Semaine du 16 au 22 décembre 2020 - Numéro 1354
Le Musée égyptien du textile quitte la rue Al-Moez
  Le Musée égyptien du textile, situé au sabil de Mohamad Ali, rue Al-Moez au Caire, a fermé ses portes définitivement pour se rendre au nouveau Musée de la civilisation à Fostat. Explications.
Le Musée égyptien du textile quitte la rue Al-Moez
Vue générale du sabil donnant sur la rue Al-Moez.
Nasma Réda16-12-2020

Après dix années de présence, le Musée du textile quitte définitivement la rue Al-Moez vers sa nouvelle destination : le nouveau Musée national de la civilisation égyptienne (NMEC) à Fostat. Cette décision a été prise par le ministère du Tourisme et des Antiquités il y a presque deux mois suite à la dégradation de la structure du bâtiment. « Le textile égyptien, l’édifice antique de Mohamad Ali et leur histoire sont en danger », assure Mostafa Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), qui défend la décision du transfert de la collection du Musée du textile vers un autre lieu. « Cette recommandation a été faite par un comité spécialisé qui a étudié l’état des pièces exposées dans leurs vitrines, ainsi que l’état de l’édifice », déclare-t-il.

Il est à noter qu’un mois auparavant, le ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, Khaled El-Enany, avait mis en garde contre le danger menaçant les visiteurs du Musée du textile. « Il y avait un problème récurrent d’électricité dans le musée qui souffrait fréquemment de pannes de climatisation. Une situation qui pouvait affecter facilement cette riche et délicate collection », explique Ossama Talaat, chef du secteur des monuments islamiques, coptes et juifs, ajoutant que la longue fermeture des musées pendant la propagation du coronavirus, ajoutée aux pannes d’électricité et d’air conditionné, ont causé une instabilité de l’atmosphère dans les vitrines, ce qui nuit aux pièces antiques, surtout celles qui sont constituées de matières organiques fragiles comme le tissu. Outre le danger qui touche les oeuvres, le bâtiment du sabil n’est pas en bon état. « Chaque fois que je visitais le musée, je ressentais de petites vibrations émanant du bâtiment. J’ai ensuite constaté que la cause en était l’ascenseur placé au milieu de l’édifice », témoigne un spécialiste d’art islamique qui a requis l’anonymat, soulignant que l’erreur majeure avait été d’installer un ascenseur au sein d’un sabil antique.

Malheureusement, cela ne constitue pas la seule malfaçon commise lors de la transformation du sabil en musée. Source d’eau à l’origine, un gros bassin prenait place au centre pour offrir de l’eau potable aux passants dans la rue principale de la capitale égyptienne. Lors de la transformation du sabil en musée en 2010, il s’est avéré indispensable de couvrir ce bassin. Par ailleurs, une partie de cet édifice historique servait d’école primaire et de kottab pour apprendre le Coran. « L’eau, ainsi que le déplacement des élèves entre les étages et pendant de longues années, ont eu un effet négatif sur l’état architectural du monument », indique un témoin qui a requis l’anonymat. Et d’ajouter que pour donner une ambiance muséale aux lieux, le ministère a obstrué toutes les aérations naturelles en installant des vitres épaisses. Bien que les décisions prises aient grandement embelli le musée, elles ont gravement affecté la structure de la bâtisse historique de même que son contenu. Il fallait alors trouver une issue.

Solution pragmatique

Le Musée égyptien du textile quitte la rue Al-Moez

La décision de clôturer ce musée et de transférer sa collection dans un autre quartier a suscité l’inquiétude de plusieurs admirateurs et passionnés de ce musée unique en son genre. Les uns voient la nécessité d’une restauration urgente de l’édifice en trouvant une solution aux problèmes affectant les objets exposés, d’autres suggèrent le déplacement du musée dans un autre bâtiment toujours dans la rue Al-Moez. Beaucoup s’attachent à la présence d’un musée consacré exclusivement au textile. Ils réclament une institution à part. Le Musée du textile mérite un édifice à part, prenant en compte le fait que, durant ses dix ans d’existence, il a joué un rôle éducatif par ses activités. « Le musée est particulier, non seulement de par sa collection exceptionnelle, mais aussi de par la sensibilisation qu’il apporte au public en élevant la conscience patrimoniale. Cela concerne surtout les habitants des alentours qui profitent des animations », affirme Hossam Zidane spécialiste d'art islamique.

Sauvegarde du bâtiment

Même si le contenu du musée va être exposé ailleurs, le sabil reste un joyau architectural à préserver. Pour cela, le bâtiment va bientôt faire l’objet de travaux de restauration pour le sauvegarder de toute menace. « Toutes les installations ajoutées à l’édifice lors de sa transformation en musée seront éliminées, afin de retrouver la beauté d’antan de cet ouvrage qui a tant souffert », explique Atef Al-Dabah, directeur du bureau technique au CSA, ajoutant que le sabil sera ouvert en qualité de monument islamique qui viendra s’ajouter à la carte de visite de la rue Al-Moez, sans donner de précisions sur la date de la fin des travaux.

Par ailleurs, l’institution a reçu toute la collection de textile. « Toute la collection du Musée du textile a été restaurée et la plupart de ses pièces ont été stockées. Le comité chargé de la muséologie du NMEC est attendu afin de scénariser la salle des expositions temporaires pour pouvoir accueillir toutes les oeuvres antiques transférées de son ancien écrin », conclut Ahmad Ghoneim, superviseur général de l’Organisme du NMEC, qui espère répondre aux besoins des visiteurs à l’occasion d’une exposition exceptionnelle de cette collection unique.


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