Semaine du 6 au 12 janvier 2021 - Numéro 1356
La jeunesse arabe, une force considérable dans un environnement hostile
  Ils ont des similitudes avec leurs pairs du monde entier, mais aussi leurs spécificités. Ce sont les Z du monde arabe, souvent nés dans des conditions extrêmes ou dans des pays en conflit. Focus sur une jeunesse particulièrement marquée par son environnement.
La jeunesse arabe, une force considérable dans un environnement hostile
06-01-2021

Par Amal Mokhtar, Experte au CEP

La génération Z arabe partage avec ses pairs dans le monde plusieurs caractéristiques importantes : une croissance numérique rapide, une dépendance à la technologie et une ouverture sur le monde. Elle partage également avec la catégorie d’adolescence en général les caractéristiques de la rébellion contre tout ce qui est traditionnel, le manque de confiance envers les générations plus âgées, ainsi que d’autres traits propres à cette catégorie d’âge dans les différentes générations. Il existe cependant une différence entre la génération Z dans le monde entier et la génération Z dans le monde arabe. C’est que cette dernière est née dans des circonstances extrêmement difficiles. Si la génération Z, selon la classification occidentale, est la génération qui est née avec les événements choquants des explosions du 11 Septembre, au niveau arabe, elle est celle des personnes qui sont nées avec les événements de la chute de Bagdad. Puis il y a eu des conflits sanglants violents qui ont mené à la division de certains Etats arabes et l’entrée des autres sur la liste des « Etats-voyous ». Ainsi, ces jeunes Arabes ressemblent à la génération des adolescents européens de la Seconde Guerre mondiale. Mais en même temps, cette génération a eu la chance d’avoir à sa disposition les outils de la technologie et de la mutation numérique, ce qui lui a permis de s’élancer vers un monde plus vaste et des idées plus larges, tout en possédant de grandes capacités d’expression que les générations arabes précédentes ne possédaient pas.

Dans toute la région arabe, les études sociales concernant la science des générations n’existent presque pas, et par conséquent, les études sur terrain concernant la génération Z fait aussi défaut. Bien que les centres occidentaux de recherches aient commencé à étudier la génération Alfa qui suit la génération Z, nous continuons dans le monde arabe à considérer que les jeunes de 15 à 35 ans et parfois 40 forment une seule catégorie d’âge, ce qui implique nombreuses inexactitudes.

Les taux élevés de jeunes et d’enfants dans les sociétés sont l’un des éléments de force des Etats. La pyramide des âges des 22 Etats arabes signale une situation exemplaire, puisque environ 60 % des citoyens arabes sont dans la catégorie d’âge entre 0 et 29 ans, chose qui n’existe pas dans les Etats européens et d’autres Etats du monde qui souffrent d’une faible natalité, et par conséquent, des taux de jeunes et d’adolescents. Ce qui fait que la majorité des habitants dans ces Etats sont des personnes âgées.

Nés en plein conflit

Cependant, malgré les avantages numériques dont jouissent les Z et Alfa dans les Etats arabes, des jeunes de cette génération sont nés et vivent dans des circonstances particulières au sein de grands conflits, comme c’est le cas pour l’Iraq, la Syrie, le Yémen, la Libye, la Somalie et la Palestine. Dans ces Etats où se déroulent les conflits, les enfants et les adolescents souffrent de malnutrition. Ils sont exposés à la faim, à la pauvreté, aux maladies, aux épidémies, aux maladies psychiques, aux déformations et aux handicaps. Ils perdent aussi le droit à l’enseignement, à l’habitat et même le droit de vivre avec leurs parents, ainsi que tous les éléments de sécurité humaine.

Par exemple, le nombre de Yéménites qui ont besoin d’aides humaines est évalué à 82 % de la population, et à cause du conflit qui se déroule dans le pays, il y a environ 1,8 million d’enfants yéménites qui ne reçoivent aucun enseignement, puisque le quart des écoles a été fermé. De plus, des millions d’enfants souffrent de malnutrition.

