Semaine du 21 au 27 avril 2021 - Numéro 1371
Russie-Etats-Unis : Retour des vieux démons ?
  Sanctions américaines contre la Russie, expulsion de diplomates américains par Moscou : les Etats-Unis et la Russie se sont engagés dans un nouveau bras de fer. Washington et Moscou se disent cependant ouverts à un sommet Biden-Poutine.
Russie-Etats-Unis : Retour des vieux démons ?
Malgré les tensions russo-américaines, un sommet Biden-Poutine, dans les prochains mois dans un pays tiers, a été proposé par Washington. (Photo : AFP)
Abir Taleb avec agences21-04-2021

On se serait cru dans l’un des épisodes de la Guerre froide. C’est en effet une crise digne de cette époque entre les Etats-Unis et la Russie. Les relations américano-russes, qui n’ont cessé de se dégrader sur fond d’accusations par Washington d’ingérence dans l’élection présidentielle américaine de 2020, d’espionnage et de cyberattaques, ont franchi cette semaine une nouvelle étape avec l’expulsion, par Moscou, de diplomates américains, une riposte aux sanctions imposées par Washington. Les deux puissances rivales soufflent le chaud et le froid, annonçant coup sur coup sanctions et contre-sanctions, tout en assurant vouloir une désescalade des tensions et en envisageant ouvertement un prochain sommet entre Vladimir Poutine et Joe Biden.

Tout a commencé lorsque le président américain, Joe Biden, a annoncé, jeudi 15 avril, des sanctions contre plusieurs personnes et entités russes, l’expulsion de dix diplomates russes et l’interdiction faite aux banques américaines d’acheter directement de la dette émise par la Russie après le 14 juin prochain. Selon Washington, ces sanctions sont une riposte au gigantesque cyberattaque de 2020, dont la Russie a été accusée et ayant utilisé comme vecteur SolarWinds, un éditeur américain de logiciels dont un produit a été piraté pour introduire une faille chez ses utilisateurs, y compris plusieurs agences fédérales américaines. Directement mis en cause par Washington, le renseignement extérieur russe a parlé de « délires ».

Le lendemain, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a décidé, vendredi, d’expulser à son tour dix diplomates américains et dévoilé diverses restrictions qui compliqueront la vie des représentations américaines en Russie, ainsi que l’interdiction sur son territoire des fondations et ONG américaines qui « s’ingèrent ouvertement » dans sa politique intérieure. Plusieurs membres du gouvernement de Joe Biden ne seront en outre plus autorisés à se rendre en Russie : il s’agit des ministres de la Justice, de la Sécurité intérieure, de la conseillère en politique intérieure, du patron du FBI et de la directrice du renseignement. Et ce n’est pas tout. Sergueï Lavrov a également annoncé que Moscou avait « recommandé » à l’ambassadeur des Etats-Unis, John Sullivan, de rentrer à Washington pour « des consultations approfondies et sérieuses ». L’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, a, quant à lui, été rappelé dans son pays dès le 17 mars, après que Joe Biden avait qualifié Vladimir Poutine de « tueur ». Et selon Lavrov, Moscou se réserve même le droit de prendre d’autres « mesures douloureuses » visant les entreprises américaines, mais les « garde en réserve ».

Attaques, contre-attaques et main tendue

Le ton n’est donc pas à la retenue. Vendredi 16 avril, Washington a dénoncé « une escalade regrettable » de la part du gouvernement russe, menaçant même Moscou d’une énième contre-attaque. « Il n’est pas dans notre intérêt d’entrer dans un cycle d’escalade des tensions, mais nous nous réservons le droit de répondre à toutes représailles russes contre les Etats-Unis », a dit un porte-parole de la diplomatie américaine.

Et pourtant, avant la contre-attaque, c’était la main tendue. Joe Biden a renouvelé, jeudi 15 avril, son offre d’un sommet avec son homologue russe « cet été en Europe » pour « lancer un dialogue stratégique sur la stabilité ». Le Kremlin s’était montré plutôt satisfait des propos de Biden, qui estime que « le moment de la désescalade est venu ». « Le président Poutine a (le premier) parlé de la nécessité de normaliser les relations et d’une désescalade », a répondu le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Il a jugé « positif » que les « points de vue des deux chefs d’Etat coïncident ». Le ministère russe des Affaires étrangères a lui aussi annoncé, vendredi, voir « de manière positive » l’idée américaine d’un sommet entre les présidents russe et américain. La proposition est « à l’étude actuellement » à Moscou.

Cela dit, les sanctions annoncées par Washington confirment le virage promis par Joe Biden vis-à-vis de Moscou. Après avoir accusé Donald Trump de complaisance envers Vladimir Poutine, Joe Biden avait promis de se montrer plus ferme à l’égard de ce dernier. Lors d’une entrevue récente, il a même déclaré que le président russe pouvait être qualifié de « tueur ». Et ces nouvelles tensions sont intervenues alors qu’un autre bras de fer oppose la Russie à l’Occident au sujet de l’Ukraine (voir encadré). Depuis 2014, la Russie et les Etats-Unis ont vu leurs relations considérablement se dégrader à cause de l’annexion russe de la péninsule ukrainienne de Crimée. Ces derniers jours, l’Ukraine a reproché à Moscou de chercher un casus belli pour l’envahir, quant à la Russie, elle a affirmé que Kiev préparait une offensive contre les séparatistes pro-russes de l’Est ukrainien.

Une escalade est donc possible. Malgré tout cela, rien n’exclut la possibilité que Biden et Poutine finissent par opter pour une approche plus conciliante l’un envers l’autre, et même par se rencontrer à l’occasion d’un sommet.


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