Semaine du 21 au 27 avril 2021 - Numéro 1371
Caire historique : Un développement à multiples dimensions
  L’Egypte s’apprête à lancer plusieurs projets de réaménagement au Caire historique dans le cadre d’une stratégie globale visant à redonner à cette région sa splendeur d’antan. Explications.
Caire historique : Un développement à multiples dimensions
Amira Samir21-04-2021

Le coup d’envoi du projet de développement du Caire historique est lancé. Le 15 avril, le Conseil des ministres annonce que la région de Fostat sera le premier noyau du projet de développement du Caire historique. Selon un communiqué de la présidence, « le président Abdel-Fattah Al-Sissi a donné ses directives afin de développer la zone du jardin de Fostat, de rétablir l’aspect culturel de la région et d’augmenter les espaces verts ». Ce projet de développement du Caire historique, annoncé par l’Etat il y a quelques mois, comprend le réaménagement des quartiers historiques, ainsi que la restauration et la réhabilitation de centaines d’antiquités et de monuments islamiques et coptes. Le Caire historique comprend les quartiers de Fostat, du Vieux Caire, ainsi que la région centrale qui comprend Al-Qataea, la ville royale toulounide, la zone de la Citadelle, Al-Darb Al-Ahmar, Le Caire fatimide, le port de Boulaq et la mosquée d’Al-Goyouchi. La région du Caire historique est unique en raison de son architecture diversifiée. Elle rassemble de nombreux exemples architecturaux des époques romaine, omeyyade, toulounide, fatimide, ayyoubide, mamelouke et ottomane. Quant à la région de Fostat, choisie comme point de départ du projet, elle deviendrait un immense parc historique de 300 feddans (soit 6 fois la superficie du parc d’Al-Azhar), pour devenir ainsi le coeur vert du Caire et un poumon pour les habitants et les visiteurs du Caire historique. « Quand Amr Ibn Al-As est arrivé en Egypte, il a créé la mosquée qui porte son nom et la ville de Fostat, qui sera le premier noyau du projet de développement du Caire historique », explique Mohamad Al-Khatib, l’ingénieur consultant du projet, en affirmant que l’Etat attache la plus haute importance au développement du Caire historique. Il explique comment la région est restée négligée pendant plusieurs années jusqu’à ce que les bidonvilles s’y soient développés.

Philosophie de développement

« L’Etat a concilié développement et modernisation des sites archéologiques uniques pour faire de la région un musée à ciel ouvert illustrant les civilisations ancienne et contemporaine du pays », telle est la philosophie de développement du Caire historique comme l’a expliqué le président Abdel-Fattah Al-Sissi lors de sa rencontre avec la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, le 4 avril.

En fait, Le Caire historique est l’une des villes patrimoniales les plus importantes au monde. Il s’agit d’une ville vivante riche en monuments architecturaux et artistiques datant de l’époque romaine jusqu’à la dynastie de Mohamad Ali. Raison pour laquelle le site est inscrit sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’Unesco depuis1979. Il abrite 537 bâtiments inscrits sur cette liste. Un trésor culturel qui doit être préservé.

Importance du dialogue social

Le 13 mars dernier, le premier ministre, Moustapha Madbouli, accompagné d’experts en architecture, d’archéologues et de planificateurs, s’est rendu au Caire islamique et a tenu un dialogue ouvert avec de nombreux commerçants et artisans, ainsi qu’avec les habitants de la région sur le projet de développement du Caire historique. Madbouli a déploré l’état lamentable des quartiers historiques et des monuments, en affirmant l’intention de l’Etat de s’attaquer à tous les problèmes dont souffre la région historique du Caire. « Le Caire historique souffre de nombreux problèmes, avec en tête la présence d’eaux souterraines sous les bâtiments historiques et les embouteillages. Le gouvernement mène ce dialogue social avec les experts et les habitants de la région pour expliquer le projet qui sera mis en place. L’objectif est le développement dans l’intérêt du pays et des citoyens », a expliqué Madbouli. Et d’ajouter que le projet comprend la revitalisation des bâtiments patrimoniaux de valeur et leur intégration dans le tissu urbain historique, ainsi que la réhabilitation des bâtiments qui sont dans un bon ou un moyen état pour améliorer le caractère urbain de la région. Ce qui est remarquable dans ce projet est que la politique de développement entreprise par le gouvernement est basée sur « le partenariat communautaire », afin de parvenir aux meilleurs résultats possibles tout en réalisant la satisfaction des citoyens.

La tournée du premier ministre, Moustapha Madbouli, pour inspecter les zones de développement et son dialogue communautaire avec les habitants de la région, les commerçants et les experts étaient, selon beaucoup d’observateurs, « remarquables et sans précédent en Egypte ».

En premier lieu, ce dialogue a pour objectif de rassurer toutes les parties. Le premier ministre a nié les fausses informations sur l’intention du gouvernement de démolir les maisons anciennes des habitants ou de transférer les activités artisanales vers d’autres endroits. Il a aussi rassuré les archéologues et les architectes que le développement n’avait d’autre but que la préservation de l’histoire de l’Egypte tout en prenant soin des habitants. « La valeur de la région émane des personnes et de l’artisanat traditionnel que nous cherchons à développer et à faire progresser de différentes manières. Il ne s’agit nullement de les en retirer, car ces régions sont liées aux activités et à l’artisanat pour lesquels elles sont célèbres. Personne ne sera expulsé », a indiqué Madbouli, qui a également souligné que les propriétaires des magasins qui vivent dans des bâtiments délabrés seront indemnisés, et que les travaux d’aménagement visent à augmenter le nombre de magasins. « Des responsables seront présents sur le terrain, au quotidien, afin d’écouter les problèmes et de travailler à leur résolution. La priorité sera accordée aux habitants de la région pour obtenir des unités commerciales et artisanales qui seront créées dans le cadre du projet, qui vise également à développer les industries et l’artisanat traditionnels présents dans les régions historiques, afin de pouvoir les transmettre à travers les générations », affirme-t-il.

Par ailleurs, le premier ministre a annoncé la création d’une entité institutionnelle chargée de gérer Le Caire historique et de le préserver en tant que bien culturel important. Cette entité sera responsable de tous les détails administratifs liés à la région, et elle sera en contact direct avec l’Unesco. Il a aussi souligné que le projet est entièrement financé par l’Etat. « Les habitants de la région étaient terrifiés et dans une grande colère avant la visite du premier ministre à cause des rumeurs qui circulaient. Il était donc important que le premier ministre transmette le message du président Sissi aux habitants et clarifie toutes les questions liées au développement. Il était aussi important de leur faire comprendre que les habitants et les artisans de la région participeront à ce développement », souligne Mohamad Al-Khatib.

Les experts s’expriment

Au cours de la visite du premier ministre, un groupe d’experts en urbanisme et en archéologie a souligné la nécessité de développer l’être humain lui-même, d’améliorer la qualité des produits artisanaux pour qu’ils soient capables de faire face à la concurrence mondiale, tout en exploitant les lieux touristiques et en assurant la disponibilité d’ateliers pour les artistes internationaux qui veulent exercer leur métier de peintre dans les zones archéologiques. Les experts et les archéologues ont présenté leur vision et de nombreuses propositions pour réhabiliter la région, lui redonner sa splendeur. Des archéologues ont proposé la création d’une école d’artisanat pour la restauration minutieuse des antiquités, afin de former les jeunes et fournir des artisans qualifiés dans le domaine, en coopération avec des organismes internationaux spécialisés. « Le travail dans Le Caire historique dans la période à venir sera sans précédent. Tous les projets exécutés ces derniers temps se limitaient à la restauration d’un monument ou d’une rue comme celle d’Al-Moez, ou celle d’Al-Darb Al-Asfar, mais la vision actuelle de l’Etat est un projet complet. Le projet comprendra le développement de 7 zones. Le travail se déroulera dans toute la région et les axes les reliant. Il comprend la restauration des monuments, le développement communautaire, la relance de l’artisanat et l’amélioration du niveau de vie des habitants », révèle Mohamad Al-Khatib.

De son côté, l’architecte Salah Zaki a présenté un rapport expliquant le plan de réhabilitation et de restauration de la zone résidentielle autour de la mosquée d’Al-Hussein et de la région d’Al-Gamaliya inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. « La région d’Al-Hussein est émotionnellement liée à la vie des Egyptiens, et nous sommes impatients d’entamer son développement, qui comprendra la création de Khan Al-Hussein pour l’artisanat, qui renfermera à son tour un hôtel 4 étoiles Mossaferkhana, des bazars, des restaurants et une école d’artisanat pour l’enseignement et la formation des artisans, pour faire revivre ces métiers, à l’instar de l’école Jameel House à Fostat. Le plan comprend également la restauration des maisons patrimoniales et des rues », annonce Salah Zaki, en précisant qu’il existe 35 maisons patrimoniales en pierre qui sont en cours de réhabilitation et d’entretien, tout en étudiant l’amélioration des façades des 200 bâtiments du quartier.

« Le gouvernement s’efforce de redonner au Caire sa splendeur d’antan grâce à la restauration de ses monuments et bâtiments historiques tout en supprimant tous les aspects négatifs, ainsi que tout empiètement sur ces zones », indique Madbouli, en affirmant que même si l’Etat construit une Nouvelle Capitale administrative, il continuera à développer les villes les plus anciennes comme Le Caire, Alexandrie et Port-Saïd pour sauver le patrimoine et le confier aux nouvelles générations. « Un beau rêve qui se réalisera en peu de temps », conclut Madbouli.


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