Semaine du 5 au 11 mai 2021 - Numéro 1373
Budget : Indices prometteurs
  Le budget 2021-2022, en discussion au parlement, prévoit une baisse du déficit à 6,7 % et un excédent primaire de 1,5 %. Une hausse des salaires et des investissements publics est également à l’ordre du jour. Explications.
Budget : Indices prometteurs
Les subventions des produits pétroliers vont baisser du tiers dans le nouveau budget. (Photo : Bassam Al-Zoghbi)
Gilane Magdi05-05-2021

Le parlement a commencé la semaine dernière la discussion du projet de budget pour l’exercice financier 2021-2022 qui doit entrer en vigueur début juillet. C’est le second budget sous la pandémie de Covid-19. Il prévoit un taux de croissance de 5,4 % contre 2,8 % en 2020-2021, un recul de la dette publique par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB), ainsi qu’une hausse des investissements publics. Le taux de croissance prévu dans le budget est supérieur aux prévisions des banques d’investissement Prime Holding et Beltone. « Nous prévoyons un taux de croissance de 5,1 % seulement. Mais le gouvernement pense pouvoir réaliser ses prévisions budgétaires avec le rebond de l’économie égyptienne qui se rétablit de la pandémie », estime Mona Bedeir, économiste auprès de Prime Holding. Les estimations de Beltone sont moins optimistes, prévoyant une croissance de 4,6 % seulement en 2021-2022. « La vision gouvernementale est très optimiste. Le niveau de productivité dans le pays n’a pas encore atteint les niveaux d’avant la pandémie. Le secteur des services, à titre d’exemple, ne reprendra pas son activité avant le début de l’année prochaine en raison de la hausse des cas de contamination au coronavirus dans le pays », note à l’Hebdo Alia Mamdouh, économiste en chef auprès de Beltone.

Le nouveau budget prévoit également une chute du déficit budgétaire à 6,7 % contre 7,7 % prévu pour l’exercice en cours et un excédent primaire de 1,5 % contre 0,9 % prévu en 2020-2021. Le gouvernement a basé ses estimations sur les prévisions de la reprise de la croissance économique mondiale, en prévoyant un contrôle de la pandémie et une accélération du programme de vaccination partout dans le monde, ainsi qu’en Egypte. « Il est prévu que le taux de croissance de l’économie mondiale atteindra 6 % en 2021 contre une contraction de 3,3 % en 2020. Le commerce mondial va connaître une croissance de 8,4 % en 2021 contre une contraction de 8,5 % en 2020 », selon le budget.

En se basant sur ces estimations, le gouvernement prévoit une hausse des revenus étatiques de 17,7 % pour atteindre 1 315 milliards de L.E. dans le nouveau projet de budget contre 1 117 milliards de L.E. l’année en cours. Selon le budget, la majeure partie des revenus (soit 74,7 %) provient des recettes fiscales, qui doivent atteindre 983 milliards de L.E. dans le nouveau budget contre 964 milliards de L.E. en 2020-2021. « La hausse prévue des recettes fiscales paraît plus logique et non exagérée cette année par rapport à l’année passée (qui n’avait pas pris en considération les répercussions de la pandémie). Elle est en ligne avec les réformes structurelles du système fiscal liées au paiement électronique des impôts et des taxes, entraînant une hausse des recettes », note Mona Bedeir.

L’objectif du gouvernement est de poursuivre la tendance établie il y a quelques années de réaliser une croissance des revenus supérieure à celle des dépenses, afin de réduire le déficit. « Le nouveau budget vise une croissance des recettes supérieure à celle des dépenses, afin de réduire l’écart entre les deux », a déclaré le ministre des Finances, Mohamad Maeit, dans un communiqué de presse publié la semaine dernière. Tandis que le taux de croissance des revenus atteindra 17,7 % dans le nouveau budget, celui des dépenses sera de 13,1 % en 2021-2022 contre 12,5 % en 2020-2021. Les dépenses publiques vont augmenter à 1 827 milliards de L.E. dans le nouveau budget (contre 1 614 milliards de L.E. dans l’exercice en cours). Le gouvernement veut réaliser l’excédent primaire de 1,5 % et réduire la dette publique par rapport au PIB. Le service de la dette se taille la part du lion des dépenses, puisqu’il est prévu qu’il atteindra 579 milliards de L.E. contre 556 milliards de L.E. pendant l’exercice en cours. Il représente ainsi 32 % des dépenses de l’Etat. Le ministère des Finances entend réduire la dette publique totale à 89,5 % du PIB dans le nouveau projet de budget contre 89,8 % prévu pour l’exercice en cours, dans l’espoir de la voir descendre sous la barre des 85 % en 2023-2024. « Pour réaliser cet objectif, le gouvernement prévoit un excédent primaire de 2 % dès 2022-2023 à travers l’augmentation des revenus et la réforme des dépenses en accroissant les dépenses consacrées à la création d’emplois et à la production », selon le budget.

Baisse des subventions sur les produits pétroliers

Pour freiner la hausse des dépenses, le gouvernement cherche à réduire le taux de croissance de certains éléments des dépenses publiques, comme les salaires, les rémunérations (qui vont croître de 11,4 % en 2021-2022 contre 23 % en 2020-2021) et les subventions (qui vont croître de 5,2 % seulement dans le nouveau budget contre 23,1 % dans le budget en cours).

