Semaine du 10 au 16 février 2021 - Numéro 1361
La nouvelle politique iranienne vis-à-vis de Washington
Mohamed Al-Saïd Idriss10-02-2021
 
 

Le temps représente un facteur important dans les approches de la nouvelle Administration américaine de Joe Biden et de l’Iran. Le nouveau président américain a clairement dévoilé son intention de changer entiè­rement la politique de Trump envers l’Iran, optant pour la diplomatie plutôt que le ton belliqueux, les sanctions et la politique de pression maximale. Cependant, ceci ne signifie nullement que Biden a la même approche que Barack Obama. Et ce, pour des raisons internes, des raisons relatives à l’Iran et d’autres à la région. L’approche de Biden se résume à cela : si l’Iran recommence à respecter l’accord nucléaire, Washington en fera de même et tentera alors de parvenir à un accord plus large qui couvre la ques­tion des missiles balistiques et le rôle régional de Téhéran, que ce soit en Iraq, en Syrie, au Yémen ou ailleurs.

Ceci signifie que le changement de politique ne sera pas radical. Une déception pour Téhéran qui se félici­tait de récolter enfin les fruits de sa « patience stratégique » envers l’Ad­ministration de Donald Trump. En effet, Téhéran s’est réjoui du départ de Trump et de l’arrivée d’une nouvelle administration favorisant la diplomatie dans ses relations avec l’Iran et pour ce qui est du programme nucléaire.

Ainsi, l’Iran a commencé un « nou­veau jeu » avec l’Administration de Biden et toutes les parties internatio­nales et régionales concernées. Un nouveau jeu à travers lequel il tente de pousser l’Administration améri­caine vers un retour inconditionné à l’accord nucléaire, et ce, en adoptant la politique de « l’escalade étudiée ». L’objectif est de créer des prétextes objectifs pour que Washington revienne à l’accord de 2015 tel qu’il est.

Bien que l’Iran aspire à un retour rapide des Etats-Unis à l’accord nucléaire afin de mettre un terme aux sanctions américaines qui pèsent fort sur l’économie, Téhéran tente de montrer qu’il n’est pas pressé de négocier avec la nouvelle Administration américaine, qu’il n’accorde aucune importance au changement du chef de l’Etat améri­cain et qu’il ne parie pas sur les changements des politiques améri­caines.

Dans le contexte de l’escalade cal­culée, l’Iran a commencé par une escalade militaire pour montrer qu’il était prêt à toutes les options. Il a alors entrepris de larges exercices militaires dans les eaux du Golfe, de la mer d’Oman et de l’Océan indien. Puis, il a commencé l’escalade nucléaire en amorçant le processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20 %. Un degré de pureté supérieur à la limite prévue par l’ac­cord de 2015 (3,67 %). Par la suite, le porte-parole de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère au parlement a déclaré que son pays oeuvrait à la conception d’un réacteur nucléaire similaire au réacteur à eau lourde d’Arak. Puis, Téhéran a menacé d’entraver les tra­vaux des inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et de mettre un terme à la mise en place du Protocole addition­nel. Bien plus, l’Iran a créé la sur­prise en déclarant qu’il avait produit 17 kg d’uranium enrichi à 20 %. Un message rapidement assimilé par les parties concernées non seulement aux Etats-Unis, mais aussi parmi les alliés, les Arabes et Israël : l’Iran est proche de la production de la bombe nucléaire s’il le veut et si les choses continuent ainsi.

Après tout cela est venu le rôle de la diplomatie à travers ce que l’on peut appeler la feuille de route que l’Iran a soumise à l’Administration Biden via son ministre des affaires étrangères, Mohamed Javad Zarif. Cette feuille de route se base essen­tiellement sur la séparation du volet nucléaire iranien de tous les autres volets sécuritaires ou politiques, qu’il s’agisse de la question des missiles balistiques ou de son rôle régional.

En présentant sa feuille de route, Téhéran a intentionnellement voulu adopter le ton de la menace, directe ou indirecte, lorsqu’il a déclaré : « Une occasion exceptionnelle se présente à l’Administration américaine. Une occasion qui ne restera pas longtemps disponible ». Dans sa tribune à la revue américaine Foreign Affaires, Zarif confirme que « la balle est maintenant dans le camp de Washington seule ». Puis il s’est adressé à l’Administration Biden en lui disant qu’elle devait faire son choix « ou bien suivre les politiques de l’Administration de Trump et poursuivre la voie de la violation de la coopération internationale et des lois internationales, ou bien renoncer à ces orientations et poursuivre l’instauration de la paix et de l’amitié dans la région ».

Par la suite, les positions iraniennes ont connu une autre escalade en réponse aux premiers indices émis par les nouveaux responsables de l’Administration américaine, notamment son secrétaire d’Etat, Anthony Blinken. En effet, le ministre iranien des Affaires étrangères a déclaré : « L’accord nucléaire a été signé par l’Iran et le G5+1 et ratifié par les Nations-Unies, et il est impossible d’y ajouter de nouveaux dossiers ». Et le directeur du bureau du président iranien Hassan Rohani d’ajouter : « Le dossier des négociations autour de l’accord nucléaire est clos … Les positions de l’Iran sont claires et inchangeables. Téhéran ne fait pas de différence entre Donald Trump et Joe Biden ».

Face à la manière selon laquelle Téhéran gère la bataille de ce que l’on peut appeler les nouvelles négociations autour de l’accord nucléaire, l’Administration américaine est entrée dans une polémique avec le gouvernement iranien : Qui doit faire le premier pas pour revenir à l’accord nucléaire ? Les Etats-Unis via un retour inconditionné à l’accord et l’abolition des sanctions ou bien l’Iran en mettant un terme aux dépassements de l’accord nucléaire ?

Cette polémique peut être considérée comme le premier pas d’une nouvelle bataille de négociations où le temps sera le facteur tranchant dans les choix de Washington et de Téhéran à la lumière de circonstances extrêmement complexes qui gouvernent les décisions des deux parties.


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire