Semaine du 14 au 20 avril 2021 - Numéro 1370
La Libye et le difficile retour à la normale
  La nouvelle autorité libyenne multiplie les rencontres avec les acteurs internationaux et régionaux. Objectif : mener à bien la transition et stabiliser définitivement la Libye.
La Libye et le difficile retour à la normale
Dbeibah s'est rendu en Turquie à la tête d'une importante délégation, une visite aux enjeux multiples.
Maha Salem avec agences14-04-2021

C’est avec une quinzaine de ministres, le chef d’Etat-major et d’autres officiels que le premier ministre libyen, Abdel Hamid Dbeibah, est arrivé, lundi 12 avril, à Ankara. Une visite d’une grande importance alors que la Turquie a joué un rôle douteux dans le conflit en Libye. Dbeibah a rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan, mardi 13 avril (ndlr : les résultats de cette rencontre n’étaient pas communiqués au moment de l’impression du journal). Pour cha­cune des deux parties, l’enjeu est de taille. Côté libyen, la priorité est le départ des mercenaires envoyés par la Turquie. Déjà, le 26 mars dernier, le président du Conseil présidentiel libyen s’était rendu en Turquie. Une demande officielle avait été alors formulée à Erdogan de retirer les mercenaires syriens ainsi que les experts militaires turcs présents à Tripoli d’ici fin mai 2020. Ankara tente de son côté de garder une rela­tion privilégiée avec Tripoli, jouer un rôle de premier plan, alors que la Turquie a été le principal soutien du Gouvernement d’union nationale de l’ex-premier ministre libyen, Fayez Al-Sarraj. Cela lui avait permis d’obtenir un accord de délimitation maritime très favorable. La préser­vation de cet accord est une priorité d’Ankara, qui l’utilise dans son bras de fer avec la Grèce et Chypre en Méditerranée orientale. La Turquie semble prête à rediscuter l’accord militaire si ses intérêts économiques sont préservés. Le nouvel exécutif libyen souhaite maintenir l’accord économique pour bénéficier d’un quota important de gaz. Cet accord donne à la Turquie le droit d’ex­traire ce gaz de l’est méditerranéen. Ankara cherche à multiplier ses investissements en Libye et compte participer activement à la recons­truction. Quant au premier ministre libyen, « les gains économiques sont les plus importants, car c’est le premier pas pour réaliser la stabi­lité et la sécurité du pays », estime Mohamad Aboul-Makarem, ana­lyste au Centre des études africaines et arabes.

Equilibre délicat

Mais l’enjeu est d’autant plus important que le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, qui a visité Tripoli la semaine dernière, veut que le nouveau gouvernement libyen résilie l’accord maritime signé en 2019 avec Ankara, appe­lant à « corriger et effacer les erreurs commises durant la phase précédente ». Mitsotakis a claire­ment demandé à Tripoli « l’annula­tion des documents illégaux présen­tés comme des accords entre Etats alors qu’ils n’ont aucune valeur juridique ». Mais Abdel Hamid Dbeibah semble cependant s’accro­cher à cet accord qui, selon lui, préserve les droits de la Libye sur les hydrocarbures en Méditerranée orientale. Que va devenir ce fameux accord et, surtout, comment Tripoli va-t-il réagir ? La nécessité de trou­ver un point d’équilibre entre la Turquie et la Grèce s’annonce déjà comme l’un des défis les plus aigus du nouveau gouvernement en poli­tique étrangère.

Outre les relations avec ces deux pays adversaires, Tripoli tente de se retrouver une place au sein de la communauté internationale et d’ob­tenir le soutien de pays étrangers. Avant la Turquie, Abdel Hamid Dbeibah s’est rendu en tournée dans les pays du Golfe : Koweït, Emirats arabes unis, Arabie saoudite et Qatar. Dans toutes les étapes de sa tournée, Dbeibah a invité les pays du Golfe à accroître leurs investis­sements en Libye et de l'aider à renforcer sa position. « Dans sa stratégie, Dbeibah essaie d’unifier son pays à travers l’unification de la position de la communauté inter­nationale, et surtout son soutien. Pour finir les divisions et les conflits intérieurs, il s’est dirigé vers les alliés de ses rivaux pour devenir leur allié », explique Mohamad Aboul-Makarem. « Il y a des échanges d’intérêts. Le soutien de la nouvelle autorité libyenne se fait en contrepartie dans la reconstruc­tion. C’est tout au bénéfice de la Libye qui a besoin d’aides écono­miques et d’investissements étran­gers pour la reconstruction. Dbeibah essaye de dire au monde que la réalisation de leurs intérêts ne va se concrétiser qu’à travers l’unification de la Libye. Alors, il se déplace et invite les responsables étrangers à visiter la Libye pour les pousser à rouvrir leurs ambassades à Tripoli. Une façon de gagner leur soutien et leur reconnaissance », ajoute-t-il.

En effet, cette tournée est interve­nue suite à la visite en Libye des premiers ministres italien et grec, mardi 6 avril. Ils ont discuté avec le nouvel exécutif libyen des dossiers économiques et sécuritaires ainsi que de leur coopération bilatérale. Des visites qui constituent une preuve supplémentaire du vif inté­rêt de l’Europe pour l’embellie politique que connaît ce pays, après celles de plusieurs ministres de l’Intérieur et des Affaires étran­gères ainsi que du chef du Conseil européen la semaine précédente à Tripoli.


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