Ajoutons que les longues années de guerre ont des effets indirects qui causent l’effondrement des systèmes médicaux, éducatifs et sécuritaires. Cette situation a des conséquences à long terme et par conséquent, les taux de mortalités, de maladies et d’handicaps continuent à être élevés, même après la fin des guerres et des conflits. Ce qui influence négativement la santé de la génération Z dans les Etats arabes où se sont déroulées des guerres pendant la dernière décennie, pour de longues périodes à l’avenir. En plus de la détérioration des taux d’enseignement et de culture pendant les prochaines années dans ces Etats.

Selon les statistiques et les rapports internationaux, bien que les habitants des pays arables représentent 5 % de la population mondiale, le nombre des morts à cause des conflits représente 68,5 % du chiffre mondial. De plus, les réfugiés arabes représentent 57,5 % du chiffre mondial et les déplacés arabes 47 %.

Ces conjonctures exceptionnelles que vit la génération Z arabe dans les pays en conflit deviennent plus compliquées pour les jeunes filles. De manière générale, les filles représentent la maille la plus faible en période de guerre. Les conflits et la militarisation de la vie représentent toujours une menace pour la liberté de la femme et un couvert pour la violence sexuelle contre elle. La femme devient le premier objectif de la vengeance entre les parties en conflit. De plus, la pauvreté et la détérioration de la sécurité économique représentent une atmosphère propice à l’exploitation sexuelle des fillettes et au mariage précoce et déséquilibré.

Quel rapport avec l’extrémisme ?

L’extrémisme religieux est une autre voie que des membres de cette génération ont choisi d’emprunter de bon ou mauvais gré. La réalité révèle que de nombreux membres de la génération Z qui sont nés dans les pays en conflit ont été forcés par leurs parents d’emprunter la voie de la violence ou y ont été obligés à cause de leur conscription obligatoire de la part des milices armées dans leurs pays.

Lorsque s’est déclenché le conflit armé en Syrie après 2011 et se sont formées les organisations extrémistes armées puis l’organisation terroriste de Daech prétendant former l’Etat du califat, des milliers d’adolescents et de jeunes ont rejoint ces organisations extrémistes armées. La majorité provenait des pays arabes en conflit, mais aussi des autres pays arabes à tel point que le nombre de combattants de Daech originaires du Moyen-Orient ou du Nord de l’Afrique a atteint 19 000 personnes.

Dans ce contexte, une question s’impose : L’attraction à l’extrémiste et le recours à la violence sont-ils liés à la nature de cette tranche d’âge ou bien s’agit-il d’un comportement lié aux caractéristiques de cette génération ?

Il semble que l’extrémisme et la violence sont un comportement étroitement lié à la période de l’adolescence et du début de la jeunesse dans toutes les générations. Mais les choses sont plus compliquées pour les membres de la génération Z dont l’âge varie entre 8 et 25 ans dans les pays arabes en conflit. Premièrement, lors du déclenchement des conflits armés et de la polarisation religieuse extrémiste dans la région depuis 2012, l’âge des membres de la génération Z variait entre 0 et 16 ans. Partant, ils ont grandi au milieu de ces événements et de ces scènes de violence. Deuxièmement, la génération Z plus que toute autre génération possède tous les outils de la technologie qui lui permettent de s’ouvrir sur le monde. Enfin, de nombreux enfants de cette génération sont involontairement impliqués dans ces organisations extrémistes armées ou bien parce que leurs parents ont choisi de rejoindre ces organisations ou bien parce qu’ils sont nés de mariages au sein de ces organisations en période de guerre.

Enfants combattants

Partant, de nouvelles questions sont venues s’ajouter aux domaines d’étude des organisations extrémistes armées et de leurs membres, telle la réhabilitation des enfants des combattants emprisonnés. En effet, entre 2011 et 2018, de nombreux enfants sont nés au sein de la communauté de Daech qui a accordé un intérêt particulier à la mobilisation des combattantes.

Selon l’Unicef, il y aurait en Syrie près de 29 000 enfants étrangers en majorité de moins de 12 ans et près de 20 000 enfants iraqiens dans les camps de détention syriens, ainsi que 9 000 enfants de près de 60 pays sans papiers de paternité. En plus de 1 200 enfants de combattants étrangers dans les camps de détention iraqiens. Outre l’énorme essor technologique, la génération Z dans les pays arabes en conflit a vécu des circonstances exceptionnelles qui lui conféreront des caractéristiques particulières dont nous ne connaîtrons les conséquences de sitôt.


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