Semaine du 10 au 16 février 2021 - Numéro 1361
Sur les traces du Covid-19
  Autorisée enfin à se rendre en Chine, une équipe de chercheurs de l’Organisation Mondiale de la Santé a visité une série de sites-clés pour tenter de déterminer l’origine du coronavirus.
Sur les traces du Covid-19
Des membres de l'équipe d'experts de l'OMS achèvent une visite de 2 semaines à Wuhan en Chine. (Photo : AFP)
Chérif Albert avec agences10-02-2021

La « remontée aux origines » de la pandémie de Covid-19 prendrait des années de recherche, estime un membre de l’équipe dirigée par l’Or­ganisation Mondiale de la Santé (OMS) en visite en Chine, exprimant sa surprise face à la complexité de la tâche.

Pour Dominic Dwyer, ce microbiologiste et expert en maladies infectieuses, qui a déjà tra­vaillé avec l’OMS pendant les épidémies de SRAS et de grippe aviaire, « l’énigme » du Covid-19 réside dans le fait que les premiers porteurs asymptomatiques ne savaient peut-être pas qu’ils avaient contracté le virus.

« Il serait naïf de penser que nous allons pouvoir identifier le patient zéro », a déclaré Dwyer. Les premiers cas ont été identifiés en novembre, « mais c’est ce qui a eu lieu avant cette date qui constitue la partie la plus inté­ressante, la plus délicate et la plus difficile ».

L’OMS avait finalement reçu l’accès qu’elle avait demandé aux autorités chinoises alors qu’elle tentait de comprendre les débuts de l’épidémie du nouveau coronavirus identi­fié pour la première fois dans la ville de Wuhan au centre de la Chine. L’enquête vise à comprendre comment le coronavirus a pu se transmettre de l’animal à l’être humain.

La semaine dernière, les experts de l’OMS ont visité l’Institut de virologie de Wuhan. L’équipe a passé environ trois heures et demie à cet important institut de recherche au coeur de certaines théories du complot sur l’origine de l’épidémie selon lesquelles le virus se serait échappé du laboratoire conta­minant les premières personnes fin 2019 à Wuhan, avant de se propager dans le monde entier.

La plupart des experts rejettent cette hypo­thèse. Certains n’excluent pas toutefois qu’un virus prélevé sur des animaux sauvages ait pu figurer dans des recherches menées dans ce laboratoire sur les risques de transmission humaine, avant de s’en échapper via un employé contaminé.

Certains scientifiques ont demandé à la Chine de publier les détails de tous les échan­tillons de coronavirus étudiés dans le labora­toire, afin de déterminer lequel se rapproche le plus du SARS-CoV-2, qui est responsable de la maladie respiratoire Covid-19.

Toujours dans la même ville de Wuhan, l’équipe de l’OMS avait déjà visité des hôpi­taux, un établissement de santé animale de la province du Hubei, ainsi que le fameux mar­ché des fruits de mer de Huanan, où le pre­mier cluster d’infections serait apparu fin 2019.

Le centre de la province de Hubei, qui lutte contre les maladies épidémiques chez les animaux, pourrait fournir des informations sur la façon dont un coronavirus endémique chez les chauves-souris du sud-ouest de la Chine aurait pu passer chez l’homme, éven­tuellement via une espèce intermédiaire.

Tempérer les attentes

Mais les enquêteurs internationaux ne pour­ront cependant pas se rendre dans les grottes de la province de Yunnan (sud-ouest), où un coronavirus très proche de celui de Covid-19 a été découvert dans des déjections de chauve-souris en 2013. Les savants supposent que le virus ait pu passer de la chauve-souris à l’homme via un mammifère intermédiaire.

L’OMS, qui s’efforce de tempérer les attentes autour de cette mission, a déclaré que ses experts ne pouvaient effectuer que des visites organisées par leurs hôtes chinois, avec en outre les contraintes liées aux restric­tions de contact avec la population pour des raisons sanitaires.

Le plus haut responsable des urgences de l’OMS, Mike Ryan, a déclaré que l’enquête pourrait ne pas trouver toutes les réponses aux origines du Covid-19, décrivant la mission comme une « histoire policière » qui continuait de soulever de nouvelles questions.

Il a également critiqué ceux qui ont déclaré qu’ils n’accepteraient pas les conclusions de l’équipe. « Elle mérite le soutien de la com­munauté internationale et elle mérite de pou­voir terminer son travail », a-t-il ajouté.

La visite est politiquement sensible pour le régime chinois, qui cherche à évacuer toute responsabilité dans le déclenchement de la pandémie à l’origine de plus de 2,2 millions de morts à l’échelle mondiale. La Chine avait émis des doutes sur l’origine du virus, évo­quant la possibilité de son arrivée sur son terri­toire via des aliments congelés importés.

Pékin a mis plus d’un an avant d’autoriser aux chercheurs de l’OMS d’entamer leurs tra­vaux sur le terrain la semaine dernière, après 14 jours de quarantaine. Leur visite devrait s’achever avant le congé du nouvel an chinois qui commence cette année le 11 février. Ceux-ci ne devraient guère trouver de traces des premières transmissions virales si longtemps après l’apparition de l’épidémie.

Yanzhong Huang, chercheur principal au Council of Foreign Relations à Washington, a déclaré que deux semaines sur le terrain n’étaient pas beaucoup de temps pour les experts.

« Je ne pense pas qu’ils aient le temps d’obtenir des résultats concluants. C’est plus comme une communication et un échange d’informations », a-t-il estimé.


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