Semaine du 2 au 8 décembre 2020 - Numéro 1352
Biden et le conflit israélo-palestinien
Hicham Mourad02-12-2020
 
 

Les palestiniens sont soulagés par l’élec­tion de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis. Sans toutefois placer trop d’espoir sur lui pour relancer un proces­sus de paix au point mort depuis de longues années. Ils sont davantage contents du départ de Donald Trump qui a fait du tort à la cause palestinienne plus que tout autre président américain: il a recon­nu Jérusalem unifiée comme capitale d’Israël et y a déplacé l’ambassade américaine, a jugé que les colonies juives ne sont pas contraires au droit inter­national et a présenté un plan de paix accordant à l’Etat hébreu 30% de la Cisjordanie. Au cours de ses quatre années au pouvoir, les Etats-Unis ont abandonné le terme « occupés » pour décrire les Territoires palestiniens.

L’Administration Trump a également pris des mesures pour légitimer davantage l’occupation israélienne des terres palestiniennes et reconnaître l’annexion de facto de la Cisjordanie. A la mi-novembre, l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, a annoncé lors de sa visite à Ariel, une colonie controversée au coeur de la val­lée du Jourdain, que désormais l’aide américaine à Israël peut être accordée aux colonies de la Cisjordanie. Dans un effort pour faire taire les critiques d’Israël, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a de son côté déclaré son intention de désigner le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) comme antisémite. Il est devenu le premier chef de la diplomatie améri­caine à visiter, le 19 novembre, une colonie israé­lienne illégale en Cisjordanie, brisant un tabou de plusieurs décennies à Washington. Pire, Pompeo a annoncé que le vin produit dans cette colonie, y compris un vin rouge portant son nom, serait éti­queté comme « fabriqué en Israël ». Toutes ces mesures ont pour but d’approfondir la mainmise israélienne sur les Territoires palestiniens occupés.

Du coup, la priorité de la prochaine Administration sera de réparer les dégâts causés par Trump. Biden a indiqué qu’il renverserait de nombreuses décisions de ce dernier. Il s’est pro­noncé contre l’annexion unilatérale des Territoires palestiniens et s’est également opposé dans le passé à la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie. Il soutient une solution à deux Etats et doit, dans cette optique, enterrer le plan de paix annoncé en grande pompe par Trump en janvier dernier. Bien qu’il ait déclaré qu’il ne déplacerait pas l’ambassade à Tel-Aviv, Biden rouvrira le consulat américain à Jérusalem-Est et la mission de l’OLP à Washington, qui géraient les relations avec les Palestiniens, et rétablirait l’aide écono­mique et humanitaire à la Cisjordanie et la bande de Gaza que Trump a interrompue.

L’Autorité palestinienne considère l’élection de Biden comme un moyen de sortir de la grave crise financière et politique dont elle se trouve et espère qu’elle freinera l’expansion des colonies juives. Il est sûr que les Etats-Unis reprendront leurs condamnations des colonies, mais ils ne prendront probablement aucune mesure drastique contre elles. Biden a toujours refusé les appels lancés par l’aile gauche du Parti démocrate pour condition­ner l’aide militaire américaine à Israël — 3,8 milliards de dollars en 2019-2020 — à son enga­gement dans un processus de paix viable, impli­quant l’arrêt des mesures unilatérales qui minent les chances de parvenir à un accord avec les Palestiniens.

Dans un geste de bonne volonté vis-à-vis de la prochaine Administration américaine, l’Autorité palestinienne a repris sa coopération sécuritaire avec Israël après un boycott de six mois. Elle serait également en passe d’introduire — pour se conformer à la volonté de Washington — une refonte importante d’une pratique ancienne et chère aux Palestiniens, celle d’indemniser les familles des Palestiniens qui purgent une peine dans les prisons israéliennes, y compris pour des attaques violentes. Des responsables du Parti démocrate ont pressé leurs homologues palesti­niens de mettre un terme à cette politique d’in­demnisation afin d’encourager la prochaine Administration d’aller de l’avant dans son soutien aux droits des Palestiniens.

Le Congrès avait adopté à plusieurs reprises une législation visant à réduire l’aide aux Palestiniens du montant de ces paiements. Ceux-ci ont été pris comme prétexte par l’Administration Trump pour interrompre l’assistance financière et prendre d’autres mesures punitives contre les Palestiniens à partir de 2018. Selon Qadri Abou-Bakr, prési­dent de la Commission des affaires des prisonniers de l’Autorité palestinienne, la proposition élabo­rée à Ramallah donnerait aux familles des prison­niers des allocations en fonction de leurs besoins financiers au lieu de la durée pendant laquelle les détenus sont derrière les barreaux. Le but est d’éviter que les indemnités les plus importantes soient versées aux familles des prisonniers qui purgent les peines les plus longues; celles-ci étant normalement réservées à ceux qui ont commis les actes les plus violents contre les Israéliens.

Ces mesures palestiniennes de rapprochement avec le nouveau locataire de la Maison Blanche ne devraient cependant pas changer fondamentale­ment la donne aux Etats-Unis. Avec toutes les priorités pressantes de la prochaine Administration: la pandémie du Covid-19, l’éco­nomie, la Chine, le changement climatique, le programme nucléaire iranien, etc., le règlement du conflit israélo-palestinien ne devrait pas figurer haut dans l’agenda de politique étrangère de Biden, un homme politique pragmatique qui a souligné son soutien « irréprochable » à Israël et qui risque d’être limité dans son action par un Congrès pro-israélien exerçant un pouvoir consi­dérable sur ce dossier.


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