Les salaires et les rémunérations (qui représentent 19,7 % du total des dépenses) s’élèvent à 361 milliards de L.E. en 2021-2022 contre 324 milliards de L.E. en 2020-2021. « La majeure partie de l’augmentation des salaires est destinée à améliorer les salaires des fonctionnaires de grade moyen et les revenus des employés dans les secteurs de la santé et de l’éducation », selon le budget. Mona Bedeir note que l’augmentation des salaires l’année prochaine sera supérieure au taux d’inflation qui atteindra 7 % selon les prévisions. « Cela signifie qu’il y aura une augmentation réelle dans les revenus et donc, la consommation des ménages va augmenter », renchérit-elle.

Au niveau des subventions et des programmes de protection sociale, ils vont augmenter de 8,5 % pour passer à 321 milliards de L.E. contre 305 milliards de L.E. dans le budget 2020-2021. Le budget prévoit aussi une augmentation des subventions des produits alimentaires de 3,2 % pour atteindre 87,2 milliards de L.E. contre 84,2 milliards de L.E. dans l’exercice actuel. Quant aux subventions des produits pétroliers, elles vont baisser de 34,7 % pour atteindre 18 milliards de L.E. en 2021-2022 contre 28 milliards de L.E. en 2020-2021. « Il semblerait que le gouvernement veuille réduire l’importation des bonbonnes de gaz, qui s’empare de presque le quart des subventions à l’énergie. Cela en assurant aux domiciles l’accès au réseau de gaz naturel », indique Alia Mamdouh. Les allocations de la santé et de l’éducation ont atteint respectivement 108 milliards de L.E. et 172 milliards de L.E. dans le nouveau budget contre 93,5 milliards de L.E. et 157,5 milliards de L.E. respectivement dans le budget en cours.

Le nouveau budget est axé aussi sur la relance de l’activité économique, en particulier dans les secteurs de l’industrie et des exportations. « Le ministère des Finances versera 6 milliards de L.E. l’année prochaine aux banques dans le cadre de l’initiative prévoyant le remboursement des arriérés dus aux exportateurs. Ces sommes doivent atteindre entre 20 et 25 milliards de L.E. en 2020-2021 », selon le budget. De même, le nouveau budget continuera à subventionner partiellement l’électricité et le gaz naturel, soit un total de 9 à 10 milliards de L.E. en vue de soutenir les usines et réduire les coûts de production.

« Espérons que les prévisions optimistes du gouvernement se réaliseront », note Mona Bedeir, expliquant qu’il y a toujours des risques à relever comme les risques géopolitiques liés au dossier du Haut-Barrage et la fluctuation des cours mondiaux du pétrole et des céréales. « Le gouvernement a calculé le budget sur la base de 60 dollars le baril. Jusque-là, les estimations sont raisonnables, mais il est difficile de prévoir ce qui arrivera dans le futur proche », conclut Mona Bedeir.

Hausse de 50 % des investissements publics

Le nouveau budget table sur la hausse des investissements publics afin de moderniser l’infrastructure nécessaire à l’amélioration des services publics. Le montant des investissements augmentera de 54 % pour atteindre 358,1 milliards de L.E. dans le nouveau budget contre 231,8 milliards de L.E. dans l’exercice en cours. Le plan de développement socioéconomique de 2021-2022, annoncé la semaine dernière par la ministre de la Planification, Hala Al-Saïd, prévoit des projets publics dans différents domaines comme l’agriculture, le transport, la santé et l’éducation. « Nous visons des investissements à hauteur de 1 300 milliards de L.E., dont 358 milliards sont consacrés à 12 000 projets dans toute l’Egypte », a déclaré Hala Al-Saïd. Selon le plan, 38 % des investissements seront consacrés aux secteurs de l’industrie, de l’agriculture et de la construction. Quant à la santé et l’éducation, elles bénéficieront de 27 % du montant des investissements prévus dans le plan. Le rapport indique que la plupart des projets dans le nouveau plan de développement visent à réaliser l’initiative du président Abdel-Fattah Al-Sissi « Vie décente », à mettre en oeuvre le projet national de développement des villages et à créer des universités dans la plupart des gouvernorats.

Diversifier les sources de financement

Le ministère des Finances entend diversifier les sources de financement de la dette et du déficit budgétaire qui s’élèvent à 1 068 milliards de L.E. dans le nouveau budget contre 997 milliards de L.E. dans l’exercice en cours. La majeure partie de cette somme sera financée par l’endettement intérieur, soit 990 milliards de L.E., et l’endettement extérieur, soit 78 milliards de L.E. (66 milliards de L.E. seront empruntés sur les marchés internationaux par l’émission des obligations internationales et 12 milliards de L.E. seront empruntés aux institutions internationales). « Avec la réussite du programme de réforme économique et la baisse des taux d’inflation, les taux d’intérêt sur les titres d’endettement gouvernementaux ont baissé à 14,5 % actuellement contre 17,8 % en 2017. Ce qui a permis au ministère des Finances d’augmenter l’émission des obligations à moyen et à long terme à la place des titres gouvernementaux à court terme », selon le budget.


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