la réalisation, le tout est presque irréprochable. On se trouve face à des scènes basées essentiellement sur la prestation allant presque toujours en crescendo, ce qui offre beaucoup d’intérêt à cette oeuvre, arrivant à l’apogée fictive sans grande prétention. La technique du suspense est réussie et toujours dominante elle aussi.

Al-Qahéra-Kaboul restera l’une des oeuvres les plus importantes de la scène dramatique égyptienne.


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