Semaine du 14 au 20 avril 2021 - Numéro 1370
L’art de la gestion des crises
Abdel-Moneim Saïd14-04-2021
 
 

Le mois de mars n’a pas été facile. Après le navire Ever Given qui a bloqué le cours du Canal de Suez, sont sur­venues plus d’une catastrophe. Une coalition ferroviaire a fait des dizaines de morts et de blessés, l’ef­fondrement d’un immeuble à l’ouest du Caire a aussi fait de nombreuses victimes alors qu’une jeune fille s’est donné la mort en roulant à toute vitesse en sens interdit sur la route de Galala. Les Egyptiens ont bravement réussi à débloquer le navire qui entravait la navigation dans le Canal de Suez. Mais malgré la reprise du trafic ferroviaire, malgré le prélève­ment des décombres de l’immeuble et l’enterrement de la jeune fille, ce genre de problème ne semble pas trouver de solution, en dépit des sérieux efforts déployés par l’Etat.

Dans un autre registre, durant mars, le Conseil des députés et le Conseil consultatif ont décidé d’alourdir les peines contre toute personne qui accomplit ou contribue à la mutilation génitale féminine en sa qualité de crime. En effet, le rapport qui a accompagné la publication de la loi a reconnu que, malgré la baisse relative des taux d’excision, le phénomène est loin d’avoir disparu. Il s’agit là d’un autre problème qui semble difficile à résoudre, vu que la loi, à elle seule, ne suffit pas, et que travailler sur le social, basé sur des traditions désuètes, est plus problématique.

Bref, débloquer le navire était possible, mais il semble que la solu­tion de ces problèmes est encore impossible. En réfléchissant à la manière de trouver des solutions, je me suis souvenu d’une visite effec­tuée en Chine en février 2002 qui nous a conduits à la ville côtière de Shanghai, l’une des icônes du déve­loppement en Chine. Nous étions une délégation journalistique d’Al-Ahram partie en Chine pour étudier les changements survenus dans ce pays après les grandes mutations mondiales, comme la fin de la Guerre froide, l’unipolarité améri­caine avec le début de la montée chinoise, les expériences nucléaires effectuées par l’Inde et le Pakistan … Nous avons alors rencontré de nom­breuses personnalités, à commencer par le président chinois, Jiang Zemin, jusqu’au président d’un petit quartier de 4 millions d’habitants à Shanghai. Cet homme nous a racon­té son expérience dans le domaine du développement, une expérience qui lui a permis d’attirer des inves­tissements étrangers de 4 milliards de dollars au cours de l’année qui avait précédé notre visite. Le chiffre était énorme et il était naturel que nous lui posions un déluge de ques­tions du fait que nous savions que la Chine était encore un pays socia­liste. Nous voulions savoir ce qu’avait fait la Chine avec les fonc­tionnaires du secteur public, avec le surplus de main-d’oeuvre dans le gouvernement, avec les 600 mil­lions de pauvres (ils ne sont mainte­nant que 150 millions, soit 10 % de la population). Face à nos questions, à notre étonnement du fait qu’un petit quartier de Shanghai avait réussi à attirer de tels investisse­ments, et surtout à ses réponses, le responsable s’est tu pendant quelques secondes avant d’apporter un commentaire aux comparaisons que nous ne cessions d’effectuer avec nos conjonctures au Caire en disant : Il faut changer la pensée en premier lieu.

Quelle est donc la pensée que nous devons changer pour que disparais­sent à jamais les accidents de train, les effondrements d’immeubles et le phénomène honteux de la mutilation génitale féminine ? Je n’ai ni solution magique, ni idée ingénieuse, mais le cours des événements du déblocage du navire peut nous donner une petite inspiration. En effet, ce processus a joui du plus grand intérêt. Le prési­dent Abdel-Fattah Al-Sissi a déclaré à l’amiral Osama Rabie, président de l’Autorité du Canal de Suez : « La réputation de toute l’Egypte est entre les mains de l’Autorité du canal. Sur sa table se trouve l’hon­neur de l’Egypte devant le monde entier ». C’est cet intérêt qui a haussé les degrés de patriotisme, qui a rendu la mission difficile au départ, mais la joie à son comble à la fin.

La résolution de la crise d’Ever Given nous montre la voie de la réso­lution des autres problèmes chro­niques malgré la différence de leurs volumes et dimensions. Les premiers pas sont l’intérêt et la science. Par la suite, chaque problème impose ses caractéristiques qui nécessitent une réflexion sérieuse et une détermina­tion solide.


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