Semaine du 3 au 9 février 2021 - Numéro 1360
Cairo Eye, le projet qui divise
  Un projet de construction d’une roue panoramique dans le quartier de Zamalek au Caire soulève un débat quant à son emplacement et sa conformité aux normes écologiques.
Cairo Eye, le projet qui divise
Cairo Eye sera la plus grande roue panoramique d’Afrique et la 5e plus grande au monde.
Chaïmaa Abdel-Hamid03-02-2021

A l’exemple de London Eye et de Dubaï Eye, et avec un investissement de 500 millions de L.E., le promoteur immobilier Hawaï Holding, en présence du gouverneur du Caire et du ministre du Tourisme et des Antiquités, a lancé, le 21 janvier, le nouveau projet de « Cairo Eye » dans le quartier de Zamalek. Il s’agit de construire dans le jardin historique d’Al-Massalla, à l’entrée du quartier, une roue panoramique de divertissement de 120 m de haut qui sera la 5e plus grande du monde et la plus grande d’Afrique. « Cairo Eye jouera un grand rôle dans le développement du tourisme », a affirmé Khaled Abdel-Al, le gouverneur du Caire. Selon lui, le projet s’inscrit dans le cadre du plan de modernisation de la capitale. Cette immense roue, qui entrera en fonction en 2022, doit devenir, comme l’explique Ahmad Metwalli, président du conseil d’administration de Hawaï Holding, l’une des plus importantes destinations touristiques de la capitale. Le choix du quartier de Zamalek est du fait qu’il représente un point central du Caire, ce qui permet d’avoir une vue panoramique des sites de la capitale comme l’Opéra, le Nil et la Tour du Caire. A travers ses 48 cabines de verres, qui peuvent accueillir de 6 à 8 personnes chacune, cette roue permettra de voir à une distance de 50 km à la ronde. « Ce projet cible quelque 2,5 millions de visiteurs et touristes par an, il représentera donc une source importante de revenus financiers et offrira jusqu’à 5 000 emplois », affirme Metwalli. Le projet comprendra également des magasins, des restaurants et un espace de divertissement.

Les réserves des habitants

Cairo Eye a soulevé dès son lancement un vif débat. Les habitants du quartier de Zamalek ont exprimé des réserves sur le projet et ont présenté plusieurs plaintes au gouvernorat du Caire. Certains députés et personnalités publiques ont fait de même. « Le jardin d’Al-Massalla a une valeur patrimoniale. Comment ce terrain peut-il être octroyé à une société privée ? », se demande Mounir Fakhri Abdel-Nour, ancien ministre et membre du parti libéral du néo-Wafd, sur son compte Facebook. « Le quartier de Zamalek ne peut pas supporter plus d’embouteillages. Cela va défigurer ce beau quartier et déranger sa tranquillité », lance pour sa part Hossam Badrawi, ancien député de la circonscription de Qasr Al-Nil. « C’est un bon projet mais il est mal placé. Mieux vaut installer cette roue à la Nouvelle Capitale administrative », propose, pour sa part, l’homme d’affaires Naguib Sawiris.

L’urbaniste Medhat Al-Chazli estime que ce projet est une infraction à la loi 144 de l’année 2006 sur l’harmonie urbaine. « Le quartier de Zamalek fait partie de la région du Caire khédivial, considéré comme une zone patrimoniale avec ses anciens jardins considérés comme des réserves naturelles qui sont protégées par l’Organisme national de l’harmonie urbaine », souligne Al-Chazli. Et d’ajouter : « Le quartier de Zamalek est une île dont les terrains sont situés sur de l’eau. Des constructions aussi énormes peuvent menacer la vie des citoyens ». Plusieurs députés ont interpelé les ministres concernés, exigeant des explications immédiates sur les procédures et le droit de BOT de 25 ans octroyé à Hawaï Holding. Le président du comité de la santé au parlement, Ashraf Hatem, a appelé la ministre de l’Environnement à « arrêter immédiatement ce projet qui ne respecte pas les lois environnementales dans cette région ». « Ce projet, malgré son importance en termes d’attraction touristique, compte un certain nombre d’infractions. Avant le lancement du projet, il fallait faire des études sur ses effets sur l’environnement et sur le trafic. Il aurait fallu lancer un débat sociétal réunissant les habitants du quartier. Le gouvernorat du Caire doit s’expliquer sur le droit de BOT octroyé à la société privée », note le député. De son côté, la députée indépendante Samar Salem commente : « La société doit présenter un plan détaillé expliquant la gestion des revenus financiers de ce projet et comment le Trésor public pourra en profiter. L’opposition ne porte pas sur l’idée du projet mais sur son emplacement et les procédures de son exécution ». Ahmad Metwalli rétorque pour sa part à ces critiques en affirmant que toutes les procédures adoptées par la société Hawaï Holding sont réglementaires et conformes à la loi. Il ajoute qu’il n’y aura aucun impact sur l’environnement. « Nous avons pris en compte toutes les considérations environnementales pour protéger les espaces verts autour de la roue et protéger les palmiers et les arbres rares du jardin d’Al-Massalla », a assuré Metwalli. Quant au problème du trafic automobile, il assure qu’il sera réglé. « Nous ferons en sorte que les réservations soient faites en ligne pour éviter que les gens viennent et donc réduire les embouteillages. Nous avons également prévu de construire un garage d’une capacité de 500 voitures », conclut-il.


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