Semaine du 20 au 26 janvier 2021 - Numéro 1358
Edmond Gharib : L’équipe de Biden sera sans doute plus pragmatique
Osman Fekri20-01-2021
 
  Dr Edmond Gharib, professeur de sciences politiques à l’Université de Georgetown à Washington, explique les retombées de la fin du mandat chaotique sur la nouvelle Administration américaine et sur les priorités de celle-ci.

New Haven, Connecticut, Etats-Unis,

Correspondance

Al-Ahram Hebdo : Le président élu, Joe Biden, s’apprête à entrer ce mercredi à la Maison Blanche dans des circonstances parti­culières. Quelles seront, dans ces conditions, les priorités de la nouvelle Administration ?

Edmond Gharib : La nouvelle Administration américaine va sans doute se pencher sur les ques­tions internes en premier lieu. La priorité est cer­tainement de mettre fin aux divisions actuelles. Les derniers mois de la présidence de Donald Trump, surtout ces derniers jours, ont été tumul­tueux. La population américaine est plus que jamais divisée. Il y a un lourd climat de frustration et de tension que la nouvelle Administration va essayer de dissiper au plus vite. Il y a plusieurs crises sociales aux Etats-Unis, des tensions raciales concernant les Afro-Américains, d’autres autour de questions identitaires, de questions comme le mariage homosexuel ou l’avortement, etc. Ce genre de questions divise fortement. Elles sont exacerbées quand les tensions politiques aug­mentent. Ce qui a été le cas ces derniers temps. Les crises actuelles nécessitent une administration sage.

— Et qu’en est-il de la future équipe ? Que pensez-vous des membres de l’Administration Biden dont les noms ont déjà été dévoilés ?

— Joe Biden ne commence pas à zéro. Il se prépare à occuper la Maison Blanche depuis long­temps. Il y a une équipe qui travaille à ses côtés dans les coulisses depuis des mois, et ce, pour préparer la liste des futurs ministres ainsi que tous les hauts responsables au sein de la Maison Blanche. D’ores et déjà, les médias ont évoqué plusieurs noms, et ce sont tous des noms connus au sein du Parti démocrate. Ils sont tous pour que les Etats-Unis continuent d’être le leader du monde. Mais l’Administration Biden reste pru­dente, elle ne compte pas réitérer certaines erreurs commises par l’ancien président, Barack Obama. Biden a déjà dit qu’il ne comptait pas se mêler des affaires internes de certains pays. Sa politique sera sans doute plus réaliste. En général, il s’agit d’une équipe plus pragmatique, notamment pour ce qui est des relations avec les pays alliés.

— Quels sont les dossiers qui connaîtront un véritable changement, notamment pour ce qui est de la politique étrangère, d’autant plus que Trump menait une politique dite de rupture ?

— Le président sortant avait pour devise « l’Amérique d’abord ». Il n’a pas hésité, dans cette optique, de se retirer de plusieurs accords internationaux qu’il jugeait contre les intérêts américains. Ses politiques prenaient l’allure de « deals » commerciaux. Elles étaient dictées par des positions personnelles, des pulsions qui lui sont propres. A l’opposé, Joe Biden considère que le rôle mondial des Etats-Unis se base sur les orga­nisations internationales créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elles-mêmes fondées sur les valeurs démocratiques occidentales.

— Et quelle sera la nouvelle politique au Moyen-Orient ?

— Il y a bien sûr des constantes, comme la sécu­rité d’Israël par exemple. Pour ce qui est du monde arabe, cette Administration va sans doute tenter de limiter les conflits de la région. En outre, il faut noter que d’importants événements ont eu lieu sous Trump et par son impulsion, et que plusieurs dossiers se sont compliqués. Selon les observa­teurs, la priorité de la nouvelle Administration dépendra de l’acuité des crises. La région a connu une importante polarisation entre l’Iran et l’Arabie saoudite dans la région du Golfe au cours de ces dernières années. Et on ne peut pas parler de la politique américaine vis-à-vis du Golfe sans parler de celle vis-à-vis de l’Iran. Quoi qu’il en soit, le dossier iranien sera au centre des intérêts de la nouvelle Administration. Il est possible que Washington renoue le dialogue avec Téhéran, voire qu’il réintègre l’accord sur le nucléaire de 2015 dont Trump s’était retiré en 2018. Mais les discussions avec l’Iran se feront sur de nouvelles bases, la plus importante d’entre elles étant l’arrêt de l’ingérence iranienne dans la région. Mais au sujet de l’Iran, Washington subit la pression de différentes parties externes et internes : les faucons à l’intérieur, et Israël et l’Arabie saoudite à l’exté­rieur.

— Le processus de paix israélo-palestinien est au point mort depuis plusieurs années et la présidence Trump a pris un certain nombre de décisions largement en faveur d’Israël. A quoi peut-on s’attendre dans ce dossier ?

— Ce dossier dépend de deux facteurs essen­tiels : le poids de l’aile socialiste du Parti démo­crate et la façon dont est formé le Congrès. Personnellement, je ne pense pas que Joe Biden revienne sur la décision du transfert de l’ambas­sade américaine à Jérusalem. Il se peut cepen­dant que le bureau du Fatah à Washington rouvre. Il se peut aussi que les aides écono­miques aux Palestiniens reprennent, notamment celles consacrées à l’Unrwa. A part cela, je ne pense pas qu’il y ait de changement substantiel concernant le processus de paix. Biden ne peut pas remettre en cause le plan de paix initié par le président sortant, il peut, en revanche, s’opposer à l’annexion de Territoires palestiniens ou à la construction de nouvelles colonies. Comme je vous l’ai dit, le soutien à Israël et sa sécurité sont une constante de la politique américaine.


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